Coup d'Etat en Turquie: le récit heure par heure d'une nuit chaotique (photos + vidéos)

Une tentative de coup d’Etat a eu lieu vendredi soir en Turquie. L’armée a tenté de prendre le pouvoir à Istanbul et dans la capitale politique Ankara.

Dans la soirée de vendredi, des militaires turcs ont cherché à contrôler les lieux stratégiques du pays en prenant le contrôle des télévisions, en bloquant l’accès aux deux ponts qui enjambent le Bosphore, trait d’union entre la partie européenne et la partie asiatique de ce pays charnière. L’aéroport Ataturk d’Istanbul a également été fermé.

Ces prises de positions marquent le début d’une tentative de coup d’Etat visant à prendre le contrôle de la Turquie, le tout en profitant de l'absence du chef de l’armée ainsi que du président Recep Tayyip Erdogan.

Une bataille de communication a fait rage entre les deux camps. De violents heurts ont éclaté dans les deux principales villes du pays. La Turquie doit maintenant pleurer ses morts, symboles d’une fracture dans la société.

Voici le déroulé de la nuit :

21h40 (heure belge)

Coupure partielle des ponts sur le Bosphore par les forces de sécurité turques. Un groupe de putschistes au sein de l'armée turque a affirmé vendredi soir avoir pris le pouvoir en Turquie, où la situation était très confuse. La chaîne publique a annoncé l'imposition d'un couvre-feu et de la loi martiale dans tout le pays. De grandes artères du centre d’Istanbul, la zone aux alentours de la place Taksim, sont également bloquées.

22h06

Le Premier ministre turc Binali Yildirim annonce sur la chaine privée NTV qu’un groupe militaire a tenté de renverser le gouvernement. Les forces de sécurité sont appelées pour "faire le nécessaire" face à cette "action illégale sans l’aval des chaînes de commandement". "Le gouvernement élu par le peuple reste en fonction. Ce gouvernement ne partira que lorsque le peuple lui dira de le faire", insiste Binali Yildirim.

22h39

Le chef de l’état-major de l’armée turque est pris en otage par les putschistes: "Le général Hulusi Akar, chef d'état-major des armées est retenu en otage par un groupe de militaires qui tentent un soulèvement". Dans la foulée, l’armée affirme avoir pris le pouvoir pour "protéger l’ordre démocratique et les droits de l’homme". Dans un communiqué relayé notamment par les télévisions turques, l’armée précise que "les relations internationales sont maintenus".

23h00

Première réaction internationale: le secrétaire d’Etat américain John Kerry dit espérer la paix et la continuité avec le pays. La Grèce, la voisine directe, "suit la situation avec sang-froid".

De son côté, l’armée turque annonce un couvre-feu et l’instauration de la loi martiale dans le pays: "Nous ne permettrons pas que l'ordre public soit dégradé en Turquie. (...) Un couvre-feu est imposé sur le pays jusqu'à nouvel ordre", a indiqué notamment dans un communiqué signé par le "Conseil de la paix dans le pays".

23h29

En sécurité dans un lieu tenu secret, Erdogan appelle les Turcs à descendre dans les rues pour résister à la tentative de coup d'Etat. Il dénonce un "soulèvement d'une minorité au sein de l'armée", exhortant les Turcs à résister à une "tentative de coup d'Etat".

L'homme fort de Turquie s’exprime par téléphone via l’application FaceTime tandis que la journaliste de la télévision tient un iPhone devant la caméra sur la chaîne d'information CNN-Türk. Erdogan l’affirme: "Je ne pense absolument pas que ces putschistes réussiront".

Le bâtiment du parti du gouvernement, l'AKP, était encerclé par l'armée.

23h48

Une violente explosion résonne dans les rue d’Ankara, les hélicoptères continuent de survoler la ville.

00h00

L’ambassade belge en Turquie conseille aux Belges résidant à Ankara et Istanbul de ne pas sortir de chez eux. "Cela vaut pour tout le pays en général, mais en particulier pour ces deux villes", précise Michael Mareel, porte-parole du SPF Affaires étrangères. Le service fédéral procède à une révision de l'avis de voyage pour la Turquie. Thomas Cook interrompt ses vols vers Ankara.

