AG Dexia: les actionnaires ont accordé la décharge

L'AG de Dexia à Woluwe-Saint-Pierre
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L'AG de Dexia à Woluwe-Saint-Pierre - © Belga

Les administrateurs de Dexia SA sont déchargés de leurs responsabilités pour 2011 avec 82,25% des voix. Pierre Mariani et Jean-Luc Dehaene ont annoncé qu'ils partiront avant fin juin. L'ancien Premier ministre reconnaît que leur tâche était "mission impossible".

Les actionnaires du groupe Dexia SA étaient invités, comme chaque année, à approuver la gestion de leurs administrateurs. Pierre Mariani (CEO) et Jean-Luc Dehaene (président du CA) devaient rendre des comptes. Or le groupe annonce une perte au 1er trimestre de 431 millions d'euros. Ces deux dirigeants ont annoncé aux actionnaires qu'ils quitteraient le holding "au plus tard le 30 juin 2012".

La nomination de Karel De Boeck à la place de Pierre Mariani n'est pas encore acquise.

Abstentions des régions

Si la décharge a bien été votée à 82,25%, c'est avec un gros bémol: il faut préciser que plus de 546 millions des voix sont en fait des abstentions, soit plus que les voix "pour" mais les abstentions ne sont pas comptabilisées.

Le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt, avait laissé entendre plus tôt dans la journée que le représentant de la Région wallonne à l'assemblée générale s'abstiendrait lorsque serait abordée la question de la décharge des administrateurs.

Le gouvernement flamand voulait quant à lui que l'AG reporte ce point sans quoi l'exécutif flamand menaçait de refuser d'accorder la décharge aux administrateurs.

Dans un message diffusé mercredi soir sur le réseau social Twitter, le ministre fédéral en charge des Pensions, Vincent Van Quickenborne (Open Vld) a indiqué que le gouvernement fédéral "n'avait pas approuvé" la décharge des administrateurs du groupe, sans préciser si son représentant s'était abstenu ou avait voté contre.

Interrogé, le porte-parole du ministre des Finances n'a pas souhaité en dire davantage, en dépit du tweet du ministre Open Vld.

"Je m'en tiens aux consignes données par mon ministre de ne pas communiquer sur le dossier Dexia", a déclaré Rik Otten.

Mardi déjà, au lendemain de la désignation par le gouvernement restreint du futur CEO du groupe Karel De Boeck, Steven Vanackere avait déploré la langue trop bien pendue de certains de ses collègues dans ce dossier sensible.

Recapitalisation repoussée

Toutes les autres résolutions qui figuraient à l'agenda de l'assemblée générale ordinaire ont été approuvées, parmi lesquelles la nomination d'un nouvel administrateur indépendant et le renouvellement du mandat d'administratrice de Francine Swiggers (Arco).

Les résolutions figurant au menu de l'assemblée générale extraordinaire ont elles aussi été toutes approuvées, dont la réduction du capital de la société à concurrence de 4,118 milliards d'euros pour le ramener à 500 millions d'euros. Cela signifie concrètement que Dexia ne sera pas légalement obligée d'être recapitalisée à court terme.

Une AG critique mais assez calme

Dans leur majorité, les actionnaires, les gros actionnaires institutionnels, ont donc accordé la "décharge" à leurs administrateurs, à Pierre Mariani et à Jean-Luc Dehaene: on ne pourra dès lors plus les "attaquer en justice ces personnes pour d'éventuels délits de mauvaise gestion", nous précisait ce matin l'économiste de la Solvay Business School, Eric De Keuleneer.

Le vote portait sur le conseil d'administration de Dexia pris dans son ensemble.

Toutes les autres résolutions qui figuraient à l'agenda de l'assemblée générale ordinaire ont été approuvées, parmi lesquelles la nomination définitive d'un nouvel administrateur indépendant, Claude Piret, et le renouvellement pour quatre ans des mandats d'administrateur de Francine Swiggers (Arco) et Catherine Kopp.

Les résolutions figurant au menu de l'assemblée générale extraordinaire ont elles aussi été toutes approuvées, à plus de 99% de "oui", dont la réduction du capital de la société à concurrence de 4,118 milliards d'euros pour le ramener à 500 millions d'euros.

