"Parfois il me caresse la joue. Il me dit 't'es triste? Allez maman, ça va aller'"

Nathalie tente de gagner un peu d'argent sur les parkings de supermarché
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Nathalie tente de gagner un peu d'argent sur les parkings de supermarché - © Tous droits réservés

Nathalie ne voit plus son fils, Quentin, qu'un week-end sur deux. Il est placé depuis plusieurs années. Le temps que Nathalie retrouve une stabilité, à tous niveaux. Elle le vit très mal, culpabilise beaucoup, et veut faire son maximum pour récupérer la garde de son enfant.

Mère et fils se rencontrent trois fois par semaine au Centre de protection de l'enfance, une structure soutenue par Viva For Life. Pour Nathalie c'est une chance de plus de retrouver une vie normale, elle qui a l'impression d'avoir "tout vécu". "Même à mon pire ennemi, je ne souhaite pas une existence comme la mienne".

Sinon quoi ? Je vais devoir faire le trottoir?

Pour croiser Nathalie, en pleine journée, c'est sur les parkings de grands magasins ou sur les marchés qu'il faut se rendre. C'est là qu'elle essaye, tous les jours de gagner un peu d'argent. En rendant des services. "Un jour, j’étais au magasin avec mon fils, une dame m’a demandé de prendre un truc qui était trop haut. Je l'ai aidée. Elle m’a dit : 'En échange, le petit peut choisir un bonbon'. Ça a fait tilt, je me suis dit : 'Pourquoi pas aider les gens, dans les rayons, ou à pousser leur caddie, puis ranger les courses dans le coffre de la voiture ?'  Je fais ça, quand je n'ai pas mon fils. J’aide les gens et puis ils me disent souvent : 'Qu’est ce que vous voulez ?' Je leur dis : 'Un pain, ou autre chose' N'importe quoi, ce qu'ils veulent. Je prends ce qui vient. Je vais sur les marchés aussi, aider à ramasser les cintres, les légumes. Certains me donnent un peu à manger, d'autres quelques pièces. Bien sûr, je me prends des affronts ! 'T'as qu'à travailler', 'J'aide pas les clochards comme toi'... Au début tu pleures, puis tu apprends à encaisser. C'est gênant mais on s'y fait, parce qu'on se dit qu'on n'a pas le choix ! Je n'ai même pas 900 euros au CPAS. Il faut trouver de l'argent ! Alors je tente tout. Je donne mon numéro dans les restaurants. Mais y'a jamais personne qui m'appelle. 5 euros de l'heure c'est déjà de trop... Alors, oui, les marchés, ça m'aide bien. Sinon quoi ? Je vais devoir faire le trottoir ? Je ne saurais pas... Aller voler dans les magasins ? Non. Je veux pas de problème avec la police, sinon je ne reverrai plus mon fils..."

Son petit garçon, Quentin, a 5 ans et demi. Il est placé depuis ses deux ans. "La police est venue le chercher. C'est dur de lui mettre la ceinture, de lui dire qu'il va revenir près de maman, et il revient pas. C'est dur,très dur".

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Dormir dans un garage

Nathalie n'en fait pas mystère. Oui, elle a fait des erreurs, qui l'ont conduite au fond du trou. Tout n'est pas qu'une histoire de pauvreté. "J'ai fait des betises. Boire un verre, deux verres, prendre de la drogue. Ça va vite. On tombe dans l'engrenage. J'ai tout délaissé, pas payé les factures... Plus jamais je ne ferai tout ça, plus jamais... Mais tant que ma maman vivait encore, je me sentais invincible. On était très fusionnelles, et en cas de problème je pouvais retourner vivre chez elle, elle adorait le petit... Mais le jour où elle est partie, comme ça, brutalement... Tout a changé, et je n'ai plus eu de solution d'urgence ".

Fallait inventer une histoire parce qu’il criait

Parmi les moments les plus difficiles,il y a cette période où mère et fils dorment dans un garage, en cachette. "J’allais pas la journée, juste quand il faisait sombre, quand le petit commençait à tomber endormi. J’avais une petite lampe avec une pile au cas où il se réveille dans le noir... Il allait se demander ce qu’il faisait là. En plus il était habillé, une grosse couette dans sa poussette, moi à terre. Dès que j’entendais qu’il se réveillait pendant la nuit, je lui disait en chuchotant 'Chut ! Faut pas parler, fais dodo, on va réveiller les gens qui dorment…' Fallait inventer une histoire parce qu’il criait. Dès qu’il commençait à faire clair, je sortais du garage…"

Aujourd'hui elle s'en veut pour tout ça... Tout ce que son fils a déjà vécu, du haut de ses 5 ans. Et ce qui le pousse, sans doute, à déjà vouloir protéger sa maman...

" arfois, il me dit 'T'es triste, maman ? Ca va aller'. Moi, je me retiens de pleurer, pour pas qu'il soit triste, pas qu'il s'en veuille. Pour l'instant, je pense qu'il croit que c'est de sa faute."

"Maintenant je vais essayer de rattraper le coup et tout recommencer à zéro avec lui ". Recommencer, c'est fréquenter le Centre de Protection de l'Enfance, à Gosselies, et son appartement supervisé (une association aidée par Viva For Life), où on tente de recréer une relation entre parents et enfants. Faire comme à la maison. Savoir écouter son enfant, lui parler, jouer avec lui, le gronder quand il faut.

Je reprends goût à la vie, je me sens être une maman !

"On se voit trois fois par semaine. Il arrive de l'institution où il vit, il repart là bas fin de journée. Je viens ici parce que ça fait déjà longtemps que je ne vis plus avec mon fils 7 jours sur 7. Du jour au lendemain, on ne va pas me le rendre, et voilà ! Quand je l'ai à la maison un week-end, le temps passe vite. Ici, on peut vraiment se poser, apprendre ensemble. On fait les devoirs, on parle, on dîne...je fais à manger. Je reprends goût à la vie, je me sens être une maman ! On joue ensemble, attention ! Pas à la console, il n'y a pas ça ici, même pas la télé. On fait des jeux de société, des bricolages... Ils nous apprennent à communiquer, pas toujours crier au moindre souci. J'avais tendance à faire ça, j'apprends à me maîtriser et c'est bien ! La rue, c'est la rue...on attrape certaines habitudes, certains comportements... Ici il faut faire attention à ce qu'on dit, comment on s'exprime..."

"Ce n'est pas toujours facile, avoue-t-elle en riant. Avec des caméras partout dans l'appartement, on se sent observé, c'est vrai. Mais faut passer par là ! "

On se quitte, en vitesse, parce qu'elle a peur de retrouver son appartement complètement inondé. "Le propriétaire ne veut pas faire de réparations, le radiateur coule non stop. Je mets des verres d'eau, et je les vide, sans arrêt. Parfois ça déborde, et y'en a partout, sous les portes, sous les meubles. Encore quelque chose qu'il va falloir régler..."

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