Noir Jaune Blues et après? Aiseau-Presles, carnet de bord de cinq jours en immersion

La présence d'un incinérateur à déchets, l'un des sujets qui fâche à Pont-de-Loup
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La présence d'un incinérateur à déchets, l'un des sujets qui fâche à Pont-de-Loup - © Sarah Devaux

Jour 2: "Vous, les journalistes, vous ne parlez que du négatif"

Ce 2ème jour d'immersion commence par une visite à la cité Solaire, à Presles, réputée difficile. Il y a quelques années, un couvre feu y a été imposé. Sara nous ouvre timidement sa fenêtre. Elle ne souhaite pas être enregistrée, ni même photographiée mais nous confie qu'elle maudit les clichés qui collent à la peau de son quartier. "C'est pas parce qu'on habite une cité sociale qu'on est que des 'cassos', incultes et affalés dans notre canapé à longueur de journée. Ma fille, elle fait le droit à l'université vous savez! Mais elle n'ose pas dire d'où elle vient à cause de l'image négative des cités." Image qu'elle estime en partie liée aux médias qui n'évoquent que les problèmes. "Pourtant, c'est calme ici. Et les gens sont solidaires! La pauvreté, ça rapproche, vous savez." Sawelah est du même avis: "On n'a pas à se plaindre, les gens s'entraident. En plus, c'est vert comme cadre." Un peu plus haut, Eddy, retraité, déplore tout de même certains actes de vandalisme. 'Des jeunes' dit-il, sans savoir s'ils viennent d'ici ou non. "C'est dommage parce que c'est plutôt pas mal comme cadre de vie".

Plus bas, dans la boucherie du village, on s'active. "C'est le meilleur américain du monde qu'on sert ici", nous explique une cliente dans la file. Eddy et sa femme Fabienne sont installés dans le petit centre d'Aiseau depuis 23 ans. "On est en voie de disparition, nous! Les gens cherchent la facilité maintenant, ils vont dans les grandes surfaces." Le libraire, seul autre commerce de Presles tient le cap grâce aux gens du coin et de la clientèle de passage. Surtout pendant les vacances scolaires, avec les stages organisés à la ferme des Castors, la maison de jeunes. 

Une ferme, voilà le projet fou dans lequel se sont lancés Félicie et Nicolas. Ces jeunes trentenaires font surtout des fruits et légumes bio. "Nos parents ne sont pas agriculteurs et pourtant, on avait ce rêve en nous." Aujourd'hui, ils ne comptent pas leurs heures, mais leurs paniers font des heureux, chez les habitants d'Aiseau mais aussi chez certains venus de plus loin.

Des petits commerçants chers à Mme Hucq, une ancienne institutrice de l'entité. Avec son mari, ils ont choisi de faire bâtir à Aiseau pour profiter de son cadre campagnard. Elle connait beaucoup de monde, notamment grâce à la fête des voisins et au vin chaud du nouvel an, remis au goût du jour dans le quartier pour apprendre à se connaître.

 

Jour 1: premiers contacts

Nous arrivons à Aiseau-Presles sans connaitre grand chose de l'entité. Ce que nous pensions être une petite commune est en réalité bien étendue et regroupe 4 villages depuis la fusion: Aiseau, Presles, Roselies et Pont de Loup. Autant de réalités différentes nous prévient-on d'emblée, qu'il va nous falloir décrypter en rencontrant quelques-uns des 11 000 habitants.

Parmi eux, Florentina, 42 ans. Elle est Roumaine d'origine et tient le dernier café du village de Presles. "Au départ, c'était dur: je ne parlais pas un mot de français. Mais tenir un café, c'est la meilleure école qui soit et aujourd'hui, mes clients, c'est ma famille. Je parle même un peu wallon!". Jeanne y passe tous les jours.  "Flo, on l'appelle 'la merveilleuse' ici. Elle joue un rôle essentiel parce que sinon chacun reste chez soi."

Un constat partagé par Robert et 'Flèche', deux habitués. "On repasse ici en fin de journée pour croiser du monde", nous dit Robert.  "Je suis né à Presles mais je ne connais que les anciens. Les nouveaux venus, ils travaillent à l'extérieur, rentrent chez eux le soir et ne connaissent même pas leur voisin".

Florentina craint pour l'avenir de son café. "Mes clients sont plutôt âgés. Les jeunes, ils ne viennent pas ici. Ils préfèrent aller à Châtelet ou Charleroi". Sauf Sabrina, 23 ans. "C'est mon repère. Si 'le petit Presles' disparaissait, je ne sais pas où j'irais". 

Attirer les jeunes. C'est aussi l'une des préoccupations de Nathalie, la directrice du centre culturel de Presles. "Il n'y a pas d'école secondaire ici. Il faut aller à Châtelet, à Tamines ou Charleroi. Du coup, les jeunes développent des activités en dehors de l'entité." Mais Nathalie se bouge. Elle va à la rencontre de ces jeunes, notamment dans les cités de l'entité. Le centre accueille aussi des ateliers théâtre, breakdance ou encore des contes pour les enfants. 

A Pont de Loup, UN sujet de conversation: la préservation du cadre de vie local. Après l'incinérateur de l'ICDI construit dans les années 70, une autre usine de traitement des déchets risque bien de voir le jour, Carolo Recycling. "On saccage notre environnement", nous glissent Irma et Monique, deux retraitées super dynamiques. Gaby, elle, a toujours vécu là. "Certains partent mais leur maison ne vaut plus rien. Moi j'ai toujours vécu ici. A 70 ans passés, où voulez-vous que j'aille? Faut faire avec!"

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