50% de notre électricité belge proviendra-t-il du renouvelable en 2030? A condition d'être très optimiste...

Les fédérations belges des énergies renouvelables l’affirment, environ 20% de l’électricité consommée, en Belgique, provient aujourd’hui de sources éolienne ou photovoltaïque.

Avec environ 11000 MW de capacités éolienne et photovoltaïque installées fin 2020, la Belgique s’est bien lancée dans la voie d’une transition énergétique durable. Ces fédérations sont très confiantes, elles estiment que 40 à 50% de l’approvisionnement électrique du pays en 2030 proviendra du renouvelable. Attention, nous parlons bien d'électricité et pas de l'énergie globale consommée en Belgique.

Des éoliennes terrestres en construction de façon variable de part et d’autre de la frontière linguistique

On peut comprendre, dès lors, que les chantiers de construction d’éoliennes se multiplient pour atteindre cet objectif. Pour le savoir, nous nous sommes rendus dans la commune de Quevy dans le Hainaut. Elle compte déjà quatre éoliennes sur son sol. Tandis que quatre autres mâts seront bientôt installés sur son territoire. Florence Lecompte, la bourgmestre de la commune croule sous les demandes de projets : " nous ne pouvons pas empêcher en tant qu’autorité communale, les projets d’éoliennes. Si toutes ces éoliennes s’installent nous aurions entre 50 et 80 éoliennes installées. "

Située sur une plaine ouverte et venteuse, Quevy attire les convoitises des opérateurs. En réalité, ceux-ci ne peuvent pas s’installer n’importe où comme l’explique Johanna D'henincourt de l'Apere, l'Association pour la Promotion des Energies renouvelables : " Si on considère toutes les contraintes liées au développement éolien, la proximité de zones d’habitats, les contraintes de couloirs aéronautiques, les contraintes environnementales et paysagères, il n’y a, en définitive, que quelques pourcents du territoire où on peut implanter de l’éolien ".

En Wallonie, les projets d’installation d’éoliennes sont validés ou non par la Région wallonne. Les autorités communales ne peuvent remettre qu’un avis.

Ce n’est pas le cas en Flandres, où les autorités communales peuvent, désormais, empêcher un projet d’implantation d’éoliennes sur leur commune. Le collège communal peut bloquer tout projet. Par ailleurs, Zuhal Demir, la ministre flamande NVa de l’environnement et de l’énergie a fortement diminué les subsides pour l’éolien en Flandres. Alors que le subside est évalué à 50 euro/MWh en Wallonie, ce subside est tombé à 8 euros /Mwh en Flandres.

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L’éolien terrestre plafonne

Selon Damien Ernst, expert en énergie et professeur en électromécanique à l’U-Liège, l’éolien terrestre en Belgique ne va certainement pas doubler d’ici 10 ans car il a atteint son point de saturation Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Entre 2019 et 2020, on est passé de 138 MW installés à 68 MW. Il y a donc eu deux fois moins d’éoliennes terrestres installées en l’espace d’un an. En Flandre, les chiffres ont, carrément, plafonné et sont pratiquement identiques en deux ans : 61 MW installés. Nous sommes donc loin des années de pic du développement de l’éolien terrestre en Belgique.

Même constat pour Patrick Hendrick, professeur en aéro-thermo-mécanique de l’ULB qui fait remarquer que ce sera difficile d’installer beaucoup plus d’éoliennes terrestres en Belgique en raison des problèmes de nuisances soulevés par les riverains.

Un doublement de la production d’électricité avec les éoliennes offshore

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Mais selon cet expert, l’avenir est plutôt dans l’éolien offshore et le développement technique des turbines éoliennes : Patrick Hendrick nous explique : " Aujourd’hui on parle de turbines d’une capacité de 11 à 14 MW chacune. Si vous en mettez cent, vous être au-delà de 1000 MW ( c’est-à-dire la production d’une centrale nucléaire).Le nombre de MW/km2 sera donc de plus en plus grand. C’est la technologie sur laquelle nous pourrons miser à l’avenir. "

Cet expert pointe également le potentiel du photovoltaïque qui a un rendement très élevé mais pas sûr que la Belgique dispose d’énormément de superficie pour le développer, hormis souligne l’expert, dans les zones industrielles où énormément de surfaces restent à valoriser.

50% d’électricité en 2030? un chiffre irréaliste selon plusieurs experts

Pourrons-nous pour autant atteindre 50% de nos besoins en électricité par le renouvelable d’ici 2030? Aux yeux du professeur de l’U-Liège, Damien Ernst, le chiffre paraît fantaisiste étant donné le plafonnement de la construction d’éoliennes onshore. Il rappelle également le problème de l’intermittence des énergies renouvelables : " Un jour très venteux, vous pourriez alimenter la Belgique entière grâce au renouvelable déjà aujourd’hui avec 11.000 MW de capacité. Le problème c’est l’intermittence de ces énergies. En hiver, vers 17h00-18h00, lorsqu’il fait noir et qu’il n’y a pas de vent, cette capacité de 11.000 MW tombe à 500 ou 600 MW produits. Cela implique que vous devez obligatoirement accompagner vos capacités en renouvelable par des centrales au gaz qui se mettent en route dès que les capacités du renouvelable à un moment donné ne rencontrent pas la demande en électricité du pays. "

Patrick Hendrick soulève un autre problème: "Si nous voulons de plus en plus de voitures électriques, comment voulez-vous les recharger avec une électricité disponible en dehors des quatre mois d’été (juin, juillet, août, septembre). Nous devons absolument trouver des solutions de stockage gigantesques de l’électricité si nous voulons lisser notre approvisionnement sur l’année complète."

Un stockage dans les batteries de telles quantités est impossible actuellement, selon cet expert. Il faudra trouver d’autres solutions. Aujourd’hui, le seul exemple de stockage est à Bastogne avec, à peine, 10 MW de stockage en batterie.

Autre problème, le transport de l’électricité provenant de l’éolien offshore. Si l’éolien offshore belge pourra doubler sa capacité de production et passer de 2000 à 4000 MW d’ici 2030, l’électricité qu’il produira ne pourra pas être acheminée efficacement sur le territoire belge sans un renforcement adéquat de l’infrastructure électrique. Or, cette infrastructure (le réseau électrique) demande du temps et prendra bien plus de 10 ans avec des dossiers comme la boucle électrique du Hainaut qui coince actuellement.

L’avenir est aussi dans la mise en commun des parcs offshore européens de la mer du Nord mais là encore , nous n’y sommes pas car, si le potentiel est titanesque, l’enjeu technique est aussi énorme et nous ne pourrons pas compter sur ces projets-là avant 2035-2040.   

 

 

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