Enquête sur la très mystérieuse disparition d'un hacker néerlandais

Au mois d'août dernier, Arjen Kamphuis a littéralement disparu des radars. Cet expert en informatique, devait passer des vacances seul, en Norvège. Depuis lors ses amis, la police le cherchent, sans succès. Le Monde lui consacre une incroyable enquête. Derrière l'investigation, se dessine le portrait d'un personnage atypique.

Derrière ses fines lunettes, le regard fin d'Arjen Kamphuis sourit doucement. Ses long cheveux blonds ramenés en arrière. Et sa stature de géant. Au dessus de la photo, en lettres rouges, ce mot : MISSING

Arjen Kamphuis a mystérieusement disparu le 20 août dernier. Il a été vu pour la dernière fois à Bodo, port moderne posé à l'entrée d'un fjord norvégien. Sa meilleure amie : Ancilla, comme elle se présente sur Twitter, a posté l'avis le 31 août dernier. Les amis, les collègues, la famille sont très très inquiets : Arjen Kamphuis est un grand amateur de randonnée, il était parti pour des vacances dans le Spitzberg et avait emporté un kayak, alors qu'il n'en n'avait jamais utilisé.

Dans les jours qui suivent, la presse s'empare de la disparition d'Arjen Kamphuis. Il est présenté comme un proche de Julian Assange, fondateur de Wikileaks. Rapidement, sur le net, la machine conspirationniste s'emballe : si un proche d’Assange s’est volatilisé, il a forcément été enlevé par les services secrets américains.

Qui sont ses amis

L'hypothèse est-elle crédible ? Pas d'après ses proches. Dans son enquête, le Monde est allé à la rencontre des amis d'Arjen Kamphuis. Sa meilleure amie Ancilla : Linde Van Leest de son vrai nom (32 ans). Ancienne playmate, notamment pour des magazines fétichistes, reconvertie dans la politique. Elle a été tête de liste pour le parti Pirate, lors des dernières élections néerlandaises. Un de ses amis : Jos Weijers, quadra informaticien le jour, hackeur la nuit. Ses collègues : deux anciens employés de la NSA, partenaires de la start-up qu'ils ont cofondé. 

Tous assurent qu'Arjen Kamphuis n'est pas un proche de Julian Assange. Même si il l'a déjà rencontré. Son activité secrète (puisqu'il en a bien une), c'est d'aider, former des journalistes qui en ont besoin à sécuriser leur données. Notamment sur les terrains de guerre. Il part régulièrement en mission secrète. "Où les balles rencontre les bits" écrit-il sur son compte Twitter.

Comment il s'est évanoui dans la nature

Que s'est-il passé le 20 août ? Des témoignages des amis et de l'enquête, il ressort plusieurs point. Arjen Kamphuis n'est jamais allé au Spitzberg. Il a passé 10 jours, dans deux hôtels de Bodo, à 1200 km de là, sur le continent. Il avait acheté un billet d'avion pour rentrer à Amsterdam le 22 aout depuis Trondheim... soit 700 km plus bas. Avion qu'il n'a jamais pris.

Le 20 août, Arjen Kamphuis a quitté son hôtel et a pris le train pour aller jusqu'au fond du fjord, à Rognan, 85 km plus loin. Son téléphone y a borné et le contrôleur du train se souvient de ses bagages qui encombraient le couloir.

Le 11 septembre, (non loin de là) un pêcheur trouve un sac contenant le passeport du disparu, sa carte bancaire et de l’argent. 
Le même jour, on découvre le fameux kayak, posé à terre, sur une rive du fjord. Les bagages, eux, sont introuvables.

Installations militaires de cyberdéfense

Les fjord et les montagnes avoisinantes ont été quadrillées par la police norvégienne. Ses amis notent que le kayak a été retrouvé près de la ville de Fauske, "face à une presqu’île montagneuse pour le moins particulière, puisqu’elle abrite une station norvégienne d’interception de signaux satellites et de détection des signatures électroniques émises par les avions et les navires. Cette station, qui appartient aux services de renseignement norvégiens et travaille peut-être pour l’OTAN, n’est pas clandestine – les trois dômes blancs contenant les appareils d’interception sont visibles de loin –, mais la discrétion y est de mise sur la nature exacte de ses activités", écrit Le Monde.

"Sur la même rive du fjord, à Reitan, entre Bodo et Fauske, se trouve une autre installation stratégique, cachée dans une galerie souterraine : le QG interarmes des forces armées norvégiennes, doté notamment d’un centre de cyberdéfense."

Pour les amis d'Arjen Kamphuis, l'homme ne peut pas être là uniquement pour se promener. Ces installations condensent tout ce qui le passionne.

Un téléphone qui borne "à très grande vitesse"

Le 20 septembre, les recherches sont abandonnées mais une nouvelle piste apparaît, sur le tard.

Le 30 août, dix jours après sa disparition, le téléphone d'Arjen Kamphuis s'est connecté à trois relais, dans le sud de la Norvège, à 1 600 kilomètres de Bodo.

Le téléphone "circulait " à grande vitesse. Il se trouvait peut-être dans un train. Une fois allumé, l’appareil a chargé les SMS et messages en attente. Puis, au bout de 20 minutes, on y a inséré une carte SIM allemande, ce modèle peut contenir deux cartes. 
Et puis le téléphone d'Arjen Kamphuis a de nouveau disparu.

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