"A la maison, on vit à 8, dans un tout petit appartement. C'est difficile d'apprendre mes leçons, alors je viens tous les jours à l'école des devoirs "

"A la maison, on vit à 8, dans un tout petit appartement. C'est difficile d'apprendre mes leçons, alors je viens tous les jours à l'école des devoirs "
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"A la maison, on vit à 8, dans un tout petit appartement. C'est difficile d'apprendre mes leçons, alors je viens tous les jours à l'école des devoirs " - © Tous droits réservés

Sur les hauteurs de Liège, dans un quartier très défavorisé, l’asbl Sainte-Walburge accueille environ 35 enfants, du lundi au jeudi, après l’école. On prend un goûter, on fait les devoirs, on va au musée… Beaucoup d’enfants sont d’origine étrangère. Ils commencent à apprendre le français et ne peuvent pas compter sur l’aide de papa ou maman, pour le soutien scolaire.

Par ici, les ados ! Nous, on monte ! Les petits, c’est en bas ! " Il est 14h, ce mercredi, c’est le branle-bas de combat habituel, le temps que tout le monde rejoigne son local. " On fait des groupes ", nous explique Cédric, l’un des éducateurs. " Moi je m’occupe des petits, avec deux autres éducateurs. On essaye d’avoir un aidant pour 3 ou 4 enfants… "

Le " petit jour d’école ", comme ils disent, ça se passe un peu différemment. " On fait surtout des jeux, des activités ! " nous explique Ibrahim, 6 ans. Aujourd’hui, Cédric leur a proposé un jeu de mémoire. "Dès que votre pion est rattrapé par celui d’un autre, vous avez perdu. Mais…pas tout à fait ! Car vous passez à l’interview, chouette non? " Les enfants arrivent au compte-goutte, dans le " local interview", et nous racontent ce qu’ils trouvent ici, à l’école des devoirs, et pourquoi leurs parents les y ont inscrits. "A l’école, parfois, ça ne se passe pas très bien ", explique Sevin. " je ne sais pas toujours faire mes devoirs. Il y a des calculs qui sont difficiles, ou des choses que je ne sais pas écrire ".

A la maison,ça fait du bruit

A la maison, la petite fille de 6 ans ne peut compter que sur ses grands frères et sœurs, pour le soutien scolaire. " Papa travaille beaucoup, et maman ne parle pas très bien le français, elle parle turc ". Dans la famille de Boran, 8 ans, on parle arabe. Il vient de Libye. Alors quand Boran, Sevin et les autres copains ont un problème, ils demandent à Monsieur Cédric. " Nous accueillons un public très multiculturel, beaucoup de personnes d’origine étrangère, des migrants aussi. Certains vivent dans des logements très petits, ils sont beaucoup dans quelques pièces, ce ne sont pas toujours de bonnes conditions pour travailler… "A la maison, j’ai mes petits frères, mes petites sœurs, mes parents, et même ma grand-mère. Ca fait du bruit ! ", explique une toute petite fille.

Les problèmes de logement sont souvent au cœur des discussions, dans le bureau de Martine, l’assistante sociale de l’asbl. " Des difficultés au niveau du logement, c’est sûr ! Difficultés au niveau énergie/chauffage…au niveau santé. Nous sommes dans un quartier sur les hauteurs de Liège où la majorité des familles cumulent les problèmes. Beaucoup de familles ont dû quitter leur pays et ont tout perdu ! Des familles viennent ici pour un colis alimentaire, d’autres suivent des cours de français, d’alphabétisation…et quand elles poussent la porte du service social, on découvre les drames qu’elles ont vécu ou qu’elles continuent de vivre ! On espère toujours que ces difficultés seront momentanées, mais malheureusement cela peut perdurer. La majorité des familles que nous rencontrons vivent dans une pauvreté extrême…"

A quelques pas de là, une animation vient de débuter. Valérie Detry, du Centre Multimédia Don Bosco de Liège, vient lire une histoire aux enfants. " On travaille sur l’œuvre de Mélanie Rutten, qui est une illustratrice belge. La semaine dernière, les enfants ont visité une expo sur elle. Aujourd’hui, je leur lis une histoire et ils vont créer des personnages, comme le fait Mélanie ".

Des yeux qui pétillent, des bouches grandes ouvertes…l’histoire fait son effet sur les enfants. La petite Afton, 7 ans, est particulièrement attentive. A l’école, " ça va de mieux en mieux ", nous dit-elle. Elle est plutôt forte en lecture. " Monsieur est content, il dit que je fais des progrès, depuis que je viens à l’école des devoirs ". " Moi j’aime bien venir ici parce qu’il y a un goûter…et moi parfois j’ai pas assez de collations ", raconte une de ses copines. Cela fait partie des traditions à l’école des devoirs, poursuit Ikram, une des éducatrices. "Ils arrivent avec le rang de l’école toute proche, directement jusqu’ici. Et on fait une pause entre l’école et les devoirs. On prend un bon goûter, souvent ils ont très faim. On raconte, comment ça s’est passé, on papote ". " Après, on ouvre son journal de classe, puis on travaille ". Messy a 8 ans et demi. Il fréquente depuis longtemps l’asbl, avec ses trois sœurs. " Et même maman vient ici ! " " Sa maman vient apprendre le français ", complète Ikram. " Vous voyez, on parle d’école des devoirs, mais ça va bien au-delà. Nous avons des parents qui venaient au cours, puis qui nous amènent leurs enfants, ou l’inverse. Des enfants de l’école des devoirs, qui parlent à leurs parents des cours de français. D’autres ont entendu parler de ça au jardin partagé…En fait, tous nos services sont liés entre-eux… Et ce qu’on nous dit souvent, c’est ‘vous êtes comme une deuxième famille’. Ça fait plaisir…Nous essayons de toujours soutenir les parents, et que les enfants se sentent bien. C’est la chose primordiale ".

10,11,12 dépassons nos coups de blues

L’asbl ne demande pas de subside à Viva For Life pour son école des devoirs, mais elle est candidate pour un autre projet, centré sur les rencontres maman-bébé. " L’intitulé exact, c'est ‘1,2,3 mon bébé et moi; 4,5,6 soleils et sourires; 7,8,9 un avenir tout neuf; 10,11,12 dépassons nos coups de blues’ ", explique Lara Jochems, psychologue à l’association. " Nous visons deux objectifs. Développer des moments d'accueil et de rencontres mamans-bébés. Améliorer l'accessibilité et l'intégration des mamans et de leurs bambins de 0-3 ans dans un autre de nos projets, les Rendez-vous ". A Sainte-Walburge, toute l’équipe croise les doigts pour recevoir un nouveau financement de Viva For Life…rendez-vous au printemps pour l’annonce des projets sélectionnés.

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