Beaucoup d'hommes partent seuls sans leur famille. Doit-on craindre une invasion camouflée ?

Dans le cadre d'une journée spéciale "Les réfugiés et moi", la RTBF a demandé aux internautes à quelles questions ils souhaitaient obtenir une réponse. Cet article répond à une des trente questions les plus fréquemment posées.

 

Différents experts pensent qu’une invasion camouflée n’est pas crédible. Même s’il est impossible d’écarter tout risque, il ne serait pas logique que les terroristes se déguisent en migrants. Sur le terrain, aucun cas n’est avéré.

Même si les hommes seuls restent majoritaires parmi les migrants, ces dernières semaines, il y a de plus en plus de femmes et d’enfants, surtout parmi les réfugiés syriens. Selon l’OCDE, les arrivées de mineurs non accompagnés augmentent.

Souvent, les hommes ne sont seuls que temporairement. Les familles qui n’ont pas suffisamment d’argent n’envoient qu’une seule personne en Europe. Les autres restent dans des pays voisins de la Syrie, et viendront une fois que cette personne aura obtenu une protection.

Trop risqué et peu efficace

Les routes migratoires sont longues et dangereuses, et donc peu pratiques pour les djihadistes. Pour Antonio Guterres, le Haut-commissaire aux réfugiés des Nations Unies, "les terroristes qui arrivent en Europe ne viennent pas par un bateau qui peut couler entre la Turquie les îles grecques, pour passer après à pied par la Grèce, la Serbie, la Hongrie et l’Autriche… Ils prennent un avion avec un passeport, réel ou faux. De l’Égypte vers l’Europe, un voyage avec une compagnie d’avion low-cost, coûte 40 euros. Les migrants, eux, paient parfois 4000 euros. Les terroristes sont plus intelligents qu’on ne le pense."

Une fois en Belgique, les migrants doivent introduire une demande d’asile. Ils sont pris en photo, donnent leurs empreintes digitales et passent un long entretien au Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides, le CGRA. Des experts de leur région d’origine enquêtent sur leurs déclarations.

Il semble beaucoup plus facile pour le groupe État islamique de recruter directement sur le sol européen. Dans ses rangs, le groupe dispose d’un grand nombre de ressortissants européens, qui peuvent se déplacer bien plus facilement. C’est d’ailleurs ce mode opératoire qui a caractérisé les derniers attentats en Europe : Mohammed Merah, Mehdi Nemmouche et les frères Kouachi disposaient tous d’un passeport européen.

Les djihadistes ont besoin de combattants sur place

C’est le groupe terroriste État islamique lui-même qui a lancé l’information en premier lieu. Selon cette propagande, le groupe aurait envoyé 4000 combattants en Europe. Pour Didier Leroy, chercheur à l’École royale militaire, "ce chiffre est gigantesque par rapport à toute estimation raisonnable qu’on pourrait faire de l’effectif global du groupe État islamique." Le groupe n’a aucune raison de se priver d’autant d’hommes dans le contexte actuel : il mène une guerre sur deux fronts en Syrie et en Irak, et fait face aux frappes d’une coalition qui compte une quarantaine d’États."Le groupe a bien besoin de ses combattants sur ces fronts-là, donc il ne va pas les envoyer sur des opérations hypothétiques en Europe à long terme", insiste Didier Leroy.

Propagande

La rumeur lancée par le groupe État islamique a été relayée par les réseaux d’extrême droite européens. Ils utilisent cet argument pour freiner la solidarité européenne. Pour Didier Leroy, "cette annonce cadre avec la stratégie de communication du groupe État islamique, qui consiste avant tout à terroriser ses ennemis, à maintenir son image d’ennemi public numéro un pour effrayer l’opinion publique occidentale."

 

Retrouvez toutes nos réponses à vos questions sur notre dossier "Les réfugiés et moi":

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