Israël ne rendra plus les corps des Palestiniens tués à leurs familles

Le gouvernement israélien a décidé de ne plus rendre à leurs familles les corps des Palestiniens tués dans des affrontements avec l’armée israélienne. Le ministre de la Défense Benny Gantz a annoncé cette mesure en expliquant qu’il s’agit de dissuader les "ennemis" d’Israël et de respecter l’engagement à "ramener nos boys à la maison".

Des défenseurs des droits humains ont qualifié cette mesure d’inhumaine et ont accusé Israël de violer le droit international. En 2019, 132 Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes. On ignore combien de corps ont été détenus par les autorités israéliennes puis rendus aux familles.

Monnaie d’échange

Les prisonniers, les otages et les dépouilles sont de longue date une monnaie d’échange entre belligérants dans le conflit israélo-palestinien. Le mouvement islamiste Hamas détient à Gaza deux otages israéliens et deux dépouilles israéliennes.

Jusqu’à présent, Israël ne refusait la restitution que des dépouilles de combattants du Hamas tués dans des affrontements qui avaient fait des victimes israéliennes. Désormais, tous les corps de Palestiniens tués lors de heurts avec des forces israéliennes seront conservés, même si ces affrontements n’ont pas fait de victime israélienne.

Vengeance

L’ONG israélienne Adalah, qui défend les droits de la minorité arabe, s’est insurgée contre cette mesure, qualifiée de vengeance : "Cette politique d’utiliser des corps humains comme une monnaie d’échange viole les valeurs les plus fondamentales et le droit international qui interdit des traitements cruels et inhumains".

Adalah défend notamment la famille d’Ahmed Erekat, le neveu du secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) Saëb Erekat. Il a été tué il y a deux mois à la suite d’une tentative d’attaque à la voiture bélier, selon l’armée. Son corps n’a pas été restitué. Le corps d’un adolescent de 16 ans, Mohammed Hamdan, tué mi-août lors d’affrontements en Cisjordanie occupée, n’a également toujours pas été rendu à sa famille.

Les conventions de Genève et le sénat belge

Les Conventions de Genève stipulent que lorsque des personnes sont tuées au cours d’hostilités, les belligérants doivent "faciliter le retour des restes des personnes décédées et de leurs effets personnels dans le pays d’origine, à la demande de ce pays ou à la demande de la famille, à moins que ce pays ne s’y oppose".

Israël et les Palestiniens ont souvent été appelés à faire preuve d’humanité et à rendre les dépouilles aux familles. En 2012, le sénat belge priait ainsi les autorités israéliennes "de rendre systématiquement aux familles les corps de détenus palestiniens décédés dans les prisons israéliennes". De même les sénateurs belges demandaient aux Palestiniens "de rendre systématiquement aux familles les corps des Israéliens décédés".

De nombreux rapports listent les multiples violations du droit international humanitaire par Israël. Israël estime que la IVe convention de Genève ne s’applique pas : il ne se considère pas comme puissance occupante, puisqu’il n’a pas envahi un autre Etat. Il se voit en administrateur de territoires toujours "disputés". Cette interprétation est largement contestée par la communauté internationale.

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