Noir Jaune Blues, et après? Uccle, carnet de bord de cinq jours en immersion

Noir jaune blues à Uccle
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Noir jaune blues à Uccle - © Sylvain Piraux - LESOIR

"Noir, Jaune, Blues et après" plonge à Uccle et plus précisément dans les environs du parvis Saint-Pierre, pile dans le cœur battant de la commune. Les oreilles traînent, les questions fusent, les yeux se posent sur les gens, dans les yeux des gens pour tenter de comprendre la vie des habitants ou leur voler quelques brins de vie.

Jour 5: dernier café et nostalgie

Les dernières images sont tournées. Tout est dans la boite. Encore une dernière rencontre avec madame Wouters, sa langue bien pendue. Philosophe mais inquiète sur l'avenir de son commerce ouvert depuis 43 ans. Un dernier tour en Fiat 500 avec Géraldine et un retournement de veste de la part d'une promesse d'interview. Ce n'est pas grave, nous avons ce qu'il nous faut.

De passage, j'ai trouvé porte close à l'antenne sociale. Pour le reste, la tournée des remerciements et le dernier café se sont bien passés. Place à la suite, le nouveau cycle dès la semaine prochaine.

Jour 4: fin de l'histoire

Encore un jour et déjà un sentiment de fin de cycle. Il faut boucler les tournages, honorer les rendez-vous, dire au revoir et merci. Quatre journées complètes pour ficeler une histoire, enfin un pan d'histoire. Relater une partie de réalité des Ucclois rencontrés. Incomplet, imparfait, un regard par le petit bout de la lorgnette. Henriette boit encore un ballon de rouge à la même place du même café. Séverine s'affaire toujours et fait des allers-retours vers le passe-plat de son restaurant tandis que les chalands emplissent les rues de plus en plus densément. Et dès demain, ce ne seront plus que des souvenirs. Mais eux continueront. Sans nous. Drôle de sensation.

Nous prendrons le tram avec Florence demain, iront dans un magasin de sacs à main et enregistrerons le ras-le-bol d'un opticien face au trop-plein de voitures. Plus que quelques heures de travail avant de rentrer. Retour à la maison, à la surface pour la fin de l'immersion.

Jour 3: déjà prendre des habitudes

Peut-on déjà s'habituer à un lieu, avoir des routines en trois jours à peine? Oui. Quelques heures permettent de rencontrer des personnes, accrocher avec d'autres et trouver des relais pour organiser ses tournages ou tenter de trouver la perle qui vous offrira sa sincérité, sa candeur, son rire ou.. tous ses contacts.

En trois jours à peine, les lieux deviennent familiers et les saluts se font plus naturels. Autour d'un plat de pâtes, d'un café (toujours beaucoup de café), les langues se délient, les rapports changent, plus francs, plus directs et on ose demander des services, des renseignements qui auraient été hors d'atteinte voici deux jours. On se prend au jeu et on commence à vivre simplement, presque naturellement la réalité de notre nouveau territoire. Bref, moins de rencontres aujourd'hui mais plutôt le développement, l'approfondissement de relations existantes. "Aidez-moi à trouver telle personne Fabienne !". "OK je vais voir ce que je peux faire". On se sentirait presque en terrain conquis.

Jour 2: SDF

Ascenseur social et émotionnel en ce deuxième jour d'aventures pluvieuses. Nous nous sommes rendus dans l'antenne sociale de Uccle, dépendante du CPAS, un lieu de rencontre et de réconfort pour les démunis de la commune. Discussions endiablées, lunaires aussi. Beaucoup, beaucoup de café. Parmi nos interlocuteurs, des sans domiciles fixes, tantôt réalistes ou fatalistes vis-à-vis de leur situation tout en contraste avec les clichés que véhicule leur cossue municipalité.

D'autres SDF plus loin, un couple ucclois pur jus qui vivent dans une tout autre réalité. Trois propriétés, plus de cinquante ans dans le coin et une boutade grinçante, sac de courses de Noël en main: "Je suis un SDF moi aussi. Je suis un homme sans difficultés financières". Contrastes je vous dis. Deux faces, deux réalités qui se fracassent à quelques centaines de mètres à peine l'une de l'autre.

Jour 1: l'aventure intérieure

Plantés... au milieu d'une commune inconnue. Première découverte de mes collègues pendant 5 jours. Un froid glacial et aucune idée de la direction à prendre... pour rencontrer les gens et déjà se réchauffer autour d'un café. Début d'après-midi, l'heure de l'apéritif pour Henriette. Notre toute première rencontre et la plus touchante, déjà, au bout de quelques minutes à peine.

Henriette vient tous les jours (ou presque) au "Parvis", bistrot du coin. Un ballon de rouge en main, le regard, parfois, tombé dans le vide, elle explique: "Je viens ici, c'est mon point de chute, ma famille depuis que mon mari est décédé voici quatre ans. Séverine (la patronne) me passe un coup de fil pour vérifier que je vais bien si elle ne me voit pas".

Ok, le décor est d'ores et déjà planté au cœur de ce "village" lové dans la Région bruxelloise. Les rencontres s'enchaînent mais pour une fois, notre trio peut prendre le temps de parler, de relancer, de s'attarder aux détails et de décrypter le ressenti, presque l'âme de nos interlocuteurs. Ils nous expliquent, nous nous abreuvons d'eux, de leur histoire, de leur craintes, espoirs et regrets.

Un couple entoure le père Noël, un coiffeur retraité regrette les Saint-Nicolas d'autrefois et un maître-nageur se pâme devant la qualité de l'entretien des parterres communaux. Mille et une anecdotes formeront bientôt un tissu d'histoires qui dessineront la vie d'une commune.

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