Piétonnier au centre de Bruxelles: des pour mais surtout des contre

La transformation des boulevards du centre-ville de Bruxelles en piétonnier, c’est pour bientôt. La phase-test, prévue pour une durée de huit mois, débutera ce lundi 29 juin. La zone visée ? Entre la Place Fontainas et la Place De Brouckère. Plusieurs rues adjacentes sont également concernées. En tout, cela fera 50 hectares de zones piétonnes contre 28 hectares auparavant, soit presque le double. Mais si cet accroissement dotera Bruxelles d'une des plus grandes zones piétonnes d'Europe, il suscite aussi des critiques.

Place De Brouckère sans voitures, place de la Bourse sans voitures, et entre les deux, pas de circulation automobile non plus. C'est le centre du centre de Bruxelles qui sera dédié aux piétons. Avec, du coup, plus de fluidité dans les déplacements des piétons entre la Grand-Place et Sainte-Catherine. Mais c'est la fin d'une voie royale pour voitures, un axe direct entre les gares du Nord et du Midi.

Ce piétonnier s'accompagnera d'un nouveau plan de mobilité (rues à sens unique, voiries interdites au stationnement, etc). Il s'agit de la première phase test de la mise en piétonnier et elle doit durer huit mois pour être ensuite évaluée. Au départ, elle devait démarrer à la mi-juillet, mais les autorités de la Ville de Bruxelles ont préféré l'avancer, pour qu'elle coïncide avec le début des vacances d'été et la diminution de la circulation automobile.

Finalement, ce piétonnier, est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les commerçants et les habitants ?

"Amélioration de la qualité de vie", dit la Ville

Moins de voitures, moins bruit, moins de pollution. Un grand plus pour le centre-ville qui deviendra plus convivial et respirable pour ses habitants mais aussi ses visiteurs. Le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur, défend son projet en le qualifiant de nécessaire pour l'amélioration de la qualité de vie en centre-ville. "La zone piétonnière a été décidée afin de remettre le citoyen au centre de la ville. C'est aussi notre ambition de laisser les gens se réapproprier l'espace public", a-t-il indiqué. 

La Ville de Bruxelles parle d'un triple objectif pour cette piétonnisation. "Améliorer la qualité de vie en ville en faveur de ses habitants par la diminution des nuisances liées à la voiture. Augmenter l’attractivité touristique de Bruxelles par une qualité d’espace public dédié aux piétons et mettant en valeur le patrimoine historique de la ville." Et enfin la Ville parle aussi de "Faciliter et sécuriser la promenade des chalands dans les axes commerciaux."

"Il fallait d'abord créer des parkings", disent les commerçants

Pourtant, mis de côtés les avantages d'une plus grande zone piétonnière, les éléments qui fâchent font surface. Certains commerçants craignent par exemple de perdre une partie de leur clientèle pour des problèmes d'accès. "Les gens auront plus de difficultés à accéder au centre-ville. Heureusement qu’il y a quand même une offre importante de transports publics (…) C’est vrai qu’il y avait trop de voitures, mais je pense qu’il fallait d’abord créer des parkings. Car on a malgré tout besoin des voitures… Tout le monde ne sait pas emporter ses achats à vélo…", témoigne l'un des commerçants concernés.

L'un des gros points noirs du projet est en effet celui du parking. Le piétonnier va supprimer 400 places de stationnement en surface. A terme, il est bien prévu de construire des parkings souterrains, mais pour l'heure, on en est toujours aux discussions. Autant dire que pour les riverains et les commerçants, les prochains mois seront difficiles, voire pénibles.

Contourner pour mieux circuler ? Pas sûr...

Rappelons qu’il sera toujours possible de contourner le piétonnier en voiture. L'objectif est clairement de décourager les voitures de transit, celles qui ne font que passer par le centre pour aller vers le nord ou vers le sud de la ville. Pour ceux qui veulent se rendre dans le centre, un itinéraire de contournement est prévu. Mais il sera principalement à sens unique, avec une seule voie de circulation entourée de pistes cyclables.

Quant à ceux qui habitent dans la zone du piétonnier, ils disposeront de dérogations pour entrer dans la zone avec leur voiture. C’est prévu pour les commerçants, les personnes âgées ou à mobilité réduite, ou - bien sûr - celles qui ont un garage.

Effets secondaires néfastes ? Un "mini-ring"

Ecolo-Groen de la Ville de Bruxelles avait organisé une parade baptisée "Magical Mini-Ring Tour" afin de protester contre les effets secondaires néfastes de la piétonnisation. L'action visait plus particulièrement à dénoncer le report du trafic de transit dans le Pentagone et donc à la création d'une nouvelle petite ceinture.

"Nous sommes favorables au fait que davantage de place soit réservée aux piétons et aux cyclistes dans la zone piétonne, mais le report du trafic vers les quartiers hors hypercentre est inacceptable", explique Liesbet Temmerman, conseillère communale à Bruxelles-Ville. Les Verts s'appuient sur une étude réalisée par Technum et qui prévoit une augmentation de 60% du trafic de transit dans les quartiers hors zone piétonne.

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Piétonnier au centre de Bruxelles: des pour mais surtout des contre © Tous droits réservés

Délaisser les habitants pour plus de commercial ?

On pourrait croire qu'ils sont contents, mais les participants-manifestants de Pic-Nic The Street ne sont pas satisfaits. Cette manifestation festive réclame moins de place à la voiture en ville, et plus pour la mobilité douce. Mais ce mouvement citoyen ne se réjouit pas de l'implantation dans le centre de Bruxelles d'un des plus grands piétonniers d'Europe. Celui-ci n'aurait été pensé que pour les commerçants et pour les touristes, pas pour les habitants.

"La décision de la Ville de Bruxelles de piétonniser le boulevard Anspach, entre les places de Brouckère et Fontainas est un cadeau empoisonné, car ce plan s'accompagne de la construction de quatre nouveaux parkings qui auront pour effet d'attirer encore plus de voitures à proximité du centre", ont estimé les organisateurs de l'événement. "C'est une zone qui est destinée au commercial, au touristique et à l’événementiel, on redoute des nuisances pour les habitants. La circulation qu’on détourne, on la déplace vers des rues qui ne sont pas prévues pour assurer les passages de tous types."

Les transports en commun en difficulté ?

La mise en piétonnier du centre-ville améliorera-t-elle la mobilité des usagers des transports publics ? Pour Pic-Nic The Streets, rien n'est moins sûr. "On décourage les gens de prendre les transports en commun puisqu’il y a des lignes de bus limités à la gare centrale. En revanche les véhicules sont toujours bienvenus puisqu’on propose des parkings supplémentaires.", disent-ils.

L'éloignement des terminus de la zone piétonne créera, par exemple, de nouvelles ruptures de charge. Cette nouvelle zone piétonne nécessite d'adapter la circulation automobile, en ce compris les trajets de quelques lignes de bus de la STIB (lignes 29 38 46 47 48 63 66 71 86 88 95 et lignes Noctis).

À titre d'exemple, un usager de la ligne 38 qui a pour habitude de se rendre jusqu’à De Brouckère devra désormais descendre à la Gare centrale pour ensuite monter dans un autre bus (le 29, le 66 ou le 71) qui descendra jusqu’au nouveau terminus de la rue des Halles. Le détail des nouveaux itinéraires qui entreront en vigueur le 29 juin est disponible sur le site de la STIB.

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