Esplanade des Mosquées: Israël accusé de bloquer l'installation de caméras

La Mosquée al-Aqsa et le Dôme du Rocher, le 25 octobre 2015 à Jérusalem
La Mosquée al-Aqsa et le Dôme du Rocher, le 25 octobre 2015 à Jérusalem - © AHMAD GHARABLI

L'accord annoncé samedi pour enrayer l'escalade entre Palestiniens et Israéliens a connu son premier accroc lundi lorsque la fondation islamique administrant l'esplanade des Mosquées à Jérusalem a accusé Israël de vouloir appliquer l'accord comme il lui plaisait.

La querelle porte sur l'installation de caméras sur l'esplanade, épicentre des violences auxquelles sont en proie Jérusalem, les Territoires palestiniens et Israël, et qui ont réveillé le spectre d'une nouvelle intifada.

Ces violences, caractérisées par des attaques à l'arme blanche de la part de Palestiniens isolés contre des soldats, policiers et civils israéliens, se poursuivent. Un Palestinien a grièvement blessé un Israélien de 19 ans au nord d'Hébron en Cisjordanie occupée avant d'être abattu par des soldats, a rapporté l'armée israélienne.

Devant le risque d'un embrasement généralisé dont l'étincelle viendrait de l'esplanade, les Etats-Unis ont présidé samedi à un arrangement entre Israël, qui contrôle les accès au site, et la Jordanie qui est la gardienne des lieux saints à Jérusalem. Israël a accepté la mise en place d'une vidéosurveillance 24H/24 sur l'esplanade.

Ce caméras dissuaderaient les provocations de la part de juifs ou de musulmans et, si elles se produisaient, établiraient les responsabilités.

Seulement, "lorsque nous avons commencé l'installation ce matin, la police (israélienne) est arrivée et a stoppé le travail en disant que c'était interdit", a dit à l'AFP cheikh Azzam al-Khatib, chef de la fondation islamique Waqf, qui administre l'esplanade sous les auspices de la Jordanie.

Ingérence israélienne

Le Waqf a condamné "avec vigueur l'ingérence israélienne". "Nous considérons cette affaire comme la preuve qu'Israël entend installer des caméras qui servent uniquement ses intérêts, et non pas ceux de la vérité et de la justice", a-t-il dénoncé.

La police israélienne, interrogé par l'AFP, n'a pas commenté ces accusations.

Celles-ci illustrent combien tout nouvel arrangement sur l'esplanade est délicat à mettre en oeuvre.

Troisième lieu saint de l'islam également révéré par les juifs comme l'emplacement de leur ancien temple, l'esplanade est située à Jérusalem-Est, partie palestinienne de Jérusalem annexée et occupée par Israël.

La mise en place de caméras a été la seule mesure concrète annoncée samedi par le secrétaire d'Etat américain John Kerry après ses rencontres avec les principaux acteurs, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président palestinien Mahmoud Abbas et le roi Abdallah II de Jordanie.

Les équipes techniques israéliennes et jordaniennes devaient "se rencontrer bientôt pour discuter de la mise en oeuvre de cette idée" jordanienne, avait dit Kerry.

Aucun signe n'a été donné qu'une telle discussion ait eu lieu. La mise en place de caméras par le Waqf a été entreprise sur ordre du palais royal jordanien, a dit le chef de la fondation islamique, donc apparemment sans coordination préalable avec les Israéliens.

"Il n'y a pas d'autre autorité sur l'esplanade" que le Waqf, a-t-il précisé.

'Provocations'

L'installation de cette vidéosurveillance suscite des questions depuis son annonce sur les modalités de sa mise en place et sur son contrôle. Les dirigeants palestiniens s'alarment d'un dispositif qui servirait uniquement aux Israéliens pour arrêter des Palestiniens.

Cette vidéosurveillance "est dans l'intérêt d'Israël", a affirmé Netanyahu dimanche, "pour réfuter l'allégation selon laquelle Israël viole le statu quo" et "pour montrer d'où viennent vraiment les provocations et pour les prévenir".

Palestiniens et Jordaniens accusent Israël de vouloir changer les règles qui régissent l'esplanade (le "statu quo") pour autoriser les juifs à prier sur le site et à terme diviser l'esplanade entre juifs et musulmans.

Netanyahu s'est toujours défendu d'un tel projet. Il accuse la direction palestinienne et d'autres organisations de souffler sur les braises et d'être responsables des tensions autour de l'esplanade.

Depuis le 1er octobre, la vague de violences a fait d'un côté 55 morts, des Palestiniens et un Arabe israélien - pour moitié des auteurs d'attentat - et de l'autre huit morts israéliens.

Par ailleurs, la classe politique israélienne a marqué lundi le 20e anniversaire, selon le calendrier juif, de l'assassinat du Premier ministre travailliste Yitzhak Rabin, un des grands artisans des Accords d'Oslo. Il a été tué le 4 novembre 1995, à 73 ans, par un fanatique juif orthodoxe, Yigal Amir.

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