"Des familles monoparentales, sans voiture, mises dans une tour perdue au milieu de nulle part"

Sur les hauteurs de Dinant, Diana et ses enfants
Sur les hauteurs de Dinant, Diana et ses enfants - © violettenlandungoy - Getty Images/iStockphoto

Comment se déplacer quand on vit à la campagne, sans voiture ? Quand ils n'ont pas le courage de marcher, Diana et ses deux enfants doivent compter sur les bus ou le taxi. Un fameux budget pour cette famille vivant dans la précarité.

L'ascenseur est en panne, une fois de plus. Pour arriver chez Diana, il faut monter 6 étages à pied. De leur balcon, tout en haut de la tour de logements sociaux, la vue est imprenable sur la campagne namuroise. "Le paysage est super beau. Mais on n'a rien du tout à proximité. Les magasins sont situés soit au-dessus, soit tout en bas. Ici, il n'y a rien. Même pas une école primaire."

Pour descendre en ville, il y a plusieurs solutions, nous explique son fils de 6 ans. La moins chère ? "Tu descends à pied. Par le petit chemin, là-bas". Il l'a déjà fait souvent, et "c'est un petit peu ennuyant". "En marchant normalement, on peut être en bas entre 15 et 20 minutes", poursuit Diana. Mais il y a la remontée. "Quand on a une poussette... avec un enfant de 2 ans dedans... c'est difficile ! Ça monte tout le temps !!! La dernière fois, j'ai mis deux heures".

Il y a bien une ligne de bus. "Quand il n'y a pas grève des bus, ou pas de neige, et qu'il veut bien nous prendre parce qu'il y a encore de la place, ça va alors", précise le "grand". Mais hors période scolaire, les circuits de bus sont ramenés à un seul par jour. "C'est à 10h pour descendre et 11h40 pour remonter. Pas le temps de faire grand-chose, et si vous le loupez, c’est foutu", soupire Diana.

C'est foutu ou il faut appeler le taxi. Cela coûte 8 euros pour descendre en ville, 10 pour remonter. La commune a instauré un tarif social. "Malgré tout, à la fin du mois, ça peut vite chiffrer, et je vous assure que ce n'est pas un luxe inutile", insiste Diana. "Ils ont mis dans cette tour, perdue au milieu de nulle part, des familles monoparentales, sans voiture. Pour moi, c'est une erreur !"

Elle avait inscrit son fils au foot, pour qu'il se dépense un peu,  il est doué en plus, il voudrait être footballeur plus tard !". Mais les entraînements, c'est "en bas". "Le soir, je ne vais pas descendre à pied, ni appeler un taxi. Donc il ne sait pas aller, ou très rarement. Et les jours de match, parfois l'entraîneur vient le chercher en voiture, ici".

Ça fait 4 mois que ça dure, on ne trouve rien pour faire passer ça...

Elle tousse, Diana, elle n'arrête pas de tousser. Dans la famille, on dit qu'on a "un abonnement chez le docteur". "C'est pour rire, mais... c'est un peu vrai !", rigole l'aîné de Diana. "Il vient tout le temps ! Bientôt ce sera notre meilleur copain". Il est encore venu la veille. "Il faut toujours que quelqu'un tombe malade, ici ! Quand ce n’est pas maman, c'est moi, quand c'est pas moi, c'est mon frère. Et on se refile les maladies".

Des murs noirs d'humidité

Pour Diana, c'est l'humidité qui est à l'origine de tous ces problèmes. "Dans la chambre, les murs deviennent tout noirs. Je l'ai déjà dit trois fois à la société de logement social, ils ne font rien. Ils me disent d'aérer. Toute la journée, la fenêtre est ouverte !"

En attendant, le petit a de l'asthme, "assez grave, d'ailleurs, on a déjà dû faire venir une ambulance", des allergies, des drains aux oreilles, "et d'autres problèmes encore qui nécessitent un suivi à l'hôpital. Les factures s'accumulent, tous les mois, j'ai peur de ce qui va me tomber dessus..."

Pendant longtemps j'ai fait semblant que je savais lire

Le petit demande un suivi particulier, mais le grand aussi. "Lui ce sont plutôt des problèmes de dyslexie. Il doit voir une logopède, je paie des cours avec un professeur à domicile pour l'aider". "En fait, pendant longtemps j'ai fait semblant que je savais lire. Puis un jour on a dû lire un poème devant toute la classe. J'ai pas pu. Et tout le monde a rigolé. Avec ma prof je lis des mots, des syllabes, je m'entraîne. Et quand je pourrai lire, je serai plus heureux".

Ici, on n'a pas beaucoup de rêves, ou alors des rêves "qui coûtent pas cher". Du balcon, Diana regarde parfois passer les avions. En se demandant si elle aussi, un jour, elle repartira en vacances, avec les garçons. "Ça doit faire...20 ans que je ne suis pas partie ? J'en suis à un stade où je partirais n'importe où. Pourvu que je sorte de ce trou perdu".

Nous avons recueilli ce témoignage dans le cadre de Viva For Life. Vous l'entendrez sur les ondes de Vivacité, entre le 17 et le 23 décembre.

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