Pour les Décodeurs du journal Le Monde, "l'objectif c'est de trouver la source"

François Hollande et Nicolas Sarkozy se serrent la main lors d'une cérémonie aux Invalides, à Paris, le 25 septembre 2016.
François Hollande et Nicolas Sarkozy se serrent la main lors d'une cérémonie aux Invalides, à Paris, le 25 septembre 2016. - © IAN LANGSDON - AFP

"L'intox du 'couple de clandestins' qui toucherait 3000 euros d'aide sociale", "RSA, immigration, salaires : les affirmations d'Alain Juppé décryptées", "IVG, diabète, cancer... ces intox sur la santé qui polluent Google". Autant d'articles à lire sur la page des "Décodeurs" du journal français Le Monde. Depuis 2009, cette rédaction dans la rédaction trie le vrai du faux. 

Au total, ils sont 11, journalistes, datajournalistes, infographistes et spécialistes des réseaux sociaux. Leur mission : traquer les rumeurs et autres chiffres hasardeux lancés par une personnalité politique pour mieux les démonter.

"Nos articles sont construits avant tout autour de faits les plus objectifs possible : statistiques, chiffres, lois, dates, faits, sont notre matériau premier. Nous fournissons des faits, nous ne faisons pas de journalisme spéculatif, nous ne donnons pas notre avis", peut-on lire dans la charte des Décodeurs.

Les réseaux sociaux amènent une consommation d’information particulière

Et comme les infos et les intox se propagent à toute vitesse sur Facebook et Twitter, la tâche est titanesque. "On a du travail", reconnait Samuel Laurent, le responsable des Décodeurs. "Les réseaux sociaux amènent une consommation d’information particulière. On y partage ce qui est choquant, ce qui suscite de l’émotion. On n’est pas dans la raison. C’est facile de liker, de partager." Y compris les fausses informations.

Le journaliste ajoute : "Face aux médias traditionnels, il y a des médias alternatifs plus virulents qui émergent." Surtout dans les extrêmes de l'échiquier politique. "La fachosphère déteint sur les médias traditionnels", poursuit Samuel Laurent qui cite les exemple de Figaro Vox (émanation du journal Le Figaro qui publie des tribunes et des interviews sur des débats de société) ou du journal Valeurs Actuelles autoproclamé "le magazine de la droite qui s'assume". Résultat : certaines fausses informations ou des faits montés en épingle trouvent une légitimité qu'ils n'auraient pas eue il y a encore quelques années.

Les Décodeurs se sont notamment donné pour mission de vérifier les propos des personnalités politiques. "Ils disent n'importe quoi, explique Samuel Laurent. Et comment débattre si les chiffres qu'ils donnent ne sont pas justes ?"

Notre objectif c'est de trouver la source, de comprendre d’où ça vient

Les journalistes du Monde s'imposent cette règle d'or : "On ne publie pas un article si on n’est pas en capacité de démonter la rumeur. On essaye d’être catégorique. On se concentre sur des rumeurs qui montent beaucoup. Notre objectif c'est de trouver la source, de comprendre d’où ça vient. Ça peut être très local. Mais on peut aussi se concentrer sur un faux document, une fausse citation..."

Ces bonnes intentions ne suffisent pas face aux plus radicaux. Les Décodeurs sont souvent la cibles des défenseurs les plus acharnés de la droite ou de la gauche. On les accuse tour à tour d'être contre Jean-Luc Mélenchon ou de tout faire pour dénigrer Nicolas Sarkozy. Samuel Laurent évoque alors ce "sentiment d'impuissance face aux gens qui ne veulent pas entendre. Les sarkozystes, on leur met un document sous le nez et ils continuent à nier la réalité."

Il n'empêche, le responsable des Décodeurs précise que son équipe "n’est pas non plus dans une posture de médias inatteignables et intouchables". Il leur est déjà arrivé de faire amende honorable après un fact checking manqué.

En 2014, les Décodeurs avaient effectué un comptage de leurs article pour définir s'ils étaient "politiquement paritaires". Mais pour Samuel Laurent, ce décompte n'a pas vraiment de sens. Car les sujets traités sont en grande partie définis au fil de l'actualité et dépendent du style de chaque ténor politique. "Hollande est difficile à fact checker parce qu’il donne peu de chiffres, peu de faits. A l’inverse, Sarkozy truffe son discours de trucs faux", note le journaliste.

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