Aujourd'hui en Europe: la Commission européenne veut réglementer le commerce des semences des plantes

Beaucoup soupçonnent les lobbys de l'agroalimentaire de vouloir cadenasser le marché
Beaucoup soupçonnent les lobbys de l'agroalimentaire de vouloir cadenasser le marché - © AFP

La Commission européenne a publié un projet de loi qui vise à réglementer le commerce des semences des plantes. Un règlement qui fait beaucoup de bruit sur internet, notamment chez les écologistes. Que ce soient des associations ou des députés européens, tous sont montés au créneau pour critiquer le projet de la Commission qui voudrait selon eux, criminaliser les semences anciennes.

Le sujet fait polémique depuis de nombreuses années. Vous ne le savez peut être pas mais pour être commercialisées, toutes les semences  de céréales ou de légumes doivent être enregistrées dans un catalogue.

Il y a plus ou moins 30.000 espèces qui y sont répertoriées. Le problème, c'est que les espèces anciennes ne sont plus reprises dans ce catalogue et donc légalement... elles ne sont plus commercialisables.

Des jardins conservatoires pour préserver la biodiversité

Pour en savoir plus, petit détour à la campagne. Dans le jardin de Semailles, une petite société de semences à Faulx-les-Tombes près de Namur.

Ici on fait pousser des légumes, pas pour les manger mais pour leurs graines. C'est Catherine Andrianne, la gérante du magasin qui pousse le portail du potager. Sa spécialité, c'est justement ces anciennes variétés potagères assez peu connues.

"On appelle nos jardins, des jardins conservatoires parce que notre dada c’est de sauvegarder des variétés  régionales. De la fève longue de Belgique, par exemple, qu’on ne trouve pas dans le commerce et qui ne peut être commercialisée car elle n’est pas inscrites dans le catalogue européen".

Mais cette spécialiste des variétés régionales ajoute : "Normalement certaines espèces ne peuvent normalement même pas être vendues à un jardiner mais justement nous on veut sauvegarder ces variété parce que cette réglementation a déjà fait perdre au patrimoine européen plus de 80% de la biodiversité potagère".

En tout, ce sont 600 variétés de semences rares que l'on peut trouver ici. Des espèces vous l'avez entendu dont le commerce n'est théoriquement pas autorisé. Et donc la Commission propose de redonner un coup de pinceau à la législation actuelle qui devrait désormais prendre en compte ces semences anciennes.

Il n’est pas question de criminaliser les cultivateurs

Si vous aviez l'habitude de faire pousser de la laitue de Laeken dans votre jardin, vous pourrez continuer à le faire.

L'utilisation des semences dans les jardins privés n'est pas réglementée par la législation européenne, c'est la Commission européenne qui l'affirme.

Et les sociétés qui ont un chiffre d'affaires de moins de 2 millions d'euros par an pourront elles aussi continuer à vendre ces graines qui se retrouvent en dehors du catalogue.

Elles seront tout de même soumises à des règles d'enregistrement allégées, ce qui inquiète Catherine Andrianne. "Il y a des changements qui sont en train d’être opérés, on en espère beaucoup et il y a des ouvertures mais c’est encore assez flou. On a l’impression qu’au niveau administratif et des contrôles cela risque de coincer".

Mais ils ne sont pas seuls : "Il y a des pays qui nous soutiennent. En Belgique nous sommes soutenus par la Région wallonne qui voit l’intérêt de sauver ses vieilles variétés mais en France, par exemple, il y a beaucoup de lobbys qui vont tenter de bloquer cette évolution des choses". 

Des lobbies de l’agroalimentaire en embuscade

Ces lobbies en question ce sont les grosses entreprises de semences comme Monsanto ou Syngenta que beaucoup soupçonnent de vouloir cadenasser le marché. Ces entreprises s'en défendent mais dans le même temps, elles reconnaissent faire pression auprès des députés européens ou auprès des pays comme la France pour que ce marché de niche soit réduit au maximum.

Vous pourrez justement entendre ces grands semenciers européens dans le reportage sur cette nouvelle législation sur les semences dans la semaine de l'Europe, dimanche matin à 8h30 sur La Première.

Olivier Hanrion

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