00h31

Des chars sont déployés et encerclent le parlement turc. Tous les aéroports de Turquie sont fermés Selon l'agence Reuters, un hélicoptère de combat et des tanks auraient ouvert le feu à Ankara. CNN Türk fait état de combat autour du siège des services de renseignement. A Istanbul également, des échanges de tirs auraient été constatés par des témoins à proximité de la place Taksim.

00h50

Les militaires qui occupaient l'aéroport international Atatürk d'Istanbul se sont retirés, selon l'entourage du président Erdogan, rapporte l'agence DHA. L'organe de presse indique que des manifestants ont envahi les installations aéroportuaires, après quoi l'armée se serait repliée.

A Istanbul, l’armée ouvre le feu sur la foule venue manifester en soutien à Erdogan. Il y a des blessés selon l’AFP. 17 policiers sont tués à Ankara, rapportent les médias locaux.

Par ailleurs, des avions de chasse F-16 de l'aviation turque ont abattu un hélicoptère Sikorsky appartenant aux putschistes dans une ville qui n'a pas été précisée mais qui pourrait être la capitale, Ankara, où de violentes explosions sont entendues, indique une source officielle.

1h01

Selon le commandant de la 1ère Armée, responsable d'Istanbul et d'une partie de l'ouest du pays, "il n'y a "rien à craindre" des putschistes turcs, qui ne sont qu'une minorité.

Kemal Kalicdaroglu, leader du CHP kemaliste, le plus grand parti d'opposition turc, s'est exprimé contre la tentative de coup d'Etat actuellement en cours dans le pays via une série de messages postés sur son compte Twitter. Il a rappelé que la Turquie avait déjà) "beaucoup souffert" des interventions militaires à visées politiques dans le passé.

1h40

Plusieurs leaders militaires à l'origine de la tentative de coup d'Etat en cours en Turquie ont été arrêtés, selon le Premier ministre Binali Yildirim.

Selon l'agence Anadolu, Muharrem Kose, un ancien officier et conseiller de l'état-major récemment retiré de ses fonctions, serait le cerveau de la tentative de putsch menée vendredi soir.

En parallèle, on annonce que le parlement turc d’Ankara aurait été bombardé, visiblement par voie aérienne même si la situation reste extrêmement confuse.

2h05

Dans le même temps, les autorités turques annoncent un "retour à la normale" et une situation "sous contrôle". Impossible de savoir à ce moment-là s’il s’agit de pure propagande de la part du gouvernement. La chaîne de télévision publique TRT recommence à émettre peu après 2h, montrant des opposant à la tentative de coup d'Etat.

2h10

Le mouvement de Fetullah Gülen, ennemi juré du président turc Recep Tayyip Erdogan, en exil aux Etats-Unis, a condamné vendredi "toute intervention armée" en Turquie, où un putsch semblait en passe d'être maîtrisé : "Nous condamnons toute intervention armée dans les affaires intérieures de la Turquie", a écrit dans un communiqué l'Alliance for Shared Values.

Plusieurs responsables militaires apparaissent sur la chaîne NTV pour dénoncer la tentative de coup d'Etat en cours, menée selon eux par une faction minoritaire au sein des forces armées. Un représentant du gouvernement a confirmé leurs propos.

2h33

L'avion d'Erdogan atterrit à Istanbul selon une source présidentielle. Le journal conservateur Yeni Safak, proche du chef de l'Etat, a constaté que l'avion s'était posé. Un porte-parole de la présidence précise que Recep Tayyip Erdogan supervise les efforts menés pour reprendre le contrôle du pays et s'exprimera dans les prochaines heures. Il est accueilli par une foule nombreuse à l'aéroport.

2h50

Après la chaîne publique TRT qui émet à nouveau, des soldats investissent les studios de CNN Türk, a indiqué la chaîne privée en montrant ses employés quitter les locaux. La chaîne cesse d'émettre. Selon l'agence allemande dpa, des tirs ont été entendus à proximité des bureaux de la chaîne.

