Dix ans après la crise financière, peut-on avoir confiance dans les banques?

Il y a 10 ans, une crise financière d’ampleur débutait. Les bourses du monde entier s’écroulaient, plongeant dans le rouge de nombreux épargnants, qui ont vu le cours de leurs actions faire une chute vertigineuse. Aujourd’hui, les banques conseillent-elles toujours des produits à risque ? Mesurent-elles mieux les risques ? S’assurent-elles que le client a bien pris connaissance qu’il pouvait perdre une partie de son argent ? 

Pour le savoir, nous avons imaginé un profil fictif et avons poussé les portes de certaines banques en caméra cachée. Notre profil : David Brichard, 33 ans, un emploi fixe, pas propriétaire mais disposant de 100 000 euros d'épargne. Objectif : demander à ces banques quels placements elles me conseilleraient. 

Dans une première banque, l’employée, qui m'accueille, me demande d’abord quel est mon projet d'investissement. Elle comprend très vite que je souhaite faire fructifier mon argent sur le long terme, sur plus ou moins 10 ans. Dans une seconde banque que je visite, c’est exactement le même rituel. A chaque fois, l'employée souhaite d'emblée cerner mes motivations et après quelques questions plutôt générales, elle me demande ma carte d'identité. On va alors créer mon profil de risque. C’est aujourd’hui une obligation européenne, une manière de s'assurer que chaque client est bien conscient du risque. 

Le profil de risque

Il faut, à cette étape de l'entretien, répondre à une série de questions. Exemple : en investissant, quel est votre objectif ? Autre exemple plus axé sur mes connaissances: avec une épargne-pension, est-on d’avantage taxé en cas de retrait de la somme avant 60 ans ? Au terme du questionnaire, la banque est censée savoir jusqu’où vous pouvez aller en matière de risque. Constat interpellant, dans les deux banques, mon profil est différent. Dans une, je suis modéré, soit défensif avec un maximum de 40% d’actions. Dans l’autre, je suis dynamique, soit offensif avec un plafond à 55% d’actions.

Nous avons soumis cette différence à deux experts en matière d’économie ; l'un est Nicolas Claeys, coordinateur de Test-achats invest et l'autre, Michel Gassée, journaliste économique à la RTBF. Selon eux, les banques ne peuvent pas mesurer exactement les risques que vous êtes prêts à prendre avec ce genre de questionnaire. "Comment voulez-vous comprendre le risque d'un client sans lui détailler clairement ce qu'il peut perdre en euros. Les banques ont recours à des questions trop générales pour calculer le risque", explique Nicolas Claeys.

Les offres   

Une fois le profil terminé, on me montre des propositions de placements avec des rendements pouvant atteindre 6 à 7% brut. Ce sont majoritairement des fonds constitués d’actions et d’obligations. Les brochures que l'on me fournit, sont très difficiles à comprendre pour un non-initié. Les fonds proposés sont en général très complexes.

Obligations émises par des gouvernements de pays émergents, actions de grandes entreprises internationales ... Il n’y aurait là, par contre, que des placements plutôt sains. "On est bien loin des subprimes que l'on a vus à l'époque de la crise financière, il y a 10 ans", confie Michel Gassée.

Autre point soulevé par nos experts en économie, les banquiers vont bien souvent vous proposer, en premier lieu, des produits financiers grâce auxquelles leur enseigne pourra avant tout gagner de l’argent via le système des commissions. "Il n'est pas rare qu'on vous propose un produit défensif alors que vous avez un profil offensif. La raison: c'est le placement avec lequel la banque pourra tirer le meilleur profit financièrement", ajoute Nicolas Claeys. 

A la fin de mes rendez-vous avec les banques, je retiens une chose : investir en bourse comportera toujours des risques. La possibilité de perdre beaucoup d’argent est une notion qu’il ne faut absolument pas négliger.

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