Peut-on comparer ce que nous vivons à l'exode de 1940?

Des réfugiés belges sur les routes de d'exode en 1914
Des réfugiés belges sur les routes de d'exode en 1914 - © jmomusique.skynetblogs.be

Dans le cadre d'une journée spéciale "Les réfugiés et moi", la RTBF a demandé aux internautes à quelles questions ils souhaitaient obtenir une réponse. Cet article répond à une des trente questions les plus fréquemment posées.

 

Tout d’abord, il convient de rappeler que l’"exode" de 1940 lui-même rappelait la fuite de 1914. Une même génération connut à deux reprises le même bégaiement de l’histoire. Par deux fois, des civils fuirent devant l’invasion allemande.

Il faut toutefois toujours être prudent dans les comparaisons historiques. L’afflux actuel de réfugiés, principalement du Moyen-Orient, offre des similitudes avec les mouvements de populations lors des deux conflits mondiaux. Des différences aussi : l’ampleur du mouvement actuel n’est en rien comparable à celui qui saisit les populations belges et du Nord de la France en 1914 et en 1940. Les chiffres demeurent imprécis, et pour cause : la masse de réfugiés se confondait avec une retraite militaire chaotique échappant en grande partie aux gouvernements de l’époque. L’heure n’était pas aux statistiques. Les historiens sont toutefois d’accord pour évaluer à plus d’un million au moins le nombre de civils belges poussés sur la route de l’exode dès août 1914. Soit à peu près un cinquième de la population. En 1940, on atteindra le chiffre de deux millions de réfugiés belges. Une ampleur sans précédent et, à vrai dire, un chiffre (proportionnellement parlant) peu égalé ailleurs dans le monde dans l’histoire récente, sauf peut-être en Allemagne en 1945.

Les similitudes résident dans les circonstances. En 1914 comme en 1940 comme aujourd’hui, l’exode est improvisé, soudain, chaotique… Il fait suite à des circonstances de guerre et à un sentiment de panique qui s’empare des populations civiles. En 1914, le comportement particulièrement brutal des troupes allemandes à Visé, Dinant, Tamines, Aerschot, Louvain a semé la terreur. En 1940, ce souvenir devant l’invasion nazie est vivace, et conforté par le bombardement destructeur de Rotterdam.

"Boches" du Nord

L’accueil de ces pauvres hères est varié : en France et en Angleterre, les populations belges sont plutôt bien accueillies, du moins dans un premier temps. Aux Pays-Bas, neutres, on se méfie de ces réfugiés qui seront d’ailleurs parqués dans des camps. On redoute d’être submergés par ces "catholiques" du sud. On parle aussi de lâcheté dans le chef des réfugiés, ce qui sera d’ailleurs un sentiment partagé par une partie de la population belge restée au pays. Même en Angleterre, qui avait accueilli avec bienveillance ces malheureux fuyant les hordes germaniques de 1914, certaines voix finirent par s’élever pour les traiter de couards venus s’abriter outre-Manche alors que les Britanniques mouraient par milliers dans la boue des Flandres. On les considérait souvent comme sales, mal élevés et ivrognes.

En France, tant en 1914 qu’en 1940, certains voyaient d’un mauvais œil ces "Boches" du Nord qui, comble de malheur, parlaient un idiome à consonance allemande. On redoutait aussi qu’ils ne viennent "manger le pain des Français". De surcroît, en 1940 l’espionnite régnait en maître, la paranoïa s’était emparée de tous. On soupçonnait l’espion allemand sous la moindre voilette de nonne. Même un général belge fit les frais de cette suspicion : son patronyme (Graff), ses papiers non conformes suffirent à le voir assommé sans autre forme de procès… On n’est pas très loin des rumeurs circulant aujourd’hui à propos de terroristes infiltrés parmi les réfugiés.

En résumé : aujourd’hui comme hier, des populations fuient une situation de guerre ou d’insécurité. Aujourd’hui comme hier, elles éveillent à la fois compassion et méfiance. Mais les mouvements en cours actuellement sont dérisoires par rapport aux déplacements de populations enregistrés lors des deux conflits mondiaux.

 

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