Noir jaune blues, et après? Hodimont (Verviers) carnet de bord de cinq jours en immersion

Noir jaune blues, et après? Hodimont (Verviers) carnet de bord de cinq jours en immersion
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Noir jaune blues, et après? Hodimont (Verviers) carnet de bord de cinq jours en immersion - © Sylvain Piraux - Le Soir

"Noir, Jaune, Blues et après", épisode 3 ! Direction cette fois le quartier d’Hodimont à Verviers. Mes acolytes de la RTBF, du journal Le Soir et moi même avons déballé nos calepins, micros et caméras… improvisé une salle de rédaction. 

Jour 5 : et si on faisait le point ?

" C’est plus ici le vendeur de poulet rôti ? ". Eh non ! Exceptionnellement, ce samedi matin, la RTBF et Le Soir ont piqué son emplacement habituel. Nous avons installé notre studio mobile sur la place du marché, juste à côté de l’hôtel de ville de Verviers.

C’est donc le moment de faire le point. De revenir sur ces cinq jours de dialogues et de débats. Nous avons invité Lydia Mesrour, formatrice en Français Langue Etrangère. Autour de la table, il y a aussi Junior, un Verviétois de 21 ans. Au début, il n’avait aucune envie de venir, mais il a fini par accepter l’invitation, parce qu’il en convient : " il faut donner la parole aux jeunes ".

Quarante minutes de Facebook Live c’est beaucoup et peu à la fois. Beaucoup, parce que d’habitude nous avons beaucoup moins de temps pour nous exprimer. Peu, parce qu’il faudrait en réalité encore plus de temps pour rendre toutes les nuances de ce que nous nous sommes dit ces derniers jours.

Merci à tous pour votre accueil. Merci à tous ceux qui ont accepté de nous faire partager un peu de leur quotidien !

Jour 4: on est tous l’étranger de quelqu’un

Je rencontre Aki dans un café Grec. Aki est Belge, d’origine Turque, bonnet en laine sur la tête, le style décontracté soigneusement travaillé. A mon arrivée, il me lance un regard appuyé mi-étonné, mi-amusé. " J’ai cru que vous vous étiez perdue ", m’explique-t-il ensuite, un brin dragueur. "C’est rare de voir des jeunes femmes entrer ici". Le trentenaire a quitté le quartier il y a quatre ans. Il ne s’y sentait plus à sa place. "Avant, dans les quartiers défavorisés, tout le monde se connaissait. Aujourd’hui, il n’y a plus cette chaleur." Pourtant, Aki revient régulièrement à Hodimont, comme ce vendredi pour aller prier à la mosquée turque.

Des personnes qui, comme lui, ont quitté Hodimont, il en connaît beaucoup. D’ailleurs, il en est convaincu, "partir est un but pour tout le monde". Il m’explique que les communautés se sont succedé dans le quartier. "D’abord, il y a eu les Grecs et les Italiens ". Mais dès qu’ils en ont eu la possibilité, ils sont partis s’installer sur les hauteurs de la ville."Ensuite, il y a eu les Turcs et les Marocains, puis les Tchétchènes." Chaque nouvelle communauté qui arrive à Hodimont en pousse une autre vers des quartiers plus aisés . "Les nouveaux étrangers nous paraissent étrangers à nous aussi", conclut-il.

Jour 3 : de l’importance du français pour s’intégrer

L’accord des verbes pronominaux, les temps du subjonctif… Ce matin, notre promenade dans les rues d’Hodimont a été l’occasion de  quelques révisions, bien nécessaires.

Nous faisons la connaissance de Ranbir, l’Indienne, Madona, la Géorgienne, Leïla, la Tchétchène. Des femmes qui sont là depuis quelques mois, quelques années ou une décennie. Toutes ont choisi d’assister à ce cours de français langue étrangère, donné à l’ASBL Centre-Femmes, à raison de cinq matinées par semaine.

Elles en sont conscientes : parler le Français c’est une condition pour s’intégrer. Pourtant, en dehors de ces leçons quotidiennes, elles ont rarement l’occasion de pratiquer la langue de Molière. Dans leur vie de tous les jours, elles ne rencontrent jamais de Belges francophones. Un phénomène de ghettoïsation ? Le terme ne semble pas choquer leur professeur, Léon Schills. Pour lui, c’est l’organisation même des villes qui est à revoir. Si rien n’est fait pour favoriser la mixité dans nos quartiers, nos rues, nos immeubles, alors rien ne changera.

Jour 2 : la faute des médias

" C’est la faute des médias ". Cette phrase nous l’entendons encore et encore depuis notre arrivée. Jeunes et moins jeunes, Hodimontois issus de l’immigration ou non, ils en sont convaincus : si leur quartier et leur ville souffrent d’une si mauvaise réputation, c’est en grande partie à cause de nous, les journalistes.

Ce qu’ils nous reprochent ? De ne pas assez pointer " le bon, le beau, le bien ", bref le positif dans leur quartier. Le résultat selon eux, c’est cet amalgame auquel ils sont très souvent confrontés, entre musulmans, immigration et islam, ce climat de peur même parmi les Verviétois.

Bien-sûr, nous ne sommes pas toujours d’accord avec toutes les critiques qu'on nous adresse. Mais il faut le reconnaître, il y a pas mal de vrai dans tout ça.

Et malgré ces divergences, jusqu'à présent, partout où nous allons, l’accueil reste bon, le climat apaisé, propice au dialogue. Poursuivons donc sur cette lancée !

Jour 1 : l’avenir appartient à la jeunesse.

Il paraît que l’avenir appartient à la jeunesse. Voilà donc un bon point de départ pour notre immersion. Très vite, nos pas nous guident vers ces jeunes et ceux qui les entourent.

Nous retrouvons Ruth, Sandy ou encore Heder sur les bancs de leur école secondaire. Ils n’ont pas encore vingt ans, mais ils n'en démordent pas : non, pour eux tous les espoirs ne sont pas permis ! L’impression que leurs lettres de candidature ne sont pas lues quand ils postulent à un job d’été ou le sentiment d’être écarté d’office à cause de leur nom à consonance étrangère, de leur adresse à Hodimont. Leur professeur, elle, préfère voir le côté positif : "Ils savent qu’on n’a rien sans rien, qu’ils vont devoir se battre et c’est ça qui fait leur richesse".

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