Turquie: "Les interpellations de députés du HDP sont un nouveau clou dans le cercueil de la démocratie"

Des policiers anti-émeutes à Ankara, le 4 novembre 2016.
Des policiers anti-émeutes à Ankara, le 4 novembre 2016. - © AFP

Cengiz Aktar est politologue, journaliste et écrivain turc. Il a publié de nombreux livres sur l’Union européenne. Il a également travaillé pour l’ONU et l’Union européenne sur les migrations. Pour lui, les arrestations des deux coprésidents et de plusieurs députés du HDP "ne sont pas une surprise"

"Nous nous attendions à cela dès le lendemain du coup d’Etat avorté. Le président Erdogan l’avait annoncé lui-même en déclarant que ce coup d’Etat était une bénédiction du ciel, il n’a pas continué sa phrase mais on comprend ce qu’il voulait dire par là ! La Turquie est en ébullition depuis les élections de juin 2015 et personne ne sait quand ça va se terminer."

Vous parlez de tournant, vous voulez dire qu’il y a un risque de guerre civile ?

"La population d’origine kurde est chauffée à blanc. On s’attend à l’arrestation des dirigeants kurdes. Il ne faut pas oublier qu’il y a deux jours, les deux maires kurdes élus de la grande ville de Dyarbakir ont été arrêtés.

C’est un tournant important parce que ce parti, le HDP, ne représente pas seulement les Kurdes, mais il y a aussi beaucoup de Turcs qui ont voté pour lui aux dernières élections (5 millions ndlr), donc il y a une atteinte au concept de représentation qui existe dans toute démocratie. On ne sait pas quand ça va s’arrêter et où ça va aller."

Oui parce que le HDP c’est un parti progressiste, moderne, féministe, qui a séduit beaucoup de Turcs. Est-ce un prétexte rêvé pour le président Erdogan pour museler un parti qui lui fait trop d’ombre ?

"Oui, parce que c’était en réalité l’unique parti d’opposition ! Les autres représentent l’Etat en fait. Le HDP est le seul parti moderne, qui parle le langage du XXIe siècle. Mais ce parti ne va pas se relever de ces rafles. Ce qui se passe c’est que le gouvernement dit à la politique, au sens noble du terme, de cesser toute activité et de faire autre chose. C'est gravissime."

Est-ce que le HDP est vraiment une vitrine du PKK (le parti des travailleurs du Kurdistan, classé dans les organisations terroristes par l’Union européenne et les Etats unis) comme aime à le déclarer le président Erdogan ?

"Vous savez on peut dire tout et n’importe quoi dans des situations pareilles ! Le même gouvernement, et monsieur Erdogan était vraiment aux affaires puisque c’était du temps où il était Premier ministre, a négocié la paix avec ce parti. Une paix durable, un peu comme en Irlande du Nord, et aujourd’hui on les traite des "terroristes", or ils n’ont pas changé entre-temps !"

Le porte parole du HDP parle de "fin de la démocratie", c’est votre avis aussi ?

"Ah oui complètement ! C’est le dernier clou dans le cercueil de la démocratie turque. La démocratie est morte en Turquie depuis belle lurette…"

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