Piétonnier bruxellois: saleté et insécurité? La question divise

De jour, le nouveau piétonnier bruxellois est plus ou moins propre. La Ville a d'ailleurs renforcé son dispositif de nettoyage. Reste un réel problème en soirée et la nuit.
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De jour, le nouveau piétonnier bruxellois est plus ou moins propre. La Ville a d'ailleurs renforcé son dispositif de nettoyage. Reste un réel problème en soirée et la nuit. - © RTBF

Depuis l'inauguration du piétonnier élargi, le 28 juin dernier, les critiques se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Saleté, délinquance et bagarres sont souvent cités. Des problèmes qui seraient surtout constatés la nuit. De jour, le phénomène est moindre. Globalement, la situation s'est un peu améliorée ces derniers jours.

Les nombreux témoins interrogés au centre-ville nous l'ont assuré : le piétonnier est sale, surtout la nuit. "C'est principalement dû à l'incivilité de certaines personnes", nous explique-t-on dans un café proche de la Bourse. "Le soir et la nuit, l'alcool et les stupéfiants poussent les gens à jeter leurs canettes, bouteilles, paquets de tabac et autres détritus par terre. Il faut attendre le lendemain pour retrouver un peu de propreté, avec le passage des équipes de nettoyage de la Ville".

A la Ville de Bruxelles, l'échevine en charge de la Propreté publique, Karine Lalieux (PS), relativise. "C'est vrai qu'il y a des problèmes de saleté; surtout pendant la nuit. Mais ce n'est pas vraiment nouveau. Nous avions déjà vécu cela à la Grand-Place. Ces derniers jours, des groupes de jeunes se regroupent en soirée sur le piétonnier. Ils achètent de l'alcool dans les night shops. Et l'abus d'alcool les fait déraper, avec des comportements inciviques ou agressifs".

"Le jour, les gens s'amusent et nous avons nettement moins de difficultés. Pour améliorer la propreté, nous venons de renforcer notre dispositif de base composé de 16 travailleurs, deux camions-poubelles et deux grosses balayeuses. Nous avons ajouté 20 jeunes collaborateurs, 25 travailleurs "ALE" et 40 poubelles. Dans les prochains jours, 40 poubelles supplémentaires seront installées. Nos équipes assurent le nettoyage de 06h30 à 20h00. Et pour les citoyens qui continueront à être inciviques, nous prévoyons des sanctions. Il faudra payer! Cela dit, peut-être qu'avec la fin de la canicule, la situation va aussi s'améliorer un peu".

Il y aura probablement moins de fêtards la nuit et moins d'abus d'alcool. Reste à voir si le piétonnier sera plus sûr. Le bourgmestre Yvan Mayeur (PS) nous a également fait savoir qu'une campagne de communication sera mise en place pour inciter les piétons à se montrer respectueux.

Insécurité ou sentiment d'insécurité?

Des passants, des commerçants, des gardiens de la paix et d'autres témoins ont relaté des incidents, surtout pendant la nuit. Des bagarres et des actes de délinquance ont été constatés. Mais il est encore trop tôt pour dresser un véritable bilan, selon les autorités locales.

"La nuit, il n'y a pas beaucoup de contrôles de police", nous affirme une riveraine. "Il faudrait davantage de policiers pendant la nuit. Il y a bien des patrouilles à pied, mais il en faudrait davantage, surtout le week-end".

La police a mis en place des patrouilles à pied, à vélo et en "Segway" (sorte de trottinette à moteur). Mais les personnes que nous avons interrogées ne se sentent pas à l'aise la nuit, surtout après minuit, lorsque les boulevards du centre sont moins fréquentés. Le sentiment d'insécurité est réel chez de nombreux citoyens. Une dame nous a d'ailleurs déclaré ne plus vouloir sortir le soir, depuis que les voitures ont quitté le centre. "Il faut aussi relativiser", nous dit un Français installé à Bruxelles. "Cette ville est encore assez calme. Il n'y a pas trop d'insécurité. Mais c'est vrai que la Ville devrait peut-être faire un effort en matière de sécurité et de propreté".

Des commerçants partagés

Dans les commerces, les avis sont assez partagés. Une majorité des personnes sondées estime avoir perdu des clients. Certains assurent par contre que le piétonnier n'a rien changé. "Je crois qu'il faut surtout attendre quelques mois pour se faire une idée", souligne le tenancier d'un snack.

D'autres enfin, se plaignent des livraisons. Elles seraient plus compliquées, même si les livreurs peuvent accéder aux commerces en matinée. Enfin, le SDI (Syndicat des Indépendants et des PME) s'inquiète de l'impact socio-économique du piétonnier. L'Horeca est plutôt satisfait. Mais certaines activités subiraient des pertes, comme les commerces qui vendent des produits encombrants.

Le profil des clients semble aussi évoluer. Il y aurait plus de touristes et moins d'adeptes du "shopping". Le SDI redoute une fuite de la clientèle commerciale vers la zone périphérique.

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