Catalogne: "Monsieur Francken s'est trompé de siècle et d'histoire"

Catalogne: "Monsieur Francken s'est trompé de siècle et d'histoire"
Catalogne: "Monsieur Francken s'est trompé de siècle et d'histoire" - © Tous droits réservés

Entre 300.000 et 1 million de personnes manifestaient dans les rues de Barcelone ce dimanche pour exprimer l'attachement de la Catalogne à l'Espagne. Faut-il voir derrière cette foule un large mouvement anti-indépendance?

Pour Gabriel Colomé, membre du parti socialiste espagnol et professeur de sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone (UAB), c'est un fait, et le mouvement gagne en ampleur: "C'est une organisation qui s'appelle 'Société Civile Catalane'. Elle a été créée il y a 4 ans quand le processus a commencé en Catalogne".

"Ils ont convoqué une manifestation le 8 octobre, après le référendum et, hier (ce dimanche, ndlr), pour la première fois, les trois partis constitutionnalistes ont adhéré à cette manifestation, dont le parti socialiste, parti populaire et citoyen, c'est-à-dire que les 3 partis qui ont fait le pacte de l'article 155 ont manifesté."

Le parti socialiste espagnol était avant tout pour le dialogue: ni en faveur de l'indépendance, ni en faveur de l'application de l'article 155. "Le parti socialiste a essayé à tout moment qu'il y ait un accord entre le gouvernement espagnol et catalan, c'est-à-dire que le gouvernement catalan, finalement, convoque des élections anticipées et ne déclare pas l'indépendance. Ce qui était presque acquis jeudi, et les élections aurait eu lieu le 20 décembre", commente Gabriel Colomé.

Sauf que "les plus radicaux des indépendantistes ont finalement fait changer d'opinion pour le président, et celui-ci a préféré aller vers la déclaration" d'indépendance. Quant au gouvernement national espagnol, "la seule chose (qu'il) a fait (...) c'est destituer le gouvernement catalan et convoquer les élections pour le 21 décembre".

Carles Puigdemont n'a plus "aucune" marge de manœuvre

Soraya Saenz de Santamaria, la numéro 2 du gouvernement espagnol, aura en charge la mise sous tutelle des autorités de la région catalane, c'est-à-dire que les "ministères" de la région seront repris en main par l'autorité nationale. Les hauts-fonctionnaires catalans ont dès lors deux options : "Soit je démissionne, parce que j'accepte pas l'article 155, soit je me mets aux ordres de la nouvelle autorité et je fais mon travail", résume le professeur de sciences politiques de l'UAB.

Le président catalan Carles Puigdemont n'a, lui, plus "aucune" marge de manœuvre. La question est de voir si les deux partis au pouvoir en Catalogne "vont se présenter ensemble pour répéter la coalition actuelle". Ils ont "jusqu'au 6 novembre" pour se décider. Une autre option serait "de ne pas se présenter aux élections (...), mais ce serait une erreur, parce que, pendant quatre ans, ils ne seraient pas au parlement".

Actuellement, "tout indique que les deux partis, qui ont connu beaucoup de tensions ces dernières semaines, se présenteront séparément aux élections. Et là, on verra quel sera le résultat".

Déclaration de Francken: "C'est sûrement une blague"

Dans ce contexte, le secrétaire d'État belge à l'Asile et à la Migration, Theo Francken (N-VA), a estimé dès ce dimanche qu'il serait ouvert à une demande d'asile politique du présent catalan qui a été destitué par Madrid. Il se demandait en outre si, le cas échéant, Carles Puigdemont aurait droit à un procès équitable en Espagne.

Le Premier ministre Charles Michel (MR) a demandé à Theo Francken de ne pas "jeter de l'huile sur le feu", alors que ces propos ont été jugés inacceptables, notamment, par le parti populaire, le parti du Premier ministre Rajoy au pouvoir. 

"C'est inadmissible, inacceptable et incroyable. Mais j'espère qu'il va y avoir une rectification immédiate", avait notamment réagi l'eurodéputée espagnole Veronica Lope Fontagné, membre du parti populaire.

Pour elle, la déclaration de Theo Francken est "ridicule", ajoutant : "On est une démocratie, on appartient à l'Union Européenne, il y a un gouvernement régional qui en ce moment a été dissous, il va y avoir des élections dans 2 mois, ils pourront se représenter, et alors on ne peut pas parler ni de République catalane, ni d'un des alliés. Et un des pays membres de l'Europe, dit qu'ils vont donner l'asile à ces personnes, c'est de la folie. Sincèrement, je trouve ça incroyable".

>> Lire aussi : La Belgique est un des rares États où une demande d'asile intra-UE est possible

Quant à Gabriel Colomé, sa réaction est similaire : "C'est sûrement une blague, parce que nous sommes dans l'Union européenne. La Belgique et été un grand pays de réfugiés dans toute son histoire depuis sa fondation en 1830, et nous ne sommes pas dans le cas d'exil par persécution politique. Nous sommes dans une Union européenne tout à fait démocratique, c'est-à-dire que Monsieur Francken s'est trompé de siècle et d'histoire, je crois".

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