Accord commercial nord-américain: victoire du protectionnisme de Trump?

Le Canada, les États-Unis et le Mexique ont trouvé un accord commercial qui succède à l'Alena. C'était une promesse de Donald Trump avant même son arrivée au pouvoir: revoir cet accord qu'il jugeait "désastreux pour l'économie américaine". Cela a mis des mois de négociation mais aujourd'hui, c'est fait.

Pourtant, pour Etienne de Callataÿ, économiste chez Orcadia Asset Management, ce n'est qu'une victoire politique, pas une victoire du modèle économique du président américain: "Il apparaît comme celui qui a infléchi les choses, qui a préservé des emplois industriels. Mais, en même temps, il sait très bien que la plupart des biens industriels qui viennent de l'étranger ne peuvent pas être produits à l'étranger, tout simplement parce qu'il n'y a pas assez de main d’œuvre aux États-Unis. Donc il doit donner l'impression qu'il y a moyen de produire plus aux États-Unis, tout en étant sûr que les consommateurs ne payent pas plus cher quand il font leurs courses à cause de nouvelles taxes douanières".

"Des emplois, certes, mais de piètre qualité"

Même impression pour Michel Hermans, politologue à l'ULg, qui juge cet accord comme une demi-victoire pour les Etats-Unis: "Donald Trump veut ramener des emplois du Mexique, du Canada vers les Etats-Unis, c'est sa manière de faire campagne. Mais c'est un emploi avec des faibles salaires, précaire, à mi-temps voire à la journée. Et ça, ça pourrait décevoir son électorat à long terme. Mais à court terme, que dira-t-il au moment de faire campagne? "Vous avez retrouvé du travail!" Et sur ce plan-là il est assez fort au niveau de la communication".

Etienne de Callataÿ va dans le même sens, pour lui, le protectionnisme n'est pas la solution pour répondre au défi économique américain: "Ce n'est pas avec des barrières douanières qu'on gagne, même si l'on est la première puissance économique. Donald Trump sait que l'outil qu'il a agité, les taxes à l'importation, c'est ce tirer une balle dans le pied. Il devait donc être à sa hauteur de sa promesse de protéger l'emploi américain sans trop de dommage économique". A la lumière de cette analyse, les États-Unis n'avaient donc pas non plus intérêt à claquer la porte de l'accord commercial nord-américain.

Pas intérêt à se fâcher avec le Canada

Plus pragmatique, Donald Trump a sans doute aussi pensé au pétrole canadien. "Ce pétrole intéresse les américains rappelle Michel Hermans. Ils avaient d'ailleurs décidé de construire un oléoduc entre les deux pays. Les États-Unis voient un intérêt à aller chercher cette ressource chez leurs voisins plutôt qu'au Moyen-Orient, ils n'avaient pas intérêt à se fâcher avec eux".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK