Samusocial: "Le résultat d'un bicommunautaire en déshérence", juge Rudi Vervoort

Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) a pointé ce lundi un bicommunautaire "en déshérence", ciblant, autrement dit, la Commission communautaire commune (COCOM), comme l'une des sources du scandale du Samusocial. Pour le socialiste, la situation de monopole du Samusocial est liée à l'absence de volonté politique d'investir le champ bicommunautaire bruxellois.

Auditionné en commission d'enquête ce lundi, Rudi Vervoort a d'abord tenu à rappeler le rôle important et la qualité du travail de cette asbl, "un acteur incontournable sur la place publique".

"Ce statut tient au nombre écrasant de sans-abris sur le territoire de la ville (de Bruxelles) et – il faut avoir la décence de le dire – à l'excellence de la qualité du travail de terrain qui n'a jamais été sérieusement contestée. Le rôle du Samu a donc fait l'objet d'un accord unanime des partis de la majorité et a été intégré à l'accord de gouvernement."

"Il serait intellectuellement malhonnête de réduire le Samu aux dysfonctionnements de ses dirigeants. Même si pour certains, cette affaire pourrait être l'occasion de régler des comptes d'ordre politique. Mais c'est un mélange des genres que je me refuse à faire.

Pas "d'alternatives publiques crédibles"

Rudi Vervoort a ensuite évoqué dans sa déclaration d'introduction la responsabilité de la COCOM, "une entité avec des doubles majorités à l'assemblée réunie, une administration si non virtuelle – du moins jusqu'il y a peu – réduite à sa plus simple expression, et un ministre-président empêché d'exercer la moindre compétence". Le tout avec un seul fonctionnaire chargé de contrôler 200 associations.

La COCOM est effectivement compétente en matière d'Aide aux personnes au sein de la Région Bruxelles-Capitale, mais n'a développé aucune structure publique pour faire face au sans-abrisme. La mission a été confiée au Samusocial, asbl privée, financée à 98% par des fonds publics, en grande partie issus de la COCOM.

"Des ministres ont pu accepter de gérer une matière pendant des années dans un climat d'opposition avec un acteur privé, sans proposer pour autant d'alternatives publiques crédibles", a déclaré Rudi Vervoort.

"Les pathologies de l'enfant non-désiré"

"La COCOM a été le produit du fédéralisme de la méfiance. Une illustration : le budget particulièrement étroit dont elle disposait jusqu'en 2014 (90 millions d'euros), pour l'essentiel consacré à des budgets d'infrastructure de fonctionnement sans réelle marge de manœuvre", a expliqué Rudi Vervoort. "Si elle en avait les moyens, la COCOM aurait toutes les raisons d'entamer une psychanalyse tant elle présente les pathologies de l'enfant non-désiré", a-t-il lancé devant les membres de la commission Samusocial.

"Le lien avec le dossier qui nous occupe se situe précisément dans cette dimension crispée du bicommunautaire, a expliqué Rudi Vervoort. Car, ce n'est évidemment pas un hasard si l'on n'a jamais développé un outil public du sans-abrisme propre à la COCOM, ou si l'on relève l'incapacité historique de l'administration dans sa possibilité d'exercer des contrôles efficaces."

Pour le ministre-président, "il y a toujours eu des réticences pour faire exister pleinement cette entité qui aurait pu concurrencer directement l'intervention des deux grandes communautés sur le territoire bruxellois".

"Incapacité et non-volonté"

Il dit par ailleurs trouvé "pour le moins intéressant" les déclarations "des anciens ou anciennes ministres, à l'époque en charge de la Fonction publique et de l'Aide aux personnes, s'étonner du monopole d'une asbl privée et du peu de moyens accordés à l'administration".

"Le fait d'avoir délaissé à une asbl le soin de gérer une compétence essentielle qui ressortait en principe de la mission de protection que doit normalement assurer ce pouvoir public est très certainement en partie lié à cette incapacité politique et à cette non-volonté à investir le champ bicommunautaire."

"Il aura fallu attendre cette législature pour que l'on puisse discuter de la création d'un acteur public de gestion du sans-abrisme", a-t-il encore ajouté.

Les questions des membres de la commission ont débuté après l'exposé de Rudi Vervoort.

Guy Vanhengel (Open Vld), ministre bruxellois des Finances et du Budget, a également été auditionné ce lundi. Cette audition a pris fin peu après 19h.

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