" Avec des patientes qui ont peu de moyens financiers, on va bien au-delà de notre rôle de médecin ! Nous avons un rôle social à jouer... "

A côté des actes techniques, beaucoup d'attention pour les conditions de vie des patientes
A côté des actes techniques, beaucoup d'attention pour les conditions de vie des patientes - © Pexels

Gynécologue dans la région de Mons-Borinage depuis une vingtaine d'années, Pierre-Emmanuel Mathieu est confronté, régulièrement, à la détresse de certaines familles, sans moyens financiers.

Mon rôle de gynécologue est de les suivre au niveau de leur grossesse, les entourer, mais pas seulement ". Quand ses patientes se plaignent de difficultés financières, le Docteur Mathieu réagit. " Mon rôle premier est de les mettre en lien avec le CPAS de leur commune et surtout, surtout, c'est primordial : qu'elles soient en règle de mutuelle. Nous leur expliquons comment faire, c'est vraiment essentiel ".

Le gynécologue s'informe aussi des conditions de vie, à domicile. Dans quel logement vit cette future maman ? Y a-t-il du chauffage ? Un confort minimum ? " Accueillir un enfant doit se faire dans une maison qui n'est pas insalubre ! S'il y a des problèmes d'humidité par exemple, le bébé risque d'avoir des problèmes pulmonaires, de l'asthme. Nous posons des questions, au CPAS par exemple. Les gens l'ignorent souvent, mais en cas de grossesse, ou si la famille compte déjà des enfants, il est possible d'avoir un accès prioritaire à un logement social. Évidemment il faut des certificats de grossesse, faits par les gynécologues. Pour avoir des informations sur le milieu de vie, nous contactons aussi des médecins généralistes. Eux vont dans les familles, eux connaissent les antécédents, rencontrent les gens à domicile. Ils savent ce qu'il en est et peuvent nous orienter, c'est une collaboration vraiment très intéressante ".

Une fois la grossesse à terme, et l'arrivée à la maternité, une nouvelle collaboration s'instaure, " avec les sages-femmes cette fois. Il y a toujours un dossier à la maternité et on signale à la sage-femme qu’il faut faire attention. On tire le signal d’alarme et au plus vite il est tiré, au plus vite l’assistant social sera informé et il y aura un plus grand service rendu à la patiente, elle sera encore mieux entourée. Le pédiatre est aussi averti, il connaît le dossier à l'avance ".

Plusieurs semaines, plusieurs mois à l'avance, une " chaîne de vigilance " s'organise. Le Docteur Mathieu veille aussi à bien informer ses patientes, parfois restées à l'écart des " circuits de prévention " classiques. La précarité peut aussi se traduire par un moins bon accès aux connaissances. " On propose un entourage global aux patientes. Celles qui fument peuvent profiter d'une aide au sevrage tabagique, avec des solutions pas très chères, remboursables. On leur propose aussi par exemple une aide au niveau diététique, pour savoir quoi manger pendant la grossesse. Après l'accouchement, ces patientes auront besoin d'une contraception. Elles n'en ont pas toujours ! Or, on a fait des progrès sociaux énormes à ce niveau, avec des remboursements de pilules, de stérilets, des implants beaucoup moins chers. On insiste énormément sur ce point, et parfois ils ne savent pas qu’il y a des contraceptions dont ils peuvent bénéficier et remboursés par leur mutuelle.

Il y a beaucoup de gens précarisés qui ne connaissent pas du tout les droits auxquels ils peuvent prétendre ! ". " Tout ce qu’on veut, nous, c’est avoir une mère épanouie, un enfant en bonne santé, c’est pour ça qu’avec toutes les équipes avec lesquelles on travaille, avec les attestations, on arrive à aider, et parfois une grossesse est une occasion de changer de mode de vie et d’avoir une vie plus agréable ".

Pour répondre aux besoins de ses patientes les plus pauvres, assurer leur suivi de grossesse, le gynécologue doit parfois s'adapter. " Au niveau des horaires par exemple, on ne peut pas les recevoir trop tard, surtout en hiver, car ce sont des gens qui vont venir à pied, en vélo, en mobylette ou en transport en commun. Donc on essaye plutôt en journée. Et je peux vous dire que ces femmes viennent toujours à la consultation. Ce qui est extraordinaire aussi, c'est de voir la solidarité qui peut naître dans le village, quand, au moment d’accoucher, ce sera le téléphone d’un voisin, d'un cousin qui va sonner et ce sera lui qui prendra la future maman dans sa voiture. Ce genre d'histoire fait très chaud au cœur ! "

Le Docteur Mathieu soigne des patientes d'un milieu aisé, d'autres très pauvres. " Il y a de tout, et je trouve ça très important. Grâce à cette mixité sociale, dans une salle d'attentes, les gens sont ensemble. Réunis. Il n'y a pas de marginalisation ".

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