L'assemblée des actionnaires, qui se déroulait au centre culturel de Woluwe-Saint-Pierre, a duré près de quatre heures et demi, dont une bonne partie consacrée aux questions de "petits" actionnaires. Au total, une petite centaine d'actionnaires étaient présents sur place. Si de nombreuses critiques ont fusé à l'égard des responsables de Dexia, pour leur gestion du groupe depuis l'automne 2008, singulièrement son CEO, Pierre Mariani, les débats sont restés plutôt calmes, très loin des atmosphères électriques vécues lors des assemblées générales de Fortis, en 2009.

"Rattrapés par des facteurs externes"

Auparavant, le président du conseil d'administration était brièvement revenu sur les évènements qui ont conduit au premier sauvetage de Dexia, à l'automne 2008, et les efforts fournis, finalement en vain, entre la fin 2008 et fin 2011 pour restructurer le groupe. "Nous avons été rattrapés par des facteurs externes sur lesquels nous n'avions pas de prise. Notre tâche s'est avérée 'mission impossible'", a estimé l'ancien Premier ministre belge.

A son tour, Pierre Mariani est revenu sur le plan de restructuration mis en oeuvre après l'automne 2008 et qui avait comme objectifs de réduire le profil de risque de Dexia et de le recentrer sur ses activités de base. "Mais le retour de crise brutal a été fatal au redressement de Dexia", a-t-il dit. "Nous étions au milieu du chemin", a-t-il situé.

Au sujet du futur de Dexia, après les cessions qui doivent encore avoir lieu dans les prochains mois (Denizbank, Dexia AM), le groupe résiduel se composera grosso modo d'un portefeuille d'obligations de 71,4 milliards d'euros, d'actifs financiers aux Etats-Unis et de filiales en Espagne, Italie et Allemagne, a précisé Pierre Mariani. Selon ce dernier, le portefeuille obligataire de Dexia est "de qualité acceptable" mais "il est très long", 13,4 années en moyenne, "et donc sa valeur de marché est réduite".

"Jour et nuit depuis quatre ans, les équipes du groupe ont géré le risque considérable que représentait Dexia" pour le secteur financier européen et pour les contribuables belges, français et luxembourgeois, a conclu Pierre Mariani, estimant que "si le groupe peut faire l'objet aujourd'hui d'une résolution ordonnée, la première de cette taille en Europe, c'est grâce au travail accompli ces dernières années".

Peu avant le début de l'assemblée générale, un actionnaire individuel, connu pour sa casquette verte, avait lancé que le dossier Dexia signifiait "la fin de ce pays d'un point de vue financier". "Ces gens ont tué l'avenir de nos enfants", a-t-il encore affirmé, sous des applaudissements, jugeant "scandaleuse" une décharge au conseil d'administration du groupe.

L'avenir de Dexia dépendra des garanties et des banques centrales

L'avenir du groupe résiduel Dexia dépendra des garanties des Etats et de l'accès au financement des banques centrales, a déclaré au cours de l'assemblée générale des actionnaires, l'administrateur délégué de Dexia, Pierre Mariani.

Interrogé à plusieurs reprises par des actionnaires sur les perspectives d'avenir du groupe résiduel, le Français a reconnu que Dexia, sauvé de la faillite une deuxième fois en octobre 2011, "est dans une situation très particulière" et que son avenir dépendra du coût demandé par les Etats belge, français et luxembourgeois pour leur garantie ainsi que d'un accès durable au refinancement des banques centrales. "Ce sont deux hypothèses très importantes et qui sont celles du plan de restructuration" soumis à la Commission européenne, a-t-il dit.

Actuellement, Dexia bénéfice encore de 12 milliards d'euros de crédits d'urgence auprès des banques centrales et s'est en outre refinancé pour quelque 40 milliards d'euros auprès de la Banque centrale européenne.

A l'issue du démantèlement ordonné du groupe, soit après les ventes encore à venir des filiales Dexia Asset Management et Denizbank, le groupe résiduel se composera de filiales en Allemagne -un émetteur d'obligations foncières-, en Italie -Dexia Crediop, dont le bilan pèse 30 milliards d'euros- et en Espagne -Dexia Sabadell, active dans le financement des collectivités publiques locales. Autant d'actifs actuellement invendables, selon le responsable de Dexia.

