Piétonnier: à Gand, le piétonnier a donné un coup de fouet au centre ville

Piétonnier: à Gand, le piétonnier a donné un coup de fouet au centre ville
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Piétonnier: à Gand, le piétonnier a donné un coup de fouet au centre ville - © RTBF

Pionnière en Belgique, la ville de Gand a opté dès 1996 pour l’instauration d’un vaste piétonnier dans son centre historique. Une expérience positive aux dires des habitants et des commerçants, et qui devrait donner de l’espoir à Bruxelles qui inaugure cette semaine sa zone piétonne.

Gand bénéficie d’une zone piétonne qui atteint aujourd’hui 35 hectares, tout le centre historique qui a conservé, chose rare en Belgique, un plan hérité de son noyau médiéval.

Bruxelles au contraire a vu souvent son coeur ancien défiguré par les cicatrices des grands chantiers, recouvrement de la Senne et percée des boulevards centraux au 19ème siècle, jonction Nord-Midi au 20ème, sans parler des méfaits de la “bruxellisation”. Aujourd’hui, la Ville a choisi de bannir le trafic automobile de 50 hectares dans le Pentagone, ce qui ne manque pas de susciter certaines inquiétudes chez certains commerçants et leurs clients. Qu’en est-il à Gand?

Pour Wim Geirnaerdt d’Unizo Flandre orientale (Union des Classes moyennes), le piétonnier a eu un impact positif sur le commerce à Gand, il n’y a aucune surface commerciale inoccupée et les clients n’ont pas déserté le centre qui est resté accessible pour tous, malgré certains petits problèmes comme le manque d’offre en transports en commun et quelques encombrements.

 

 

Il y a donc encore du travail pour améliorer la fréquence des trams et des bus, d’autant que l’an prochain, la superficie de la zone piétonnière sera quasiment doublée.

Cet agrandissement ne semble pas susciter d’inquiétudes chez les commerçants qui ont compris que les voitures ne sont pas nécessairement garantes d’un bon chiffre d’affaires. Pour Wim Geirnaerdt, le vrai danger vient plutôt des grandes surfaces que l’on crée à proximité des villes: une chose que Gand a toujours su éviter, à l’heure où trois méga projets commerciaux voient le jour en région bruxelloise et en périphérie (Uplace à Machelen, Neo au Heysel et Docks Bruxsel avenue Van Praet).

 

 

Gand pétille

Steven Geirnaert de l’ASBL Gents Milieu Front (Front gantois de l’environnement) souligne aussi l’impact très positif du piétonnier décidé par la Ville de Gand. Pour lui, “Gent bruist”, Gand pétille, et apparaît comme une ville agréable qui attire de plus en plus de touristes.

Steven Geirnaert se souvient des problèmes et des polémiques qui ont précédé l’introduction du plan de 1999 : un échevin, Sas Van Rouveroij (Open VLD) avait même reçu des menaces de mort. Mais il affirme qu’aujourd’hui aucun Gantois ne voudrait revenir à la situation antérieure.

Pour le Front gantois de l’environnement, l’agrandissement de la zone piétonne en 2016 est une étape logique, avec des parkings payants plus chers et l’impossibilité de traverser encore la ville et de transiter d’un quartier à l’autre en voiture, mais aussi plus d’offre de transport public et de meilleures infrastructures cyclables.

Bon pour le commerce

Alain Schwartz, patron de la brasserie ‘t Vosken (Le Renardeau), a vu les comportements évoluer avec la zone piétonne. En positif.

Marijn Dierinck, patron de la taverne De Rechvardige Rechters (Les Juges intègres) située face à la cathédrale Saint Bavon, se félicite aussi d’avoir une grande terrasse où il est agréable de manger au calme sans assister à un cortège de voitures. Il peut même venir travailler à vélo. Même si la crainte de perdre de la clientèle avec l’introduction de zone piétonne existait, la réalité a prouvé en général le contraire, affirme-t-il.

 

 

Marijn Dierinck regrette aussi le manque de parking en périphérie ou à proximité de la zone piétonne et note que le contrôle des heures de livraison n’est pas toujours très effectif. Un livreur que nous avons croisé concède qu'il lui arrive de ne pas pouvoir boucler ses tournées dans les temps, notamment à cause des multiples détours que lui impose le piétonnier.

Pas de voitures, mais trop de vélos?

Figure emblématique de Gand, “Dille”, est acteur et guide humoristique. Il partage l’avis de exploitants horeca et des classes moyennes : moins de voitures, c’est bien, mais il y a trop de vélos…

Linda, gérante d’une chocolaterie près du beffroi, juge que le piétonnier est bon pour le commerce, mais trouve aussi qu’il y a trop de vélos. On devrait obliger les cyclistes à mettre pied à terre, selon elle.

La question des parkings

Amandine, étudiante jobiste, estime que le parking reste un point noir autour du piétonnier.

A Bruxelles, la construction de parkings souterrains dans certains quartiers historique a déclenché une véritable fronde, comme au Vieux Marché. A Gand, Linda se rappelle qu’un projet de parking souterrain a été abandonné il y a quelques années, rejeté par référendum mais aussi pour des raisons de stabilité des sols.

Un bilan encourageant pour Bruxelles

Pionnière en matière de zone piétonne, Gand peut fournir quelques enseignements à Bruxelles au sujet de sa réussite en matière de piétonisation du centre ville.

Gand a aussi connu les débats houleux sur la place de la voiture, le rôle des parkings et des boucles de dessertes et ce n'est pas fini. La ville privilégie clairement les transports en commun même si elle a ménagé la voiture en construisant ou laissant construire 9 parkings publics d'une capacité totale de 5000 places à l'intérieur du ring R40, l'équivalent de la petite ceinture à Bruxelles. Aujourd'hui, alors qu'à Bruxelles, certains s'opposent à la construction de parkings souterrains et à la mise en place d'un "mini ring", à  Gand, des voix s'élèvent pour remettre en question leur utilité et privilégient le parking dit de dissuasion, situé plus en périphérie, comme à Flanders Expo.

Autre point de discussion qui revient régulièrement dans la cité des Comtes de Flandre : l'efficacité et la fréquence des transports publics, souvent critiquées, et qui font aussi débat à Bruxelles.

Troisième enseignement de l'expérience gantoise, la question de la place des cyclistes en zone piétonne, un sujet encore peu abordé à Bruxelles, mais qui pourrait bien faire son irruption dans l'actualité avec les modifications des habitudes de transport dues à l'arrivée du piétonnier.

Enfin, l'implantation de "malls" aux portes de la ville constitue un énorme défi pour les commerces. Gand a su l'éviter, Bruxelles semble choisir une autre voie. A suivre donc.

@jfherbecq

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