Comment les réfugiés font-ils pour payer leur voyage?

Beaucoup de personnes vendent tout ce qu'il ont pour gagner l'Europe à  tout prix mais les riches aussi fuient la guerre.
Beaucoup de personnes vendent tout ce qu'il ont pour gagner l'Europe à tout prix mais les riches aussi fuient la guerre. - © ARIS MESSINIS - AFP

Dans le cadre d'une journée spéciale "Les réfugiés et moi", la RTBF a demandé aux internautes à quelles questions ils souhaitaient obtenir une réponse. Cet article répond à une des trente questions les plus fréquemment posées.

 

Beaucoup de réfugiés qui arrivent en Europe ont vendu tout ce qu'ils avaient pour payer leur voyage. Un périple qui coûte des milliers, parfois des dizaines de milliers d'euros. Abed a fui la Syrie, il est dans un camp de transit en Autriche, il n'a plus rien derrière lui: "J'ai vendu ma maison, les bijoux de ma femme et de mes enfants. Ceux qui pensent qu'on roule sur l'or, ils se trompent. Ce sont des mensonges". D'autres vendent leurs terres, leur voiture, leur ferme...

Tout abandonner, plus rien derrière et rien devant

Au plus le périple est long, au plus il coute cher. Il faut payer les passeurs pour traverser la Méditerranée, entre 500 et 10 000 euros selon les témoignages, selon la cupidité des passeurs, le nombre de passagers,... (l'Organisation Internationale de la Migration parle de 3500 à 5500€ la traversée). Il faut aussi se nourrir, garder un téléphone pour communiquer avec les proches, s'acheter des gilets de sauvetage, des couvertures, des vêtements. Un budget colossal pour le portefeuille de certains.

En Syrie, le salaire moyen ne dépassait pas 300€ par mois en 2012 (et il a chuté depuis le début de la guerre même si aucun chiffre officiel actuel n'existe). Un voyage jusqu'en Europe représente donc plusieurs années de travail pour beaucoup de Syriens.

Salah a 27 ans, il a fui Damas. Aujourd’hui, il est en Slovénie, mais son départ de Syrie a été long: "Ça fait plusieurs années que mon pays est en guerre. On aurait voulu partir plus tôt mais je n'avais pas d'argent. J'ai dû vendre ma maison pour payer le voyage".

Parvenir à mettre de l'argent de côté

Et pendant ces années de travail, pour rassembler le budget nécessaire, beaucoup de réfugiés essayent de déjà avancer dans leur périple. Ils sont sur les routes, passent de camp de transit en camp de réfugiés pendant des années, au gré de l'argent accumulé. Yousef est syrien, il a fui la Damas. Au début, il n'avait pas l'intention de partir loin. Il espérait vite revenir chez lui dès le retour de la paix: "Je me suis réfugié au Liban. Là, j'ai travaillé avec mon frère, j'ai mis un peu d'argent de côté en vue de mon retour chez moi. Mais maintenant, on dirait bien qu'il n'y aura pas de retour. Je vais utiliser cet argent pour migrer. Et si ce n'est pas assez, je vendrai mes terres en Syrie. Je n'ai pas d'autre choix, sinon comment je pourrais payer?". D'autres vont chercher du travail en Jordanie ou en Turquie. Ils espèrent pouvoir continuer leur route vers l'Europe une fois quelques payes accumulées.

Les proches aussi aident quand ils le peuvent. Parfois le père part le premier, seul, avec les économies familiales. Il essaye de s'installer en Europe, travailler et envoyer de l'argent au pays pour que la famille puisse le rejoindre. Des séparations qui peuvent durer des années.

Les riches ont l'argent pour fuir

Mais tous les migrants ne sont pas pauvres. Des hommes, des femmes, des familles ont les moyens de voyager. Beaucoup de migrants syriens sont issue de la classe moyenne: des avocats, des fonctionnaires, des architectes,... ils ont de bons boulots, de bonnes situations, ils ne fuient pas la misère. Ils fuient la guerre et les persécutions.

Une équipe de France Télévision a suivi la famille Ashour dans son périble vers l'Europe. Ces Irakiens aisés de Damas ont fui le régime de Bachar Al-Assad: "On avait tout avant la guerre, explique le plus jeune - 23 ans - qui travaillait comme ingénieur chez Honda. Mon grand-père avait une maison, des voitures".

Tous les migrants n'arrivent d'ailleurs pas en Europe en risquant leur vie en Méditerranée. Certains arrivent par avion ou par les routes.

Prostitution, drogue

Certains témoignages, ce reportage de CNN par exemple, rapportent des cas de prostitution, de vols ou de trafic de drogue pour rembourser leurs passeurs, en Italie notamment.

Il y a donc autant de manière de financer son voyage que d'histoires personnelles, de projets, de familles. Le budget, la manière de réunir l'argent dépend de ce que ces réfugiés fuient, de l'itinéraire qu'ils empruntent, de leur situation professionnelle... Mais il y un point commun entre tous: quels que soient les sacrifices à consentir, ils aspirent tous à une vie meilleure en dehors de leur pays.

 

 

Retrouvez toutes nos réponses à vos questions sur notre dossier "Les réfugiés et moi":

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