Forcées de se prostituer en Europe, elles témoignent (vidéo)

Betty espérait échapper à la misère au Nigéria. Elle a vécu l’enfer en Belgique. Menacée par des trafiquants, la jeune femme affirme avoir été forcée de se prostituer. Finalement, expulsée par la Belgique, elle témoigne, dans une enquête de la Fondation Thomson Reuters, de ce que vivent des milliers de jeunes nigérianes qui arrivent chaque année en Europe.

"Quand j’étais en Belgique, j’envoyais de l’argent à mes parents et à mon frère. Pour ma famille, j’étais la lumière, l’espoir". Avec une sœur malade et une famille endettée, Betty ne voit pas d’autre solution, pour aider les siens, que de partir travailler à l’étranger.

Son dévouement, Betty l’a payé cher. Les trafiquants lui réclament 50.000 euros pour payer les frais du voyage. Une dette qu’elle mettra des années à rembourser en multipliant les passes, parfois pour moins de 15 euros.

Beaucoup de jeunes femmes, souvent mineures, arrivent en Europe sans comprendre ce qui les attend. Certaines pensent devenir coiffeuses ou serveuses. D’autres ont cru à des gains faciles comme prostituées dans de grands hôtels. La réalité est bien plus sordide : menaces, violences, conditions d’hygiène déplorables et revenus dérisoires… Les récits des rescapées se ressemblent.

Beaucoup de jeunes femmes ont été dupées par des religieux. Des sorciers, appelés "prêtres juju", leur font subir un rituel de magie noire. Les filles sont alors convaincues que si elles désobéissent ou prennent la fuite, le mauvais sort s’abattra sur elles et leurs familles. "Nous pouvons rendre folles toutes celles qui ne paient pas leur dette", confirme David Ubebe, un prêtre juju de la ville de Benin City.  

Betty est partie avec sa sœur. Elles ont atterri dans un centre pour demandeurs d’asile à Amsterdam. C’est là qu’elles ont été récupérées par les trafiquants. Les deux filles n’ont eu d’autre choix que de se prostituer en rue. Betty se souvient du jour où sa sœur est partie avec un homme blanc. "Normalement, nous faisions les passes dans un parking ou à l’hôtel, je ne sais pas pourquoi elle a accepté de partir avec ce client". Depuis ce jour, Betty n’a plus eu aucune nouvelle de sa sœur.

Si un client volait notre argent, on était battues par les souteneurs

Florence est une autre victime de cette traite des êtres humains. Elle a grandi dans une famille pauvre de huit enfants dans une petite ville nigériane. C’est à la chorale de son église qu’elle a été repérée. "L’assistant du pasteur m’a dit que le prêtre avait eu une révélation et que mon destin était dans un pays étranger. Il m’a dit que j’étais l’espoir de ma famille", se rappelle-t-elle. "J’ai cru que le partais pour un avenir meilleur".

C’est la Russie qui l’attend. Elle s’y prostituera trois ans pour rembourser "sa dette". "Des millions de choses se sont passées", raconte-t-elle. "Parfois un client téléphonait mais quinze hommes se présentaient et payaient pour me garder toute la nuit. Un jour, on m’a jetée d’un immeuble et je me suis cassée la main. Si un client volait notre argent, on était battues par les souteneurs".

C’est grâce à l’intervention d’une agence gouvernementale nigériane que la jeune femme a pu s’enfuir et rentrer chez elle. Florence est aujourd’hui mariée. Elle attend son premier enfant. Grâce à aide une reçue des autorités nigérianes, elle a pu ouvrir un petit salon de coiffure. "Mon mari m’encourage à témoigner parce qu’il pense que des millions de filles ont été abusées et que des millions d’autres le seront encore si personne ne dit rien".

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