"2000 emplois sacrifiés par la grève? Le calcul ne tient absolument pas"

En partant du montant du PIB belge, établi l'an dernier autour des 400 milliards d'euros, et en le divisant par le nombre de jours ouvrables pondérés par le poids de Bruxelles dans l'économie belge, BECI avance le montant de 200 millions d'euros comme coût potentiel de la grève si celle-ci atteint 100% des activités économiques produisant de la valeur dans la capitale. "Au plus haut sera le taux de succès de la grève, au plus on détruira de la valeur jusqu'à ce niveau", estime Olivier Willocx, administrateur délégué de BECI.

Outre le fait que la grève ne paralyse qu'en partie la capitale (et donc qu'il faudrait établir un ratio sur ces 200 millions au prorata du taux de perturbation), le raisonnement du BECI pour convertir ses estimations en emploi apparaît, sinon de mauvaise foi, au moins très bancal d'un point de vue académique. Jugez plutôt.

"En considérant le chiffre généralement admis de 100 000 euros de valeur par poste, vous obtiendrez 2000 emplois supprimés par le seul fait de cette journée passée à protester plutôt qu'à chercher les meilleures voies possibles pour sortir de l'impasse financière", poursuit Olivier Willocx, qui compare les grévistes aux climato-sceptiques. "Leurs arguments font penser à ces climato-sceptiques qui, sans lire aucune étude sérieuse, se parent d'un manteau de vertus pour défendre l'immobilisme. Or, ne rien faire n'est pas une option, sinon on va dans le mur."

"C’est le bénéfice des entreprises qui fait office de variable d’ajustement"

"L'estimation de 200 000 millions, pour autant qu'elle soit correcte correspondrait bien, en valeur, à 2000 emplois", nous confirme un économiste en vue, actif dans le secteur privé. "Mais nous ne sommes heureusement pas dans une économie où les emplois seraient la seule variable d’ajustement des entreprises pour digérer un manque à gagner", nous explique-t-il. "Il est sûr que les entreprises vont encaisser le coût. Dès lors, pour certaines PME, cela pourrait être la goutte de trop qui les oblige à se séparer de collaborateurs, on ne peut écarter cette hypothèse dans certains cas".

"Autrement dit, c’est bien le bénéfice des entreprises qui va jouer la variable d’ajustement, donc quand cet amortisseur n’est pas assez puissant, cela va résulter dans des suppressions d’emplois. Mais dire, 'cela a un coût de 200 000 millions donc cela fait 2000 emplois', c'est un raisonnement qui ne tient absolument pas la route", nous indique notre interlocuteur. 

"Monsieur Willocx est dans son rôle lorsqu'il alerte sur les dégâts potentiels des mouvements de grève sur l'économie, car nul ne peut nier que ces actions ont un coût", estime pour sa part Etienne De Callatay, Economiste en chef à la banque Degroof. "Mais là c'est un calcul fait 'sur le dos d'une enveloppe', comme on dit dans le monde anglo-saxon, à savoir un calcul rudimentaire et qui n'a pas une valeur scientifique solide". Ce d'autant que des variables importantes ne sont pas prises en compte relève Etienne De Callatay.

Ce dernier cite entre autres l'artifice qui consiste à considérer que le manque à gagner d'un jour de grève est perdu à tout jamais. "Un consommateur qui n'a pas acheter dans un supermarché X ce lundi, pourra l'avoir dépensé dans un supermarché Y ou avoir reporté sa dépense au lendemain", explique-t-il. A contrario, cet expert souligne que le calcul du BECI ne prend pas en compte les dégâts sur l'image de la Belgique que pourraient occasionner, auprès des investisseurs étrangers, ces mouvements de grèves.

Pour rappel, la grève tournante de ce lundi concerne la Région bruxelloise et les Brabants flamand et wallon, après avoir touché les huit autres provinces lors des deux lundis précédents. Une grève générale doit se tenir le lundi 15 décembre.

@julienvlass avec Belga

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