Transkids: Une nouvelle association pour accompagner les enfants transidentitaires

Ce 31 mars, journée internationale de la visibilité des personnes transgenres, sera lancée officiellement l'asbl Transkids Belgique. On estime de 1 à 3% de la population mondiale le nombre de personnes transgenres adultes. A l'échelle de la Belgique, cela signifierait donc qu'entre 25.000 et 75.000 mineurs d'âge seraient concernés. Or, il n'existait encore aucune structure capable d'accompagner ces enfants dans leur parcours. Pourtant, les études démontrent que traverser l'adolescence est un véritable calvaire pour nombre de ces enfants. 

C'est face à ce constat que Daphné Coquelle, Noah Gottlob, Samuel Tsirah et Kristian Crick ont décidé de créer leur association. Ce groupe, déjà en place officieusement depuis le printemps dernier, souhaite apporter le soutien nécessaire aux enfants transgenres et à leur parents en leur offrant un espace de rencontre. Transkids aura également comme mission de sensibiliser, former et informer le grand public -comme les professionnels de l'éducation- sur la question, souvent encore taboue, de la transidentité chez les mineurs. 

 

L'histoire de Violette

 

Nicolas a 5 ans. Un jour, il rentre de l’école maternelle bouleversé : "Maman, tu dois absolument parler au directeur ! Tout le monde me dit que je suis un garçon, mais moi je suis une fille !".

Pour ses parents, c’est le début d’une longue série d’entretiens pénibles avec la direction de l’école, les psychologues du centre PMS et le service médiation de la Fédération Wallonie-Bruxelles, convoqués par l’école. Nicolas l’exprime très clairement, et depuis un certain temps déjà : il est une fille, et veut être considéré comme tel, tout simplement.

Allant à l’encontre des recommandations du centre PMS et du Délégué Général aux Droits de l’Enfant (alerté par les parents), la direction refuse catégoriquement de tenir compte de ce qu’exprime Nicolas.

Pour l’école, c’est simple : Nicolas a un M sur sa carte d’identité. Il doit donc être scolarisé en tant que garçon. Pour sa rentrée en première primaire, il devra donc se faire couper les cheveux court et porter l’uniforme des garçons, conformément au règlement, et participer aux activités sportives avec eux. Il n’y a pas à faire d’exception ou de compromis.

L’école ne s’en cache pas : la demande de Nicolas et de ses parents est "contraire aux valeurs de l’école et de son Pouvoir Organisateur". La situation est "très embarrassante", fait-on comprendre aux parents. On n’a "jamais connu cela à l’école", explique le directeur. Que dire aux autres parents, et aux enfants ? Que vont penser les enseignants ?

Maman, tu dois absolument parler au directeur! Tout le monde me dit que je suis un garçon, mais moi je suis une fille!

Pourtant, la demande de Nicolas ne prend personne de court : cela fait déjà presque trois ans qu’il tient ces propos. Il s’identifie d’abord à Elsa, la Reine de Neiges. Ses parents se disent que c’est peut-être une passade ; ils choisissent de laisser leur enfant s’exprimer, sans le pousser dans un sens ni dans l’autre. Puis à mesure qu’il grandit, son discours et sa conscience s’affinent : il n’est plus Elsa, il n’est plus une princesse, elle est une fille.
Elle se désigne parfois, puis de plus en plus souvent, au féminin. Elle réclame de s’habiller au rayon fille. Entretemps, la situation se cristallise chaque jour davantage. L’école, qui était une source inépuisable d’enthousiasme pour Nicolas, est devenue en quelques mois un lieu de peurs et de harcèlement, où même des adultes de l’équipe pédagogique en qui elle plaçait toute sa confiance, la dénigrent et lui répètent à l’envi qu’elle est un garçon, pas une fille.

Voyant que la situation a atteint un point de non-retour, l’équipe du Délégué Général aux Droits de l’Enfant estime qu’il devient capital de changer Nicolas d’école rapidement.

En quelques jours, juste avant les vacances de Pâques, c’est résolu : après les congés, Nicolas commencera dans une nouvelle école, réputée bienveillante par le DGDE. Pendant les vacances de Pâques, les parents de Nicolas l’aident à choisir un prénom féminin.

Et un lundi d’avril 2017, ce n’est plus Nicolas mais Violette qui se rend dans sa nouvelle école, très fière dans sa robe toute neuve.

 

Le besoin d'être accompagné

L'histoire de Violette est vraie. Elle a 8 ans et est maintenant épanouie dans sa nouvelle école. Elle a eu la chance d'avoir le soutien de parents ouverts et bienveillants qui se sont montrés compréhensifs quand elle a exprimé son identité et qu'il a fallut surmonter un contexte scolaire difficile. Toutes les personnes transgenres n'ont malheureusement pas cette chance. Le mal-être de nombre de personnes transidentitaires, lié au rejet de la société, est toujours une réalité. Des études canadiennes démontrent qu'en Ontario, 77% des personnes transgenres ont eu des pensées suicidaires et que 43% ont fait une tentative de suicide. La même étude souligne d’ailleurs que 36% parmi ces personnes avaient moins de 15 ans lorsqu’elles ont fait leur première tentative.

 

Pour plus d'informations, n'hésitez pas à contacter Transkids Belgique.

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