Avignon : Pas de festival, un coup dur pour les artistes belges

Place du Palais des Papes
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Place du Palais des Papes - © V.Barbier

Cela devait être l’événement de l’été à Avignon. La ville devait accueillir le 74e festival de spectacle vivant. C’est l’un des plus grands rendez-vous du genre. Mais la crise du COVID est passée par là. La fête est annulée. Un coup dur pour la cité des Papes, un coup de massue pour les artistes programmés, les belges notamment.

Le festival d’Avignon est une machine énorme. La ville accueille chaque année 700.000 visiteurs, plus de 1000 compagnies, 6000 intermittents et 3000 programmateurs…. Trois semaines de folie artistique qui rapporte 100 millions d’euros. Et qui permet à certains restaurateurs d’assurer jusqu’à 50 de leur chiffre d’affaire annuel. Sans compter les hôtels qui font le plein. C’est donc l’économie de toute une région qui est mise à mal. Toute l’économie du secteur théatral aussi. Pas de spectacles, pas de rentrées financières !

 

Des artistes en difficulté

Gaëlle et Denis devaient réaliser un rêve. Deux ans qu’ils travaillent sur "Mousse", leur nouveau spectacle. Ils avaient été sélectionnés par le théatre des DOMS basé à Avignon. Un lieu créé par le Fédération Wallonie-Bruxelles pour soutenir les artistes belges. C’était pour eux une véritable chance. Leurs frais étaient pris en charge, ils avaient un cachet, de la visibilité. C’était le bon lieu pour rencontrer les programmateurs. Car Avignon est avant tout un grand marché où les professionnels viennent organiser les prochaines saisons. Des contrats se signent, des dates se programment. Alors quand le festival a été supprimé, la déception a été énorme. Ce projet, ces deux jongleurs l’ont porté à bout de bras et patatra… tout s’écroule. Le monde se confine. Gaëlle vous dira qu’elle n’a pas perdu ces deux années, qu’elle est fière d’avoir mené à bien ce projet, avec son ami. Quand nous les rencontrons, ils reprennent à peine leurs répétitions. Ils ont appris surtout que le théatre des Doms les reprogrammait en 2021. Ils iront à Avignon. Ce sera juste un peu plus tard que prévu.

 

L’appui des théatres belges d’Avignon

Ils ont donc pu recevoir le soutien du théatre des Doms. Logique pour cette structure qui a été installée là pour soutenir la création belge. C’est un lieu qui accueille des répétitions toute l’année. Les troupes s’y arrêtent une semaine ou deux, logent sur place, mangent sur place, répètent sur place. L’espace est mis à leur disposition pour qu’ils puissent créer sans se soucier d’autres choses. Et en juillet, on joue, on vend, on négocie et on refait le monde dans les jardins du théatre. Le directeur, Alain Cofino Gomez, le sait, les prochains mois seront rudes pour les comédiens. Il tente de les soutenir en leur donnant une nouvelle chance en 2021. Il demande aussi aux pouvoirs publics d’investir, d’aider le secteur. Mais il sait que certaines petites compagnies sont menacées à court terme. Sans perspectives, beaucoup ne tiendront pas le coup.

Autre lieu belge à Avignon : le théatre Episcène. Il existe depuis 3 ans, la crise actuelle vient donc perturber son développement mais la directrice, Jeannine Horrion, garde le sourire. Elle tente de trouver des solutions pour s’en sortir financièrement. Elle espère vite relancer les cours de théatre donnés en semaine. Mais l’aspect financier n’est pas essentiel pour elle. Elle insiste davantage sur la dimension humaine de sa mission. Son plaisir, c’est d’accompagner, de rencontrer des artistes. De défendre leurs projets. Pour le festival, elle avait programmé 6 nouvelles créations. Les jours de relâche, elle accueillait des jeunes désireux de présenter leur travail. Tout cela tombe à l’eau. Le théatre reste vide. Elle reprend contact avec toutes ces personnes pour leur proposer de venir répéter dans la Cité des Papes, et d’occuper les lieux gratuitement. C’est sa façon de les soutenir. Le jour où les premiers arriveront sur place, ce sera pour elle le bonheur total. Et elle sortira le champagne en attendant des jours meilleurs.

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