3600 scientifiques interpellent la "désastreuse" politique agricole européenne

3600 scientifiques interpellent la politique agricole européenne "désastreuse"
3600 scientifiques interpellent la politique agricole européenne "désastreuse" - © Tous droits réservés

3600 scientifiques, dont 137 Belges demandent aux institutions européennes d’améliorer " drastiquement " la proposition pour la Politique Agricole Commune afin qu’elle "cesse de nuire à l’environnement". Leur constat est sans appel. Pour eux, la PAC, telle que proposée actuellement, voit ses ambitions environnementales diluées et risque de mettre en danger le Pacte Vert pour l’Europe.

Une déclaration qui intervient au moment même où le budget européen 2021-2027 est en cours négociation, y compris la part qui devrait être allouée à la PAC et à quelles conditions.

Dépenser l’argent des contribuables dans une agriculture respectueuse de la planète.

Sécurité alimentaire, protection de la biodiversité et atténuation du changement climatique, les signataires proposent dix actions urgentes pour "inverser les processus destructeurs en cours et permettre de dépenser l’argent des contribuables dans une agriculture respectueuse de la planète". Il est question de 60 milliards d’euros annuels (l’ensemble des subsides aux institutions européennes) dont 40% constituent le budget de la PAC. "L’argent public ne devrait financer que des pratiques agricoles qui respectent l’environnement", concluent les signataires.

"PAC, moteur central des crises du climat et de la biodiversité"

La PAC actuelle, disent ces 3600 scientifiques est un "moteur central des crises du climat et de la biodiversité, et […] elle échoue à répondre aux enjeux socio-économiques des zones rurales". Ils dénoncent une distribution injuste entre agriculteurs, avec son corollaire : le financement de pratiques "qui détruisent la biodiversité à grande échelle, en contribuant au changement climatique et à la dégradation des sols et des terres".

Oligarchie industrielle

Actuellement, le premier déterminant du montant des “aides aux revenus” versé à un agriculteur est la taille de sa ferme : 80% des paiements vont à 20% des plus grandes fermes en Europe. Une répartition qui "sert les intérêts d’une oligarchie agro-industrielle", affirme la déclaration, en s’appuyant sur une enquête du New York Times, fin 2019, qui a révélé que sur les 65 milliards de dollars par an que l’UE dépense pour subventionner l’agriculture, "une partie de cet argent […] enrichit les politiciens et finance la corruption".

Moins ils ont de terre, moins ils ont d’aide et de revenu, et moins ils peuvent s’agrandir – quelle que soit la qualité environnementale de leurs pratiques.

Parmi les propositions émises par les signataires :

  • Mettre un terme aux pratiques destructrices pour l’environnement, en éliminant immédiatement les aides liées à la production, en éliminant progressivement les paiements directs, au bénéfice d’un soutien significativement accru à la transition des exploitations vers une agriculture respectueuse de la nature.
  • Dédier 10% de la surface agricole aux habitats naturels et semi-naturels comme les haies, les bandes fleuries, fossés, talus et mares.
  • Des financements spécifiques accordés aux fermiers pour des activités de protection de la nature.

La possibilité d’un désastre

La déclaration dénonce le cercle vicieux dans lequel se trouvent de nombreux petits agriculteurs. "Moins ils ont de terre, moins ils ont d’aide et de revenu, et moins ils peuvent s’agrandir – quelle que soit la qualité environnementale de leurs pratiques", estime Emmanuelle Beguin de Natagora, qui ajoute que "la proposition de PAC de la Commission porte en elle la possibilité d’un désastre".

CQFD du 20/02/2020 - Le Green Deal et la Politique agricole commune sont-ils incompatibles ?

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK