L'arrivée d'Avigdor Lieberman à la Défense vécue comme un séisme en Israël

Avigdor Lieberman scelle son accord avec Benjamin Netanyahou. Il devient ministre de la Défense d'Israël.
Avigdor Lieberman scelle son accord avec Benjamin Netanyahou. Il devient ministre de la Défense d'Israël. - © MENAHEM KAHANA - AFP

Certains en Israël parlent de séisme : le poste stratégique de ministre de la Défense tombe aux mains d'un populiste, habitué des déclarations outrancières et belliqueuses, Avigdor Lieberman. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou avait besoin d'élargir sa coalition, fragilisée par une majorité parlementaire trop étroite.

Les négociations avec le parti travailliste ont capoté et il s'est tourné vers son ancien ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman. Son parti ultra-nationaliste Israel Beitenou (Israël notre maison) apporte un appoint modeste, mais nécessaire pour renforcer la majorité : elle passe de 61 à 66 sièges sur 120. La coalition compte désormais six partis, essentiellement ultra-nationalistes et religieux orthodoxes. L'accord doit encore être approuvé par la Knesset, le parlement israélien.

Des déclarations va-t-en-guerre

Avigdor Lieberman obtient le poste qu'il convoitait de ministre de la Défense. Il remplace Moshe Yaalon, qui avait senti le vent tourner et démissionné dès la semaine passée, invoquant une rupture de confiance avec le Premier ministre. Israel Beitenou obtient également le portefeuille de l'Intégration des immigrants, ainsi qu'une augmentation du budget des retraites.

C'est donc un civil avec peu d'expérience militaire qui dirigera la Défense israélienne, au moment où l'état-major exprime de plus en plus ouvertement son désaccord avec les instructions du gouvernement. Le profil du nouveau ministre, ses positions anti-arabes, ses déclarations va-t-en-guerre, tout cela inquiète, aussi bien en Israël qu'en Palestine ou à l'étranger.

Avigdor Lieberman avait ainsi encouragé les réponses militaires disproportionnées contre le Hezbollah au Liban. Il avait demandé, à l'époque, l'assassinat du leader palestinien Yasser Arafat et, aujourd'hui, le renversement de Mahmoud Abbas. Concernant la bande de Gaza, ses solutions ont varié au fil du temps, allant du bombardement des centres commerciaux à la réoccupation par l'armée ou une prise de contrôle par les Nations unies. Il a aussi réclamé des frappes sur l'Iran ou sur le barrage d'Assouan, en Égypte. Il exigeait également la peine de mort pour les terroristes et leur exécution par décapitation à la hache.

Israël "infecté par les graines du fascisme"

L'ancien Premier ministre travailliste Ehud Barak estime que le pays est désormais "infecté par les graines du fascisme". Moshe Arens, qui fut ministre de la Défense à trois reprises, pointe un tournant dans la politique israélienne et parle de "séisme".

Avigdor Lieberman, qui habite une colonie en Territoire Palestinien Occupé, a réussi à se faire largement détester dans le monde arabe et par les Palestiniens en particulier. La direction palestinienne à Ramallah estime que son arrivée représente une menace pour la stabilité régionale.

"Ce gouvernement aura pour conséquences l'apartheid, le racisme et l'extrémisme", a dit Saeb Erekat, numéro deux de l'OLP. Ce qui les inquiète en particulier, c'est qu'en tant que ministre de la Défense, il sera chargé de gérer une bonne partie de la Cisjordanie. L'armée israélienne assure l'administration civile et le maintien de l'ordre en dehors des grandes villes sous autorité palestinienne.

Lieberman avait décrit Netanyahou comme "un menteur, un tricheur et une crapule"

Dans l'opposition, Avigdor Lieberman avait également des mots très crus pour le Premier ministre : il décrivait Benjamin Netanyahou comme "un menteur, un tricheur et une crapule".

Mais les analystes israéliens pensent que l'homme sait se montrer pragmatique dans l'exercice du pouvoir. Ses provocations et son image rustre seraient calculées pour plaire à une partie de l'électorat israélien, dont les immigrants venus, comme lui, de l'ex-URSS.

La première déclaration d'Avigdor Lieberman ce mercredi s'est en tous cas voulue apaisante : "La première chose à laquelle je m'engage, c'est une politique responsable et raisonnable", a-t-il dit devant la presse au moment d'annoncer son arrivée au gouvernement. Benjamin Netanyahou avait répondu par avance aux critiques en rappelant que c'était, au final, lui le patron : "Et j'ai fait mes preuves en tant que Premier ministre".

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