Violences sexuelles : une pétition remise au Premier ministre

La Belgique doit agir contre le viol”. C’est le titre d’une pétition qui sera remise au Premier ministre, Alexander De Croo (Open Vld), par Amnesty international et SOS Viol ce 8 mars, journée internationale pour les droits des femmes. La pétition est également rédigée à l’attention des ministres-présidents des entités fédérées. Près de 35.000 signatures ont été récoltées.

En 2020, un sondage Amnesty International et SOS Viol a révélé la persistance des violences sexuelles en Belgique, qui touchent majoritairement les filles et les femmes. Une personne sur deux a été victime de violence sexuelle dans notre pays. 20% des femmes et 24% des jeunes ont déjà subi un viol et parmi les personnes victimes de violences sexuelles, au moins 48% d’entre elles ont été exposées pour la première fois avant leurs 19 ans.


►►► A lire aussi : L’inceste, une violence fréquente et genrée


Des résultats “interpellants

Nous avions déjà mené une telle enquête en 2014 et nous voulions refaire le point 6 ans après et surtout après les mouvements Metoo et Balance ton porc. Il est sûr que ces résultats sont interpellants”, souligne Stéphanie Jacquet-Parienté, juriste au sein de SOS Viol. “Une de nos revendications, c’est d’avoir des statistiques faites par l’Etat, pas par les associations, et ventilées par sexe car il y a un manque criant de chiffres genrés. On se retrouve à le faire car personne d’autre ne s’en occupe”, continue-t-elle.

Autre résultat interpellant : le sondage visibilise des stéréotypes liés à la culture du viol, qui banalise et excuse les violences sexuelles. 48% des hommes estiment ainsi qu’une victime peut être en partie responsable de son agression (vêtement "sexy", comportement "provocant", etc.). 24% des jeunes garçons pensent que la violence est sexuellement excitante pour les femmes.

Dans un souci de protection et d’éducation des jeunes, une prévention solide sur la question des violences sexuelles demeure capitale, ce qui n’est pas encore garanti

Impunité

L’impunité des viols persiste. Trop peu de victimes portent plainte et plus de la moitié des affaires de viol sont classées sans suite. Seules 14% des femmes qui ont porté plainte pour des faits de violence sexuelle se déclarent satisfaites de cette démarche. “Cela renvoie une image négative aux victimes qui pensent qu’elles n’auront pas droit au traitement qu’elles méritent par la justice. C’est la victimisation secondaire. Il est déjà compliqué pour les victimes de parler car l’agresseur est quelqu’un proche d’elles le plus souvent. C’est aussi le seul crime où c’est la victime qui ressent de la honte et de culpabilité, des sentiments qui peuvent être exacerbés par les réactions de l’entourage ou des policiers, précise la juriste.


►►► A lire aussi : Selon Amnesty, une femme sur 4 violée par son conjoint


L’intérêt de cette pétition est de sortir ces sujets de l’espace intime et privé et de montrer qu’il s’agit d’une question politique sur laquelle des citoyens et citoyennes s’engagent, explique Stéphanie Jaquet-Parienté. Pour les deux organisations, il est important que le niveau de pouvoir fédéral prenne des engagements, dans le cadre de la préparation du nouveau Plan d’action national de lutte contre toutes les formes de violence basée sur le genre (PAN). Amnesty International et SOS Viol rappellent que les violences sexuelles sont subies en premier lieu par les femmes et demandent dès lors que la Belgique se dote d’un PAN et de lois qui soient le reflet de cette réalité.

“Ne pas se contenter de la situation”

On ne peut pas se contenter de la situation telle qu’elle est, observe la juriste. “Nous rappelons que, pour lutter efficacement contre le viol et les violences sexuelles, il est primordial de mettre en place un budget spécifique, suffisant, transparent et pérenne, ce qui n’est pas encore le cas. Nous continuons d’appeler également […] au renforcement de la formation de base et continue des acteurs·rices de première ligne, y compris la police. Enfin, dans un souci de protection et d’éducation des jeunes, une prévention solide sur la question des violences sexuelles demeure capitale, ce qui n’est pas encore garanti”, indiquent Stéphanie Jacquet-Parienté et Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International.

L’intérêt de cette pétition est de sortir ces sujets de l’espace intime et privé et de montrer qu’il s’agit d’une question politique

En 2016, la Belgique a ratifié la Convention sur la prévention et la lutte contre les violences à l’égard des femmes et la violence domestique, aussi appelée Convention d’Istanbul. Celle-ci l’oblige à respecter un certain nombre de principes essentiels à la lutte contre ces violences. En 2020, le GREVIO, le comité d’expert·es indépendant·es, chargé·es par le Conseil de l’Europe de vérifier son application dans notre pays, a remis son rapport. Il montre que de nombreux articles de la Convention ne sont pas respectés en Belgique. Plus particulièrement, le GREVIO pointe la neutralité (ou absence de prise en compte du genre) dans les politiques publiques et le manque de statistiques genrées.


►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe


Dans les entités fédérées, les différents plans, le plan de la Fédération Wallonie-Bruxelles et le plan intrafrancophone, ont vraiment une lecture genrée des violences, et c’est très important. Nous, on s’adresse au fédéral car le GREVIO a également souligné le fait qu’il faut une coordination et une cohérence entre les différents niveaux de pouvoir dans la lutte contre les violences. Et le fédéral est le plus haut niveau de pouvoir dans notre pays”, analyse Stéphanie Jacquet-Parienté.

