AB Inbev: comment une brasserie de Louvain devint leader mondial insatiable

L'un des aïeux du gargantuesque leader mondial de la bière actuel n'est autre que la brasserie De hoorn, située à Louvain
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L'un des aïeux du gargantuesque leader mondial de la bière actuel n'est autre que la brasserie De hoorn, située à Louvain - © DR - dehoorn.eu

AB Inbev est un géant aux racines belges, né d'une soif inextinguible de fusions et acquisitions. Il a notamment gardé de sa belgitude son siège social à Louvain (Brabant flamand). Il vient, ce mardi, de rentrer dans l'histoire en rachetant son principal concurrent pour plus de 100 milliards d'euros.

Au commencement était la brasserie Den Hoorn, établie en 1366

Issu du rachat en 2008 du brasseur américain Anheuser-Busch par le Belgo-Brésilien InBev, AB InBev occupait, dès ce moment-là, la première place du marché brassicole mondial, avec un chiffre d'affaires en 2014 de plus de 41 milliards d'euros, et se présente comme "l'un des cinq plus grands groupes de produits de consommation" au monde.

Mais comment une petite brasserie de Louvain fondée au XIVe siècle a fini par donner naissance à ce mastodonte?

Anheuser-Busch InBev compte 155 000 employés et affiche une présence dans 25 pays tandis que ses boissons sont vendues dans plus de 100 pays.

Les origines du groupe remontent jusqu'au Moyen-Age, en 1366, avec la brasserie Den Hoorn établie à Louvain. Du côté d'Anheuser-Busch, les origines remontent à 1852 dans la ville américaine de Saint-Louis.

Interbrew est créée en 1987 à la suite de la fusion des brasseries belges Artois (Louvain) et Piedboeuf (Liège-Jupille). Interbrew deviendra InBev en 2004, fruit du mariage avec le brasseur brésilien AmBev.

Budweiser englouti pour 52 milliards

Mais la soif d'acquisitions du groupe n'est pas étanchée. Loin de là. En 2008, une nouvelle étape est franchie avec la reprise d'Anheuser-Busch par InBev, ce qui donnera naissance au leader mondial du secteur. Pour s'offrir notamment la bière Budweiser, très populaire aux Etats-Unis, InBev a mis 52 milliards de dollars sur la table.

AB InBev est alors coté à la Bourse de Bruxelles mais également à New York. Sa capitalisation boursière se monte à près de 165 milliards d'euros.

AB InBev a vendu en 2014 plus de 458 millions d'hectolitres dans le monde, dont plus de 411 millions d'hectolitres de bière produits dans 140 brasseries. En Belgique, le groupe a brassé près de 5 millions d'hectolitres dans ses quatre unités de production (Hoegaarden, Louvain, Jupille et Leeuw-Saint-Pierre).

Le groupe possédait alors déjà un portefeuille de plus de 200 marques de bières dont les plus emblématiques sont en Belgique Stella Artois, Jupiler, Leffe, Hoegaarden et Belle-Vue ; et Budweiser, Corona, Brahma, Beck's ou Quilmes à l'étranger. Il affirme ainsi posséder six des dix marques de bières dont la valeur est la plus importante dans le monde.

SABMiller, la future mariée a des arguments...

Mais le mastodonte n'est toujours pas rassasié. A ce moment-là de son histoire, il ne reste plus qu'un seul véritable concurrent au niveau global : l'Anglais d'origine sud-africaine SABMiller. Très vite AB InBev tente également de l'avaler.

Il faut dire qu'il a des arguments de poids. Le groupe sud-africain et britannique SABMiller compte actuellement plus de 200 bières dans son portefeuille dont les plus connues sont Grolsch (Pays-Bas), Peroni (Italie), Miller (Etats-Unis), Pilsner Urquell (Tchéquie) et Foster's (Australie). L'année qui a précédé son rachat, le groupe SABMiller a vendu 324 millions d'hectolitres, bières, alcools et softs confondus.

