Georges-Louis Bouchez : "Nous avons déposé une proposition d'ordonnance visant à interdire le port de signes convictionnels" au sein des Parlements

En 2015 et 2016, la candidature d’une jeune Bruxelloise voilée avait été par deux fois refusée par la Stib en raison de sa politique de neutralité. Outrée, la Bruxelloise avait porté plainte auprès du tribunal du travail. Le 3 mai, ce même tribunal tranchait en sa faveur et estimait que la fonction publique devait autoriser à ses employés de porter des signes convictionnels.

Pour autant, la question fait débat. Pour Germain Mugemangango, Chef de file PTB au Parlement wallon, "il est logique d’attendre du politique qu’il puisse fixer un cadre clair." Pour y arriver, la Belgique devrait selon lui tenir compte de deux aspects : les modèles qui fonctionnent à l’étranger, d’une part, et le fond réel du débat : "En Grande-Bretagne, cela fait déjà bien longtemps que toutes les fonctions, en dehors de celles des juges, sont ouvertes à des signes convictionnels", affirme-t-il sur le plateau de QR le débat.

"Deuxième élément, on a un débat qui englobe toute la réalité religieuse en Belgique. On doit bien reconnaître que nos ministres vont au Te Deum. Ça pose question. Il y a aussi le financement des cultes. Je trouve que soit nous avons le débat qui prend l’ensemble de ces éléments, soit on a un débat que l’on n’axe que sur le port du voile."

Pour Georges-Louis Bouchez en revanche, il est impensable que la Belgique calque son modèle sur celui de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis. "Ce sont les sociétés les plus communautarisées qui puissent exister aujourd’hui dans nos démocraties. Je ne veux pas d’une société dans laquelle les gens vivent parqués quartiers par quartiers. Je veux une société du vivre ensemble, et c’est la neutralité." La Loi serait d’ailleurs claire à ce sujet : "Un arrêté royal de 1937, modifié en 2007, indique clairement que les fonctionnaires doivent être neutres, également dans leur apparence."

Ce mercredi, le MR déposait d’ailleurs proposition d’ordonnance visant à interdire tout signe convictionnel, qu’il soit religieux, philosophique ou politique au niveau des Parlements bruxellois et fédéral, "et nous suivrons dans l'ensemble des Parlements dans lesquels nous sommes présents", affirme-t-il.

Djemila Benhabib, porte-parole du Collectif Laïcité Yallah, tique plutôt sur l’extension du débat : "Jusqu’où ira-t-on ?", questionne-t-elle. "Si aujourd’hui on accepte un particularisme (le port du voile par exemple, ndlr), comment pourra-t-on demain refuser d’autres particularismes ? Nous avons déjà des cas de personnes qui n’acceptent plus le vivre-ensemble. C’est dire que la neutralité, c’est vraiment l’outil qui permet l’expression de la diversité."

Ecolo et cdH en faveur des signes convictionnels

Pour le président du cdH, Maxime Prévot, le port des signes convictionnels n’est pas systématiquement à prohiber dans la fonction publique. "Il y a des principes de réalité. Dans une Ville, une région, comme Bruxelles, il y a près de 200 nationalités et convictions différentes. On doit être dans une démarche qui permet aussi le respect de la personne. Et le débat qui crée le malaise autour du port du voile, ne le nions pas. C’est le débat qui questionne sur une potentielle revendication qui pourrait être assimilé à de la radicalité ou pas. Je veux qu’on soit très clair : porter le voile n’est pas en soit le signe d’un radicalisme."

De son côté, le chef de groupe au Parlement bruxellois (Groen), Arnaud Verstraete, assure appliquer le principe de neutralité inclusive (autorisation de porter des signes convictionnels) à Malines et Gand depuis 2013 en dépit des législations. "Ce qui compte pour nous c’est de construire une société qui reflète encore mieux la diversité, qui permette à plus de personnes de s’épanouir, s’émanciper. Et nous voyons que dans la pratique, cette neutralité inclusive fonctionne."

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