Mehdi Nemmouche a été capable de reconnaître les kamikazes de l'aéroport

Mehdi Nemmouche n'est sans doute pas un homme aussi isolé que le laisse entendre la thèse avancée par sa défense.
Mehdi Nemmouche n'est sans doute pas un homme aussi isolé que le laisse entendre la thèse avancée par sa défense. - © BENOIT PEYRUCQ - BELGAIMAGE

Un loup solitaire. Un homme sans connections, avec peu de soutien logistique. Une brebis égarée, et peut-être même un coauteur dont le rôle serait moins important qu'annoncé comme le plaide la défense. Depuis deux ans, Mehdi Nemmouche est incarcéré pour l'attentat du musée juif du 24 mai 2014.

Arrêté à sa descente d'un autobus à Marseille, l'arme de l'attentat dans un sac dans un sport. Pour ses avocats, logique, il s'agit depuis lors de minimiser son rôle pour obtenir la peine la plus légère possible. Lui ne collabore pas vraiment avec les enquêteurs.

Discussion avec Abdeslam

Nemmouche, homme isolé, combattant qui aurait agit de sa propre initiative; la thèse risque d'être difficile à faire passer. Les attentats de Paris et de Bruxelles ont changé la donne. Le djihadiste Nemmouche appartient bien à la même mouvance que les auteurs de ces attentats, et les connections apparaissent de plus plus clairement, de plus en plus nombreuses.

Dernier exemple en date, peut-être le plus spectaculaire, ce 22 mars 2016. Nemmouche est incarcéré à la prison de Bruges, quartier de haute sécurité. Il a accès à la télévision. Salah Abdeslam, incarcéré quelques mètres plus loin est à l'isolement, il ne l'a donc pas. Les deux hommes communiquent d'une cellule à l'autre à grand renfort de cris.

Une longueur d'avance

Ce soir-là, Nemmouche apprend donc à Salah Abdeslam qu'il y a eu deux attentats à Bruxelles. Les gardiens écoutent attentivement. D'après un document que la RTBF a pu consulter Nemmouche explique à son interlocuteur que "Brahim et Soufiane, de Schaerbeek, sont morts". Brahim, c'est El Bakraoui. Soufiane de Schaerbeek, c'est Soufiane Kayal, le pseudo de Najim Laachraoui. Et il ajoute après avoir précisé que la troisième bombe a été retrouvée intacte : "maintenant il reste Abrini" en précisant qu'il pourrait être à l'origine de l'attentat du métro.

Mehdi Nemmouche a donc vu sur son téléviseur la fameuse photo de l'aéroport, diffusée par la police pour essayer de retrouver l'homme au chapeau. Et les informations qu'il donne à Salah Abdeslam sont correctes. Les kamikazes de l'aéroport sont bien Laacharoui et l'un des frères El Bakraoui.

À ce moment-là, pourtant, dans la soirée du 22 mars, le nom des deux terroristes n'a pas encore filtré. La police en est toujours au stade des vérifications. Nemmouche a bien une longueur d'avance. Il sait ce que les journalistes ne savent pas encore. S'il est capable de reconnaître et nommer les auteurs des attentats de Bruxelles avant tout le monde, c'est bien parce qu'il les connait.

Beaucoup d'amis, pour un "homme isolé"

Et les liens semblent nombreux. Nemmouche, qui a combattu en Syrie, a côtoyé les compagnons d'armes d'Abdelhamid Abaaoud. Il a été identifié comme geôlier par un prisonnier français. Une tâche qu'il partageait avec Najim Laachraoui.

Les enquêteurs ont encore pu établir que, quatre mois avant l'attaque contre le musée juif, il a téléphoné à Abaaoud. La conversation dure une vingtaine de minutes. Le parquet fédéral se refuse à ce stade à tout commentaire. Mais pour un homme isolé, Mehdi Nemmouche semblait avoir, au sein de la mouvance Abaaoud, beaucoup d'amis.

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