SABMiller est par ailleurs l'un des plus importants embouteilleurs de Coca-Cola. Le groupe, dont le siège est situé à Londres, emploie 69 000 personnes dans plus de 80 pays.

Son chiffre d'affaires était de 26,3 milliards de dollars. Tout comme son futur acquéreur, cet autre géant de la bière a également phagocyté plusieurs concurrents pour assurer son développement.

... et a su se faire désirer

Dès septembre 2015, l'annonce par AB Inbev d'un projet concret d'acquisition de son dauphin sur le marché brassicole mondial agite les marchés. D'autant que SABMiller, sans pour autant dévoiler trop tôt son jeu, ne ferme pas la porte. Mais la promise ne dit pas 'oui' tout de suite et se fait désirer.

A la mi-octobre, SABMiller a déjà refusé deux offres faites en privé par AB Inbev. La première à 38 livres, la deuxième à 40 par action. Bien que cette dernière offre valorise alors SABMiller à plus de 64 milliards d'euros. Le prétendant éconduit se dit alors "déçu".

Déçu mais pas résigné. Le 7 octobre, une offre d'AB Inbev revue à la hausse parvient sur le bureau de la direction du groupe SABMiller. 42,15 livres par action. Soit une offre totale qui s'élève désormais à 68 milliards de livres ou plus de 92 milliards d'euros.

Mais même là, le groupe sud-africano-britannique n'est pas encore totalement conquis, bien que son actionnaire principal (27% des actions d'alors), le cigarettier Altria (propriétaire entre autres de Marlboro) "exhorte le conseil d'administration du brasseur à s'engager sans délai et de manière constructive avec AB InBev à se mettre d'accord sur les termes d'une offre recommandée".

Une saga qui s'achève pour 100 milliards

Il s'avère que si les offres successives d'AB Inbev sont repoussées, le principe même d'un éventuel rachat par le leader mondial n'est jamais frontalement remis en cause. Comprenez : le groupe sollicité espère encore pouvoir faire monter les enchères.

Une tactique qui finira par payer ce 13 octobre 2015. AB InBev et SABMiller, respectivement numéro un et deux mondiaux donc, finissent par conclure un accord de principe portant sur la reprise de SABMiller par le premier cité.

Une opération qui s'effectuera finalement sur base d'une valorisation de la capitalisation boursière de SABMiller à hauteur de 71,2 milliards de livres (96 milliards d'euros). Pour le groupe belgo-brésilien basé à Louvain la quatrième offre fut donc la bonne. Celle-ci s'élève à 44 livres par action, ce qui constitue une plus-value de près de 50% par rapport au cours de l'action du 14 septembre dernier. Le dernier qui ait été enregistré juste avant que les rumeurs de reprise ne viennent le gonfler.

La troisième plus grosse fusion/acquisition de tous les temps

Si l'on ajoute dans cet exercice comptable la dette de SABMiller, l'offre en numéraire d'AB Inbev valoriserait même le groupe autour de 80 milliards de livres soit une barre des 100 milliards d'euros largement dépassée (108 milliards d'euros pour être exact).

Ce mardi restera donc à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire économique brassicole mondiale. Et dans l'histoire économique tout court. Cette acquisition fait en effet monter Ab Inbev sur le podium des plus importantes fusions/acquisitions de tous les temps.

Seules deux opérations ont jusqu'ici été plus importantes : celle entre le groupe britannique de télécoms Vodafone qui avait acquis le conglomérat allemand du mobile Mannesmann en 1999 pour 172 milliards de dollars (un peu plus de 150 milliards d'euros) et celle, toujours impliquant Vodafone, de la vente à l'américain Verizon de ses 45% de parts dans leur société commune Verizon Wireless en septembre 2013. Cette vente avait été bouclée pour 130,1 milliards de dollars, soit environ 115 milliards d'euros.

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