3h30

Recep Tayyip Erdogan prend la parole. Il affirme ne pas connaitre le sort du général Hulusi Akar, chef d'état-major des armées. Erdogan dénonce "une trahison" et accuse le mouvement de Fetullah Gülen et affirme également que l’hôtel où il séjournait à Marmaris  sur la côte turque a été bombardé après son départ.

Lors de l’allocution télévisée, il affirme aussi que les responsables de la tentative de putsch paieront un lourd prix pour leur trahison. Il annonce le début d'une opération visant à "nettoyer l'armée de ses éléments traîtres".

De son côté, le Premier ministre Binali Yildirim annonce 120 arrestations dans les rangs des putschistes.

3h50

La chaîne d'informations CNN Türk recommence à émettre après une interruption de ses programmes d'environ une heure à la suite l’intervention des militaires putschistes.

4h30

Quarante-deux personnes, dont des civils et des policiers, ont été tuées à Ankara lors des heurts, indique le parquet du district de Gölbasi, banlieue de la capitale turque, cité par les chaînes de télévision turques.

Des coups de feu sporadiques sont toujours entendus au petit matin dans plusieurs quartiers de la métropole.

5h00

L'aéroport international Atatürk à Istanbul relance ses activités normales, indique l'agence Anadolu. La compagnie Turkish Airlines opère ainsi normalement.

5h30

Un avion largue une bombe près du palais présidentiel à Ankara d'où s'élève une épaisse colonne de fumée, selon les images diffusées sur les chaînes de télévision. Cette zone est située dans le quartier de Bestepe, une banlieue de la capitale turque abritant le grand complexe présidentiel de Recep Tayyip Erdogan. Les autorités ont annoncé avoir arrêté un brigadier-chef lié à la tentative.

6h00

Le Premier ministre Binali Yildirim annonce avoir nommé un nouveau chef de l'armée par intérim.

Au même moment, une unité de l'armée turque composée de près de 60 soldats rebelles, qui avaient investi dans la nuit l'un des ponts suspendus enjambant le Bosphore à Istanbul, se rend aux forces de sécurité, en direct à la télévision.

Des avions de chasse F-16 bombardent des chars des putschistes déployés aux alentours du palais présidentiel dans une banlieue de la capitale Ankara, indique une source de la présidence turque.

Le bilan est à ce moment de 60 morts. Il y a 336 arrestations pour la plupart des militaires, en lien avec cette tentative, a d'autre part souligné le même responsable sous couvert d'anonymat.

6h45

Le nombre d’arrestation monte à 754 militaires.

7h30

Le général Hulusi Akar, chef d'état-major des armées est libéré des rebelles par l’armée turque. Il est conduit dans un lieu. Il était retenu sur une base aérienne dans la banlieue d’Ankara.

On parle désormais de 1563 militaires arrêtés. En outre, cinq généraux et 29 colonels ont été démis de leurs fonctions sur ordre du ministre de l'Intérieur Efkan Ala.

8h40

200 rebelles, retranchés dans les bâtiments de l’état-major de l’armée, se rendent aux autorités.

Le bilan s’alourdit à 90 morts et 1154 blessés.

10h00

Recep Tayyip Erdogan exhorte les manifestants qui le soutiennent à rester dans les rues pour prévenir toute flambée de violence. Les forces restées fidèles au gouvernement turc ont repris le contrôle du QG d’Ankara mais quelques groupes de putschistes continuent à résister.

10h22

Le général Ümit Dündar, chef de l'armée turque par intérim annonce la reprise du contrôle dans le pays: "Cette tentative de coup a été mise en échec". Au total, 104 putschistes ont été abattus, auxquels il faut ajouter 90 autres victimes - 41 policiers, deux soldats et 47 civils – qui "sont tombées en martyres" dans les violences.

Au total, 2839 militaires ont été arrêtés en lien avec cette tentative qu'il a qualifiée de "tache" sur la démocratie turque, a déclaré le Premier ministre Binali Yildirim.

Sans compter les putschistes, le dernier bilan, qui peut encore évoluer, est de 161 personnes tuées, 1440 blessées. 2839 membres des forces armées ont été arrêtées.

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