Stabilisation de la péninsule coréenne: "Je pense que rien n'est perdu"

Stabilisation de la péninsule coréenne: Bruno Hellendorff  pense que rien n'est perdu.
Stabilisation de la péninsule coréenne: Bruno Hellendorff pense que rien n'est perdu. - © MARK RALSTON - AFP

Donald Trump vient de prévenir les Nord-Coréens. Il ne veut pas, pour le moment, d'une rencontre, d'un sommet avec Kim Jong Un. Pourtant, il annonçait un peu plus tôt qu'une date avait été trouvée. Ça devait être à Singapour le 12 juin prochain. La Corée du Nord, de son côté, annonçait aujourd’hui même le démantèlement de son site nucléaire. Et puis, il y a l’arrivée de cette lettre qui vient jeter de l’huile sur le feu avec des termes extrêmement menaçants. Une lettre qui met fin à ce sommet. Bruno Hellendorff est spécialiste de la Corée du Nord. Il était l’invité de Soir Première.

Il (Donald Trump) retire ses billes du jour au lendemain

Est-ce qu'on est dans une stratégie contrôlée de la part de l'administration américaine, ou est-ce une impulsion du président américain, comme on en a déjà connue?


Bruno Hellendorff: "À mon sens, c'est une impulsion. Il faut arrêter d'être surpris par les sautes d'humeur et par les changements brusques de politique de l'administration Trump. Que ce soit sur l'Iran, sur la Russie et maintenant sur la Corée du Nord, les conseils et les pressions ont été nombreux, beaucoup d’acteurs impliqués autour de la table ont été voir l'administration Trump et le président lui-même, pour l'informer des enjeux. Et, finalement, on se rend compte que pour lui, s'il ne peut pas prendre le crédit de ce sommet et attirer à lui la couverture comme il l'entend, et bien il retire ses billes du jour au lendemain.  Au final, la Corée du Nord utilise la communication pour atteindre des buts politiques. L'administration Trump, elle, elle utilise des buts politiques pour atteindre des buts de communication".

Est-ce que son annonce a quelque chose à voir avec l'annonce nord-coréenne, un peu plus tôt, cette après-midi, qui disait qu'elle avait démantelé complètement son site nucléaire ?


Bruno Hellendorff: "Alors, au contraire, il y a une autre annonce de la part des Nord-coréens qui, dans le même temps, faisaient exploser leur site d'essais nucléaires, mais avec une communication par ailleurs qui disait clairement que le vice-président américain, Mike Pence, était un imbécile politiquement. Donc ils disaient : " nous, nous n'allons pas vers une négociation, dans la mesure où on parle d'un abandon unilatéral de notre arme nucléaire ". Tout l'enjeu de la conversation était la dénucléarisation, mais au final, on se rend compte que les deux parties n'étaient pas d'accord sur les termes. Les Américains ont longtemps cru qu'ils pouvaient imposer ce qui était évoqué notamment comme un modèle libyen. La Corée du Nord a réagi et la réaction n'a pas plu à Donald Trump".


Est-ce qu'il n'y a pas, de nouveau, un peu d'huile sur le feu qui est jetée et du côté américain et également du côté nord-coréen ?  


Bruno Hellendorff: "Mais oui, effectivement. Je pense qu’il faut d'abord rappeler : rien n’est perdu à ce stade. Il faut voir comment les Nord-coréens vont réagir. Jusqu'à présent, ils ont montré énormément de rationalité. Je ne dis pas que ce qu'ils ont fait est nécessairement bien ou la meilleure stratégie, mais, en tout cas, leur stratégie a été très rationnelle jusqu'à présent. Et ce qu'ils ont fait en prélude à ce sommet qui vient d'être annulé, c'est faire monter un peu la pression, comme stratégie de négociation. Ici, effectivement, Donald Trump, encore une fois, met d'abord en évidence sa propre personne, le crédit qu'il peut prendre en termes de communication, et on le voit, finalement, le mépris qu'il a pour les subtilités de la diplomatie. Cela apparaît encore dans ce communiqué. Donc finalement, je pense que rien n’est perdu, mais on s'éloigne de nouveau vraiment d'une stabilisation durable de la péninsule".

C'est pire que pendant la guerre froide


Va-t-on, ainsi, rester dans une " guerre des mots ", une démonstration de muscles ?


Bruno Hellendorff: "On est clairement dans un scénario et ce n'est pas moi qui le dis, c'est notamment le secrétaire général des Nations unies qui explique que c'est pire que pendant la guerre froide. C'est-à-dire que le nucléaire revient en force, il va nous faire très peur très vite, parce que vous avez aujourd'hui d'un côté l'Iran et la Corée du Nord, qui ont explicitement menacé de réinvestir leurs programmes nucléaires et balistiques respectifs en cas de retrait américain. Donc ce qui est en jeu ici, ce n’est rien de moins qu’une nouvelle course aux armements au Moyen-Orient, en péninsule coréenne.  Et on l'a vu également, dans un autre dossier dont on parle un peu moins, c'est dans une négociation avec la Russie sur la limitation des stocks nucléaires. On le voit, cette diplomatie Twitter, cette diplomatie de la communication Trump a des impacts très concrets qui vont se faire sentir au niveau mondial pendant encore de nombreuses années. C’est très inquiétant dans ce sens".

Une interview à revoir en intégralité:

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