Vers une lutte plus efficace contre les cyberviolences ?

Vers une lutte plus efficace contre les cyberviolences ?
Vers une lutte plus efficace contre les cyberviolences ? - © dmbaker - Getty Images/iStockphoto

Des insultes à caractère sexiste, du revenge porn, du cybercontrôle au sein du couple, des photomontages pornographiques, des usurpations d’identité, des menaces de viol et/ou de mort... Les cyberviolences peuvent prendre de multiples formes.

Alors que les témoignages de victimes affluent depuis quelques années, la lutte contre ces violences manque encore d’efficacité. C’est pour pallier cette défaillance que, sous l’initiative de Leila Agić (PS), la majorité du Parlement bruxellois a déposé une proposition de résolution.

Internet a permis la libération de la parole et de l’écoute, participant à briser de nombreux tabous. #MeToo, #Balancetonporc, #MeTooInceste ne sont que quelques exemples. Mais les nouvelles technologies ont également amplifié des violences qui existaient déjà. Comme les dénonciations des dominations, ces violences ont elles aussi connu un écho affectant principalement les personnes plus marginalisées, comme les femmes, les personnes racisées, handicapées ou issues de la communauté LGBTQIA+.


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Un continuum des violences patriarcales

Peu de chiffres existent en Belgique, il est donc difficile de quantifier ce phénomène. Mais d’après la commission Jeunesse du Conseil des femmes francophones de Belgique, 90% des victimes de cyberviolences sont des femmes, et dans 60% des cas, leur nom est rendu public et leur image est entachée.

Les chiffres de l’ONU vont dans le même sens : 73% des femmes ont déjà connu des violences en ligne. "Les cyberviolences sont les poursuites des violences qui existent déjà dans notre société patriarcale", motive Leila Agić. "Quand on veut empêcher les femmes de s’exprimer ou d’avoir des positions politiques, notamment sur Twitter, on les assigne au cadre privé, celui auquel on les a toujours traditionnellement reléguées."

La députée socialiste a elle-même connu des cyberviolences en 2019. Une personne lui envoyait des messages privés sur Facebook en l’insultant et la menaçant. "Après la médiatisation de ma plainte, j’ai reçu beaucoup de messages de victimes de cyberviolences qui me demandaient des conseils pour savoir vers quelle association se tourner pour porter plainte. Malheureusement, il y a peu de structures qui sont spécialisées dans les violences en ligne, et c’est ce que nous voulons changer avec cette résolution".

Une proposition axée sur le terrain

En plus de renforcer le soutien aux associations de première ligne, la majorité PS-Ecolo-DéFI-Groen-Open VLD-one.brussels veut également organiser des campagnes de sensibilisation et d’information. "Le fait que la cyber-haine soit une attaque contre l’intimité d’une personne fait souvent culpabiliser les victimes et ne les incite pas à demander de l’aide", explique la cosignataire pour Groen, Lotte Stoops. "Nous demandons donc au gouvernement de se concentrer sur l’assistance, la prévention et la sensibilisation de bas seuil, et cela au profit des plus jeunes."

Les cyberviolences sont les poursuites des violences qui existent déjà dans notre société patriarcale

Une formation approfondie sur les cyberviolences devrait également être dispensée dans les commissariats de police. Leila Agić précise : "Dans le Plan bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes, imaginé à la suite de la Déclaration de Politique régionale, le gouvernement propose déjà un projet pilote de formation d’un·e référent·e sur les violences faites aux femmes pour chaque commissariat de police. L’idée de cette résolution serait d’ajouter à la formation de cette personne référente une sensibilisation aux cyberviolences".

La proposition prévoit aussi la création d’une plateforme en ligne reprenant toutes les informations pour porter plainte ainsi qu’un guichet physique pluridisciplinaire, similaire à ceux spécialisés dans les violences physiques et sexuelles, où une cible de cyberviolences pourrait se rendre sur place et avoir tout de suite tout l’encadrement nécessaire.


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La dernière mesure proposée par la résolution est le lancement d’une étude du phénomène. "Nous avons les chiffres mondiaux de l’ONU, mais au niveau belge, nous n’avons rien. On sait que le problème existe, mais aucune statistique, aucune analyse nous permet de comprendre comment se déroulent les cyberviolences en Belgique, ou de savoir quel terreau encourage leur apparition", souligne l’autrice du texte.

"Nous lançons également un appel au gouvernement fédéral. Il faut que la lutte contre les cyberviolences devienne une de leurs priorités, notamment au niveau judiciaire. On ne peut plus laisser aux femmes victimes de cyberviolences avoir comme seul recours de quitter l’espace public que sont les réseaux sociaux".

Les réseaux sociaux : un poison ou un antidote ?

"Les réseaux sociaux ont permis à des groupes d’extrême droite de se rassembler et de libérer leur parole, mais ils ont aussi rendu le mouvement #MeToo possible. Des millions de femmes ont témoigné car elles voyaient que d’autres femmes étaient dans la même situation qu’elles. Certaines ont même pris conscience du harcèlement qu’elles subissaient depuis des années", explique Mateusz Kukulka, professeur à l’EPHEC et à l’IHECS et spécialiste des réseaux sociaux. "La question à laquelle nous devons répondre aujourd’hui c’est : comment bloquer les groupes haineux sans entraver la libération de la parole des minorités".

Les réseaux sociaux encouragent aussi la participation citoyenne. C’est par exemple dans cet espace public numérique qu’a eu lieu une partie de la réflexion autour de la résolution luttant contre les cyberviolences. La cosignataire Margaux De Ré (Ecolo) a organisé un brainstorming sur Twitch, imaginant avec plus de 250 citoyennes et citoyens des solutions contre ces violences en ligne.


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"Ces plateformes peuvent être autre chose qu’un déversoir de haine", dit-elle sur Instagram. "Elles peuvent servir à débattre, échanger, y compris avec des personnalités politiques". Twitch est néanmoins différent des autres réseaux sociaux. "Il y a sur Twitch ce qu’il n’y a pas sur les autres plateformes : de la modération", justifie Mateusz Kukulka. "C’est-à-dire que sur toutes les chaînes Twitch, l’hôte ou l’hôtesse peut bannir quelqu’un 10 secondes, 20 secondes, 600 secondes ou définitivement. Il y a aussi des robots qui bloquent automatiquement certains mots, donc cette modération va très vite".

La question à laquelle nous devons répondre aujourd’hui c’est : comment bloquer les groupes haineux sans entraver la libération de la parole des minorités

Selon Mateusz Kukulka, pour avoir un espace numérique sécurisé pour tout le monde, il faut que les différents parlements fassent passer des lois et des résolutions en ce sens, que les réseaux sociaux trouvent un bon fonctionnement de modération, mais surtout, il faut de l’éducation aux médias. "Il faut toujours penser à l’effet papillon qu’auront les mesures qu’on prend. Si on oblige les utilisateurs et utilisatrices des réseaux sociaux à donner leur véritable identité, ça n’aura peut-être pas de conséquence dans notre pays, mais dans les pays, européens parfois, où l’homosexualité est encore interdite, où l’opposition politique est réprimée, c’est extrêmement dangereux de divulguer son identité. En perdant leur anonymat, les militant·es perdent aussi le porte-voix que sont les réseaux sociaux. Et c’est pour ça que je défends l’éducation aux médias, qui est pour moi l’arme la plus puissante. Car si on régule les réseaux sociaux, sans changer les mentalités, les harceleurs vont juste trouver une nouvelle plateforme pour continuer ".


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Cet article a été écrit dans le cadre d'un stage au sein de la rédaction des Grenades.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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