Carles Puigdemont: "Je suis disposé à être candidat aux élections, même depuis Bruxelles"

Le président catalan destituté Carles Puigdemont est "disposé à être candidat" et à mener campagne pour les élections régionales du 21 décembre, et ce même depuis la Belgique, a-t-il déclaré ce vendredi lors d'une interview exclusive accordée à la RTBF

"Je suis disposé à être candidat. Oui, (même depuis Bruxelles). Nous sommes aujourd'hui dans un monde globalisé", a-t-il répondu, interrogé sur sa participation aux élections, en ce compris depuis l'étranger.

"Il doit y avoir une continuité, nous sommes un gouvernement légitime. Pour ces élections, nous voulons que cela puisse se dérouler dans les meilleures conditions. Nous avons a été élus, à une largement majorité, en 2015. Et nous avions encore deux ans au pouvoir. Aucune loi ne peut permettre au gouvernement espagnol d'annuler la légitimité d'un gouvernement et d'incarcérer ses membres."

"Nous devons être engagés, surtout s'il y a la moindre possibilité que nous puissions participer à ces élections ensemble (avec les autres partis de la coalition, ndlr). L'enjeu ici, ce n'est pas 'oui' ou 'non' à l'indépendance, mais 'oui' ou 'non' à la démocratie."

Mais Carles Puigdemont s'interroge : "Est-ce que l'État espagnol respectera le résultat des élections quoi qu'il arrive?".

"Trente ans de prison... C'est extrêmement barbare"

En attendant ces élections régionales en Catalogne, le président destitué, sous le coup d'un mandat d'arrêt européen, devra faire face à la justice, non pas espagnole – qu'il estime "politisée" –, mais belge.

"Je ne vais pas fuir la justice, je ne vais pas échapper à la justice. Je suis disposé à collaborer", a-t-il déclaré, avant de mettre en doute l'indépendance des magistrats espagnols : "En moins de 24 heures mes anciens collègues ont été convoqués. (...) Il y a une énorme influence de la politique sur le judiciaire aujourd'hui en Espagne. (...) Sur base de quel délit ? Quelles sont les raisons profondes pour incarcérer ces personnes qui n'ont connu aucun crime ?", s'interroge-t-il.

"Ce n'est pas normal que nous risquions 30 ans de prison. C'est extrêmement barbare. On ne peut parler de démocratie", s'insurge-t-il.

L'Europe sourde aux discours de Puigdemont ?

Sa présence à Bruxelles, Carles Puigdemont l'a à maintes reprises justifiée en évoquant son statut de capitale européenne, qu'il pourrait utiliser comme un porte-voix pour interpeller l'Union européenne. Reste que, jusqu'à présent, le leader indépendantiste catalan n'a rencontré aucun officiel européen, a-t-il confirmé sur le plateau de la RTBF.

Pour lui, la conférence de presse qu'il a tenue ce mardi au Press Club de Bruxelles est toutefois un signe de l'intérêt porté à la situation catalane. "Il y avait des centaines de journalistes. J'imagine que cela veut dire que c'est intéressant pour la population internationale. Alors comment l'Europe pourrait-elle ne pas s'intéresser, elle aussi, à ce qu'il se passe en Catalogne ? Cette différence d'intérêt fait que l'on peut aussi parler d'une crise européenne."

Et, pour Carles Puigdemont, une indépendance de la Catalogne n'est d'ailleurs "pas contraire" aux valeurs de l'Union européenne. "L'Europe, ce n'est pas qu'une seule culture, qu'une seule langue… La Catalogne, c'est un peu tout ça."

En se rendant à Bruxelles, n'est-il pas néanmoins le capitaine qui quitte le navire au plus mauvais moment ? N'y a-t-il pas un nouveau risque d'embrasement en Catalogne ? "Je suis justement ici pour éviter une nouvelle vague de violence", a-t-il répondu. Une nouvelle vague qui, dit-il, "dépend des choix de l'État espagnol. J'ai toujours appelé au dialogue, à la non-violence. Ce n'est qu'à partir de l'utilisation de la violence par les autorités espagnoles, que les choses ont dégénéré."

Une rencontre avec Mariano Rajoy à Bruxelles ?

En attendant, les signaux semblent être au rouge pour la Catalogne : risque de "récession" économique selon la Banque espagnole, chute de l'activité touristique selon une organisation patronale, et l'image pourrait, elle aussi, être écornée.

"Quel est l'image de l'Espagne lorsqu'elle réagit par la violence face à un simple référendum ? Quelle est l'image de l'Espagne quand elle incarcère des dirigeants politique démocratiquement élus ?", lance-t-il en guise de réponse. Le Premier ministre espagnol "Mariano Rajoy n'a jamais privilégié le dialogue, ajoute-t-il. Il a utilisé la police, la violence, et même les entreprises pour obtenir ce qu'il voulait. Il devrait plutôt faire de la politique".

Le "dialogue", le mot ponctue à nouveau le discours de Carles Puigdemont. Pour lui, c'est la seule solution à cette crise.

"J'ai toujours été disposé à avoir ce dialogue", dit-il, précisant qu'il est prêt à rencontrer le Premier ministre espagnol "où il le désire", en ce compris à Bruxelles. "Je n'ai pas peur de rencontrer Mariano Rajoy", affirme-t-il.

Que se diraient-ils alors ? Ce que la Catalogne a toujours réclamé, bien avant que Carles Puigdemont en devienne le président : "Un rapport juste (...) un rapport d'égal à égal" entre Madrid et Barcelone. Il conclut : "Nous voulons le respect envers notre langue, notre culture, notre économie… Nous voulons être écouter, compris, respecter… Et, jusque-là, nous avons toujours reçu un 'non'".

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