A peine élu, Hollande va batailler avec Berlin sur son pacte de croissance

François Hollande, le 6 mai 2012 à Tulle
François Hollande, le 6 mai 2012 à Tulle - © Philippe Desmazes

François Hollande va vite devoir engager d'âpres négociations avec ses partenaires européens, Allemagne en tête, s'il veut atteindre son objectif de "renégocier" le pacte de discipline budgétaire pour y ajouter un "volet croissance".

Le président élu a marqué dès son allocution de victoire sa volonté de "donner à la construction européenne une dimension de croissance, d'emploi, de prospérité, d'avenir" et d'expliquer à Berlin et ses autres partenaires que "l'austérité pouvait ne plus être une fatalité".

"C'est la mission qui est désormais la mienne (...) C'est ce que je dirai le plus tôt possible à nos partenaires européens et d'abord à l'Allemagne, au nom de l'amitié qui nous lie et au nom de la responsabilité qui nous est commune", a dit M. Hollande évoquant "un nouveau départ pour l'Europe".

La chancelière allemande Angela Merkel a appelé dimanche soir le président élu pour le féliciter. "Ils ont eu un premier échange et sont convenus de travailler ensemble à une relation franco-allemande qui soit forte, amicale et au service de l'Europe", selon le directeur de campagne de M. Hollande.

"Mme Merkel l'a invité à se rendre à Berlin, où il ira très rapidement après son investiture", a indiqué Pierre Moscovici à l'AFP.

Le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, a assuré que les deux pays allaient "travailler ensemble à un pacte de croissance pour l'Europe", tout en réitérant le leitmotiv de Berlin sur la nécessité de "réformes structurelles".

L'équipe de François Hollande entend mettre en musique dans les prochains jours la promesse emblématique du nouvel élu via des "consultations" avec les capitales. Objectif: parachever avant la fin du mois son "mémorandum" sur ce "pacte de croissance".

Le voyage à Berlin, sitôt entré en fonction, doit permettre à François Hollande de préparer avec Angela Merkel la réunion informelle des dirigeants de l'Union européenne fin mai ou début juin, puis le sommet sur la croissance des 28 et 29 juin.

Angela Merkel refuse de voir remettre sur le métier le traité budgétaire, signé début mars par 25 Etats de l'UE et déjà ratifié par certains.

François Hollande a tour à tour promis de "renégocier" ou de "compléter" ce texte par des mesures censées doper la croissance. Reste à savoir sur lequel de ces termes l'accent sera mis.

"En réalité, les règles de discipline budgétaire nous conviennent globalement", assure à l'AFP un proche du futur chef de l'Etat. "On ratifiera le traité, à condition de l'inclure dans un paquet équilibré avec un vrai volet croissance", ajoute-t-il.

Selon un autre proche, Berlin sait à quoi s'en tenir: "l'ambassade d'Allemagne à Paris a fait le travail pour comprendre nos positions".

François Hollande se montre confiant d'avoir déjà fait bouger les lignes: les uns après les autres, les dirigeants européens font désormais de la croissance une priorité, même si leurs recettes diffèrent parfois des siennes.

"L'impression générale c'est que, malgré des désaccords, il est possible de discuter" avec les Allemands, affirme à l'AFP Karine Berger, membre de son équipe, qui s'est rendue récemment outre-Rhin. Pour elle, "les points avancés par François Hollande sont très pragmatiques, il s'agit de lancer des projets favorisant la croissance".

De fait, les axes de son "mémorandum" semblent retenus dans un esprit de compromis. Il s'agit de financer des investissements dans les infrastructures, les énergies nouvelles ou l'industrie, par plusieurs biais: emprunts européens ad hoc, capacité de financement renforcée de la Banque européenne d'investissement, mobilisation des fonds structurels inutilisés et taxe européenne sur les transactions financières.

Ces propositions, en souffrance à Bruxelles, "pourraient bénéficier d'un nouvel élan", estime un diplomate européen.

"Le problème le plus complexe, c'est la forme juridique que devront prendre ces projets", estime-t-on dans l'entourage du président élu. Difficile pour lui de se contenter d'une déclaration d'intention ou d'un protocole non contraignant. "Les incertitudes devront être levées le plus rapidement possible, y compris pour rassurer les marchés", glisse-t-on de même source.


AFP

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