Des avancées

Amnesty International et SOS Viol tiennent néanmoins à saluer l’ouverture annoncée de nouveaux Centres de prise en charge des violences sexuelles (CPVS) en 2021 et l’annonce de la mise en place d’un CPVS opérationnel par province d’ici 2023. Les victimes de violences peuvent s’y rendre jusqu’à un mois après les faits, une équipe pluridisciplinaire les reçoit (médecins, psychologues), et on peut y porter plainte par l’intermédiaire d’un inspecteur formé sur ces questions.

Autre avancée en Belgique : la loi rendant obligatoire la formation aux problématiques des violences sexuelles et intrafamiliales pour les magistrat·es. Les Grenades ont par ailleurs appris que le juge Marc Persoons, dans une décision du 7 décembre 2020 au tribunal de la famille, a spécifiquement fait référence à la Convention d’Istanbul pour statuer sur l’hébergement des enfants, ce qui constitue une première dans notre pays.


►►► A lire aussi : Violences sexuelles et intrafamiliales : des formations obligatoires pour les juges


La campagne #JDIWI, dont le but est de sensibiliser en priorité les garçons et les jeunes hommes de 15 à 25 ans à la notion de consentement, demeurera prioritaire, précisent encore Stéphanie Jacquet-Parienté et Philippe Hensmans : “Nous appelons d’ailleurs le gouvernement fédéral et les gouvernements fédérés à mener des campagnes de sensibilisation sur plusieurs années, qui luttent contre les stéréotypes et les représentations sexistes, mais aussi des campagnes plus spécifiques à destination des jeunes sur la notion de consentement, et sur les mythes et stéréotypes liés au viol.” La majorité des auteurs de violences sexuelles sont des hommes.

Des difficultés accrues pour les victimes

Le travail de terrain de SOS Viol et notamment le numéro vert créé par l’association (0800 98 100) permettent une prise une charge des victimes de sexuelles et de toute personne concernée par cette problématique (proches, professionnel·les, professeur·esetc.).

Les victimes peuvent nous contacter quand elles le souhaitent, même des années après les faits. Nous respectons le rythme de chaque personne. Il y a un suivi qui se fait pour les accompagner sur le plan psychologique si elles le veulent, on peut aussi les conseiller pour porter plainte, c’est notamment là que j’interviens, explique la juriste Stéphanie Jacquet-Parienté. “Mais une agression sexuelle, cela peut avoir des conséquences sur tous les aspects de la vie, on a des personnes qui ne peuvent plus travailler, qui ont des difficultés économiques etc. Il faut une approche pluridisciplinaire pour les prendre correctement en charge, car il y a beaucoup de conséquences sociales et des difficultés accrues pour les victimes”.


►►► Pour recevoir les informations des Grenades via notre newsletter, n’hésitez pas à vous inscrire ici


La visibilité des services de l’association a induit des prises en charge toujours plus nombreuses, ce qui nécessite l’augmentation du personnel qualifié en charge de l’accueil et du suivi des victimes. Pour ce faire, les ministres Valérie Glatigny (MR), chargée de Maisons de Justice, et Bénédicte Linard (Ecolo), ministre des Droits des femmes, ont décidé le 5 février dernier de renforcer le soutien financier de la Fédération Wallonie-Bruxelles à l’asbl SOS Viol.

La Fédération Wallonie-Bruxelles attribue un soutien de 50.000 euros supplémentaires, pour permettre notamment un service de chat gratuit, anonyme et accessible en ligne pour les victimes de violences sexuelles. En outre, les plages horaires de la ligne d’écoute seront élargies et celle-ci sera désormais accessible tous les jours de 8h à 18h.

Les conséquences du confinement

SOS Viol a vu les appels sur la ligne d’écouter baisser de 12% en 2020 et, même s’il est trop tôt pour pouvoir analyser cette baisse d’une manière précise, les membres de l’association formulent l’hypothèse que les victimes ont moins pu appeler car elles étaient confinées avec leur agresseur ou leur famille, ce qui signifie qu’elles ont moins pu s’isoler. D’où l’importance de la création du chat en ligne qui permet de discuter et de chercher de l’aide, sans devoir parler.


►►► A lire aussi : Les agressions sexuelles se poursuivent pendant le couvre-feu


Un certain nombre d’agressions ont aussi pu être évitées car les milieux festifs étaient fermés”, indique également Joëlle Delmarcelle, directrice de SOS Viol. “On pense aussi que les conditions n’étaient pas réunies pour que les gens cherchent de l’aide, il y a eu un effet de sidération au début de la pandémie, l’idée que la pandémie était plus grave ce qui avait pu nous arriver”.

Stéphanie Jacquet-Parienté poursuit : “Nous avons aussi des femmes dans des centres Fedasil qui n’avaient pas de matériel informatique approprié pour nous joindre. Et peut-être bien que nous allons avoir des signalements en décalé, qui arriveront plus tard, à cause de violences qui se sont produites dans le milieu intrafamilial et qui sont trop difficiles à dénoncer pour l’instant”.


►►► A lire aussi : Face à la violence conjugale, les femmes migrantes ont des droits


D’autres chiffres pour l’année 2020 ont été rendus public par l’asbl. 89% des appelantes sont des femmes. Dans 31% des cas, ce n’est pas la victime elle-même qui appelle mais l’entourage familial et relationnel. Dans 54% des cas, la victime était mineure au moment des faits. 53% des faits rapportés sont un viol, 17% sont des cas d’inceste. Dans 35% des cas, l’auteur est une connaissance de la victime et dans 21% des cas, il fait partie de la famille de la victime.


Plus d’informations


Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be.

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK