La sortie de prison, c'est "Peine perdue"

C’est un message plutôt défaitiste. "Peine perdue" est une pièce de théâtre jouée, en partie, par des ex-détenus. Elle est montée par l’asbl "Dispositif Relais". Le but est d’accompagner le parcours de condamnés pendant et après la prison : trouver un boulot, une formation, un projet et surtout redonner confiance en soi.

La pièce raconte le parcours d’un ex-détenu. Il est libéré mais seul. Son père lui tourne le dos. Il galère pour trouver un boulot et est acculé par les différentes factures qu’il doit payer, comme les frais de justice.

L’histoire est proche de celle du comédien amateur qui incarne ce rôle, Nordin. Après une vie plutôt normale, il tombe dans la délinquance et fait plusieurs années de prison. « J’ai fait des tas de boulots. J’ai été formateur. J’ai travaillé dans un CPAS, dans plusieurs ministères, puis à un moment donné, j’ai buggé… j’ai eu un trou de 4 ans. Je n’en suis pas fier et je n’ai pas envie d’en dire plus. »

Chercher du boulot dans notre situation, c’est mort

Après la prison, Nordin cherche du boulot. Une mission presque impossible selon lui. « Chercher du boulot dans notre situation, c’est mort. Même lorsqu’on a toutes les compétences requises pour un emploi, une fois qu’on nous demande le certificat de bonne vie et mœurs, cela coince et on nous claque la porte. »

Majid est un autre comédien amateur dans la pièce. Lui aussi a fait de la prison. Aujourd’hui encore, il peine à rembourser les frais de justice qu’on lui réclame : « C’est la galère, on ne trouve pas de boulot et on n’arrive pas à payer les factures. Aujourd’hui, j’ai encore plus de 50.000 euros de frais de justice à payer. Depuis que j’ai trouvé un travail, je les paye petit à petit mais je ne m’en sors pas. Après la prison, on doit encore payer, c’est une double peine assez inhumaine. »

De telles situations poussent certains ex-détenus à récidiver. C’est l’histoire que raconte la pièce mais c’est aussi celle de nombreux ex-détenus. Tahar El Hamdoui est le directeur du « Dispositif Relais » il explique : « Quand les ex-détenus reçoivent des amendes pénales, il y a une peur de ne pas pouvoir les payer, il y a une panique. On leur demande, par exemple, de payer 20.000 euros sur-le-champ. S’ils ne savent pas comment payer et s’ils ne sont pas accompagnés, ils récidivent, ils vont chercher l’argent dans la délinquance. Notre but est d’éviter cela, en trouvant un plan d’apurement et un boulot."

L’asbl propose aussi d’autres activités de résilience comme de la voile ou de l’équitation. Le but est de trouver ce qui les raccrocher à la vie, leur donner espoir et confiance en soi.

Revoir le système existant

Anne Gruwez, juge d’instruction à Bruxelles, figure centrale du documentaire "Ni juge, ni soumise" primé aux Magritte et aux César, est la marraine de cœur de l’asbl. Elle regrette aussi la situation vécue par bon nombre de ses clients.

"On pourrait parler de double peine, à cause du certificat de bonne vie et mœurs que certains appellent bonne vie et meurs. Mœurs comme la mort. Ce certificat est très stigmatisant quand on veut se relancer dans la société, quand on veut trouver un travail. Je ne plaide pas pour la disparition du casier judiciaire et du certificat de bonne vie et mœurs, je plaide pour que la réhabilitation soit plus efficace et rapide. Je ne comprends pas pourquoi il faut être stigmatisé à très long terme si l’eau a coulé sous les ponts depuis longtemps."

Quant aux factures des ex-détenus, Anne Gruwez réagit : « Je ne parle pas des indemnisations aux victimes, mais il faut revoir les frais de justice. Par exemple, un ex-dealer peut se voir réclamer des frais comme des frais d’écoutes téléphoniques. Cela peut facilement aller jusqu’à 20.000 euros. Pour lui, le plus facile pour les rembourser est de récidiver dans le deal de drogue. »

Un cercle infernal que dénonce la pièce "Peine perdue". Majid et Nordin en sont heureusement sortis. Ils ont tous les deux été engagés par l’asbl « Dispositif Relais ».

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