Noir, jaune, blues et après? 6 travailleurs arlonais sur 10 sont engagés au Grand-Duché

Certains diront que c’est le bout de la Belgique. Notre immersion, cette semaine, nous emmène à Arlon, chef-lieu de la province de Luxembourg. Une ville de 30.000 habitants qui, à notre arrivée, nous semble un peu endormie. Le cœur d’Arlon subit la présence des centres commerciaux situés aux abords de la ville; plus d’une vingtaine de magasins ont fait faillite ces derniers mois. Et si, pendant la journée, on ne croise pas grand monde, c’est aussi parce que six travailleurs arlonais sur dix sont engagés au Grand-Duché du Luxembourg, dont la frontière est à peine à 4 kilomètres.

Aujourd’hui, il faut donc du courage pour ouvrir un établissement à Arlon. Mais cela n’a pas freiné Alexandra, patronne d’un nouveau restaurant. "Je pense qu’il faut qu’on revoie nos horaires, nos jours d’ouverture", explique-t-elle, "il faut vraiment que l’on s’adapte à tout le marché luxembourgeois qui revient en ville en fin de journée, que les gens ne trouvent pas une ville désespérément fermée." Les Arlonais sont, en effet, séduits par les salaires luxembourgeois, plus élevés. Cet exode de la main-d’œuvre pénalise l’économie locale: dans le restaurant d’Alexandra, on a cherché à engager un commis de cuisine pendant 7 mois.

Les entreprises arlonaises délocalisées au Luxembourg

L’horeca n’est pas le seul secteur touché par la concurrence du pays voisin, c’est aussi le cas du secteur automobile. Pierre Adam est carrossier. Il délocalisera son entreprise dans un zoning luxembourgeois dans les prochains mois: "On a eu une possibilité d’agrandir pas loin, de l’autre côté de la frontière. On a fait des analyses fiscales et c’était beaucoup plus intéressant." Pour les 8 travailleurs de cette entreprise, qui quittera Arlon pour le Grand-Duché, ce dégagement est une bonne nouvelle. "Moi je suis jeune, donc c’est vrai que c’est bien d’y aller maintenant. Je n’ai rien à perdre, ce n’est qu’à mon avantage", nous confie Sylvain, carrossier depuis 4 ans. Quand on regarde les chiffres, on comprend pourquoi 44.000 Belges passent chaque jour la frontière. En 2016, le revenu d’un belge moyen était d’environ 1.400 euros mois, contre 2.600 euros au Luxembourg. Là-bas, les salaires sont jusqu’à 3 fois plus élevés qu’en Belgique pour certains postes.

Après notre passage chez les commerçants, nous acceptons l’invitation de Paul et Silvia, un couple installé à Arlon depuis 20 ans. S’ils ont constaté que percevoir un salaire au Luxembourg tout en vivant en Belgique était financièrement intéressant, ils ont également remarqué une importante hausse des prix dans leur commune. "Beaucoup de choses sont calquées sur les revenus luxembourgeois. Ceux qui ont des revenus belges, en fonction des métiers, ont des difficultés à suivre", souligne Sylvia. Le couple nous confie également avoir le sentiment qu’un écart se creuse et qu’il existe deux mondes, à Arlon. Leur solution: créer un statut de frontalier, dont pourraient bénéficier les travailleurs qui restent en Belgique.

Pour compenser la charge fiscale que les travailleurs frontaliers ne payent pas chez nous, l’an dernier, le Grand-Duché a versé 7 millions d’euros à la ville d’Arlon. Notons que pour un couple marié avec un enfant, l’impôt sur le revenu s’élève à près de 40% en Belgique, contre 16% au Luxembourg.

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