Piétonnier de Bruxelles: la privatisation de l'espace public fait débat

Piétonnier de Bruxelles: la privatisation de l'espace public fait débat
Piétonnier de Bruxelles: la privatisation de l'espace public fait débat - © Per Engström

Une nouvelle polémique surgit autour du piétonnier de Bruxelles : celle de la privatisation de l’espace public. Jeudi dernier, la place de la Bourse, un espace public, était investie par le festival Tomorrowland. La société privée proposait à ses festivaliers un accès exclusif à des bars ou à de la nourriture. Tout cela alors que les demandes de certains cafetiers du centre-ville pour organiser des événements ouverts au public sont, elles, systématiquement refusées.

Il y avait 4000 personnes place de la Bourse jeudi après-midi pour un événement privé, un avant-goût du festival Tomorrowland. Cela contraste avec la demande d’un café du quartier Saint Géry, de disposer de deux places de parking pour y installer un foodtruck devant son bar lors du 21 juillet. Réponse de l’administration : " La Ville de Bruxelles n’autorise pas d’emplacement foodtruck sur le domaine public, en dehors de son parcours foodtruck. En effet, cela constitue une privatisation du domaine public. "

Tout cela alors que la place de la Bourse a vibré au son d'une gigantesque privatisation de l’espace public ce 23 juillet, lors de laquelle seuls les détenteurs d’un pass pour le festival ont vraiment vibré: ils étaient les seuls à pouvoir s’acheter une bière ou un cornet de frites.

Une gestion à géométrie variable ?

Yves Rouyet enseigne la géographie urbaine à l’ULB (il est par ailleurs élu Ecolo au conseil communal d’Ixelles): "Le phénomène des terrasses de cafés qui louent, en quelque sorte, un bout de trottoir ou un bout de place est très connu, tout comme la question des concerts dans l’espace public - même par des sociétés privées".

C'est un cas d’accès à deux vitesses : un accès VIP pour certains, et puis un reflux pour d’autres, d’une série de services.

Sous-entendu, ce type de privatisation de l’espace public fait désormais partie du quotidien. "Mais ici, on a quand même un cas bien particulier, celui d’un accès à deux vitesses : un accès VIP pour certains, et puis un reflux pour d’autres, d’une série de services (alimentaires par exemple). " En l’occurrence tout le monde pouvait entendre la musique – même de très loin, mais l’accès au bar était réservé à certaines personnes.

"Le fait qu’un espace ne soit pas universellement accessible, ou que des services ne le soient pas, peut générer chez certaines personnes qui sont exclues, une certaine frustration. Je ne vais pas me prononcer sur le bien fondé du choix. D’un point de vue touristique, (accueillir l’événement Tomorrowland, NDR) c’est sans doute un bon choix. Sans doute aussi que les deux événements ont leur raison d’être. Mais qu’est-ce qu’on autorise, et qu’est-ce qu’on n’autorise pas ? Une grille de critères, voilà ce qui permet de ne pas faire dans le deux poids deux mesures".

On a un peu l’impression d’être boycottés. Depuis fin 2011, toutes nos demandes d’autorisations ont été refusées. Une trentaine en tout.

La fin du quartier Saint Géry ?

Cédric Gérard est le patron du café des Halles Saint Géry : "On a un peu l’impression d’être boycottés. Depuis fin 2011, toutes nos demandes d’autorisations ont été refusées. Cela concerne une trentaine de demandes en tout: que cela soit une brocante, un glacier éphémère, un spectacle d’acrobates, du gazon pour créer un espace vert, un foodtruck… Et d’un autre côté, 200 mètres plus loin, on a Tomorrowland, qui privatise complètement. Et cela c’est autorisé. Donc on se demande comment on peut, nous aussi, jouir de l’espace public, et si la ville ne veut pas étouffer un quartier pour en créer un autre."

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