Euro 2016 et paris sportifs: gare aux risques d'addiction

Les circonstances festives de l'Euro de football augmentent le danger.
Les circonstances festives de l'Euro de football augmentent le danger. - © PATRICK KOVARIK - AFP

Impossible de ne pas les voir autour de nous en ce moment...Avec l'Euro 2016, les publicités pour les paris sportifs sont partout. Pour les publicitaires, chaque match de football est une occasion d'inciter les supporters à parier sur les résultats...Des paris qui ne sont toutefois pas sans risques.

"C'est une porte d'entrée pour des personnes qui n'ont jamais joué et qui ont commencé à parier", explique Serge Minet, thérapeute, fondateur de la clinique du Jeu Pathologique Dostoïevski (C.H.U Brugmann). "Tout joueur pathologique commence son expérience du jeu par le gain, mais après le gain, il n'y a plus nécessairement de gains." Pour lui, les circonstances festives de l'Euro de football augmentent le danger. "C'est un stimulant, c'est discret, c'est efficace. Et quelque part, ça obligerait peut-être des gens à faire l'expérience du jeu, tellement ils entendent qu'il faut absolument parier parce que vous avez fort à gagner. Et à perdre, je rajoute." Le thérapeute dénonce également l'effet stimulant des publicités sur les joueurs potentiels.

Une addiction compulsive

Mais pourquoi certaines personnes sont-elles susceptibles de développer une dépendance au jeu? "Il y a, lorsque l'on bascule dans le jeu pathologique, quelque chose de l'ordre de la difficulté à vivre", explique le thérapeute. "Le jeu a une fonction, celle par exemple de calmer des angoisses. Le jeu devient fonctionnel sur un plan illusoire d'un bien-être le temps du jeu, mais finalement, après le jeu revient l'angoisse du joueur de ne pas avoir gagné."

Cette addiction, Jean-Pierre (prénom d'emprunt) en sait quelque chose. Ancien joueur compulsif aujourd'hui guéri, il a souffert d'une dépendance au jeu depuis l'adolescence. "Il m'est arrivé de jouer jusqu'à mon dernier franc, mon dernier euro", avoue-t-il. "Je suis même allé jusqu'à demander à mon entourage qu'on me prête de l'argent. J'ai souvent menti, raconté des histoires, y compris à des amis, et pour cela j'ai souvent été très créatif." Car les joueurs compulsifs ne sont souvent pas démasqués par leur entourage. "Il y a des signes quand on connaît le joueur: anxiété, nervosité, insomnies", explique le thérapeute Serge Minet. "Mais encore faut-il savoir que le joueur a une dépendance à ce moment-là."

L'importance de la prévention

Jean-Pierre est sorti de ce cercle vicieux avec de grandes difficultés.  Aujourd'hui à la tête d'une association de lutte contre la dépendance au jeu, il voudrait mettre en garde ceux qui font des paris sur les Diables Rouges. Pour lui, le risque de tomber dans la dépendance est bien réel. "Je crois qu'il est important de faire de la prévention, parce que la plupart du temps, ce sont des jeunes, peut-être des jeunes joueurs compulsifs qui s'ignorent encore et qui peuvent le devenir. Souvent, je constate qu'à partir du moment où il y a une forme d'excitation, d'euphorie, c'est là qu'il est important de prendre conscience qu'il y a danger." C'est cette même euphorie qu'il ressentait lorsqu'il a commencé à jouer...

Un conseil, donc, en cet Euro 2016: amusez-vous, mais soyez vigilants!

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