Le groupe résiduel comportera également des actifs financiers aux Etats-Unis ainsi qu'un portefeuille d'obligations pesant actuellement 71,4 milliards d'euros. Ce portefeuille, dont la durée moyenne est de 13,4 années, est de relativement bonne qualité mais doit être conservé dans le temps afin d'en limiter les pertes. "Il est absolument indispensable de continuer à le vendre au fur et à mesure. Le facteur temps est absolument essentiel. Ces trois dernières années, nous avons réduit ce portefeuille de plus de 90 milliards d'euros, avec seulement 1% de perte", a expliqué Pierre Mariani. "Mais il n'y a pas de perte de 125 milliards d'euros sur ce portefeuille", a-t-il martelé.

Dexia est par ailleurs encore exposé à la dette de pays d'Europe du Sud, ce qui fait que son sort est aussi en grande partie lié à la résolution de la crise de la dette en zone euro.

"On n'est pas dans une situation facile. S'il n'y avait pas la garantie des Etats, la question du cours de l'action ne se poserait plus", a-t-il encore répondu à un actionnaire demandant ce que valait l'action Dexia. Tant M. Mariani que Jean-Luc Dehaene, président du conseil d'administration, ont laissé entendre mercredi qu'il serait préférable que l'action de Dexia soit retirée de la cote. "Je ne vous cache pas qu'il y a des moments où nous considérions qu'un retrait de la Bourse faciliterait les choses par rapport à la mission que nous avions", a concédé l'ancien Premier ministre belge, à un actionnaire estimant qu'un "retrait de la cote s'impose" et prétendant "avoir 30 millions d'actions Dexia et avoir perdu 40 millions d'euros" à la suite de la débâcle du groupe franco-belge.

"Un désastre"

"L'assemblée générale qui se déroule aujourd'hui est celle d'un désastre, un des plus grands désastres qu'ait connu l'histoire des institutions financières de nos pays", a déclaré mercredi un responsable du syndicat SETCa, dans une intervention devant l'assemblée générale des actionnaires du groupe Dexia, soulignant les "plus de 11 milliards de pertes consolidées" et les "plus de 16 milliards d'euros de pertes sur la seule structure Dexia SA".

Le délégué du syndicat socialiste a affirmé rejeter "fermement l'octroi répété de bonus au personnel de direction de Dexia SA". "Pour nous, c'est indécent", a-t-il fustigé, alors que Dexia a dû procéder à des licenciements, dans le cadre de son plan de restructuration post-2008. Le responsable syndical, qui a reproché à Pierre Mariani "de ne pas avoir dit toute la vérité lors de l'assemblée générale de mai 2011", s'est aussi prononcé contre l'octroi de la décharge de leur responsabilité aux administrateurs "qui ont présidé au désastre actuel".

"Nous considérons votre gestion comme catastrophique et nous vous invitons à en tirer les conclusions", a conclu le responsable syndical à l'adresse de Pierre Mariani.

Le SETCa a par ailleurs regretté que la scission de Dexia ne soit pas intervenue dès le premier sauvetage du groupe franco-belge, à l'automne 2008. "Réalisée trois ans plus tard, trois ans trop tard, cette stratégie a coûté, outre les montants déjà cités, une garantie des Etats qui, pour la Belgique en tout cas, est un poids très lourd à porter", juge le syndicat, en référence à la part d'environ 60% supportée par la Belgique sur les garanties d'Etat accordées au groupe Dexia.

431 millions d'euros de pertes au 1er trimestre

Le groupe Dexia a dégagé une perte nette part du groupe de 431 millions d'euros au 1er trimestre 2012, a-t-il indiqué mercredi.

Selon le groupe, les résultats ont été impactés par différents éléments non récurrents pour un total avant impôts de -286 millions d'euros et par les coûts des garanties d'Etats (-128 millions d'euros avant impôts). Les éléments non récurrents consistent pour l'essentiel en une dépréciation du capital participatif détenu dans Kommunalkredit Austria et en un ajustement lié à la cession de Dexia Municipal Agency.

"Compte tenu de traitements comptables IFRS requérant une analyse approfondie, le résultat non audité à fin mars 2012 ne prend pas en compte d'ajustement de valeur potentiellement négatif sur la cession de Banque Internationale à Luxembourg", ajoute encore le groupe.

RTBF avec AFP et Belga

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