Une Grenade en bicyclette : Podcasts et masculinisme en Europe de l'est

Une Grenade en bicyclette : Podcasts et masculinisme en Europe de l'est
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Une Grenade en bicyclette : Podcasts et masculinisme en Europe de l'est - © Tous droits réservés

Nous sommes à assis dans un parc du centre de Belgrade. Je dévore un Börek, un gâteaux à pâte feuilletée fourré au fromage. Mon téléphone m’indique que le temps est pluvieux en Belgique et je ricane un peu car, en Serbie, il fait à présent 20 degrés.

 

Nous avons roulé environ 800 kilomètres depuis que nous sommes partis de Vienne, souvent avec du vent dans le dos, nous poussant à parfois 30 kilomètres par heure sans trop d’effort. Nous nous enfonçons dans l’Europe de l’Est et serons déjà bientôt en Asie. Le monde est, tout compte fait, pas si grand que ça… Au fil des kilomètres, les codes changent et nous nous adoptons: nous apprenons à gérer les chiens qui nous poursuivent en aboyant, devenons expert pour éviter les trous sur les chaussées et répondons joyeusement aux questions curieuses des locaux.

 

Au loin, nous entendons du chahut mais ne savons pas de quoi il s’agit. Nous apprendrons plus tard qu’une grande manifestation a pris lieu à Belgrade ce jour-là devant la RTS, la chaîne télévisée nationale. Au milieu du parc, un groupe de garçons de 7 ou 8 ans jouent au basket. Trois pères se sont transformés en coach amateur et sermonnent leur fils à chaque pause, l’air grave et déterminé. Une petite fille au long cheveux châtain est assise sur le côté, probablement la soeur d’un des joueurs. Dès que le terrain est libre, elle court faire rebondir son ballon de basket. Personne ne la regarde, sauf nous.

Des podcasts pour nourrir notre esprit pendant les longs trajets

En observant les mouvements sur le terrain, Dries se rend compte que la petite fille est complètement délaissée et réfère à un podcast écouté la veille: “La ligue du LOL: la force du Boys’ Club”, réalisé par Les couilles sur la Table. L’invitée y expliquait: “Le processus qui fait qu’on devient un homme est mené de manière collective car, en fait, lorsqu’on éduque une petite fille, la première phrase qu’on lui dira c’est “fait attention, le monde est dangereux. Ne sors pas”, ce qui ne facilite pas la socialisation des petites filles. Alors que les garçons ont des espaces de loisir à l’extérieur, ce qui leur permet de se regrouper, de se connaître entre eux, de créer des liens et des réseaux. Et puis ils jouent au football, cela veut dire apprendre à jouer en équipe et apprendre la compétition. Nous, les filles, ne jouons pas en équipe et donc n’apprenons pas cette compétition”.

Comprendre les masculinités dans leur contexte: un exercice nécessaire mais… parfois compliqué.

Il y a quelques jours, nous étions hébergés dans la campagne serbe par Zoran, un passionné de vélo. Attablé autour d’un thé au soir, il raconte les difficultés qu’il rencontre pour joindre les deux bouts financièrement et le peu d’espoir qu’il a dans le gouvernement serbe. Il a fait partie de l’armée à deux reprises: d’abord pour son service militaire obligatoire et ensuite pendant la guerre. Il répète à plusieurs reprises: “Je suis un homme et je dois protéger ma famille”. S’il n’était plus capable de subvenir aux besoins de sa famille ni de la protéger, il ne se considérerait certainement plus homme. Les conséquences de son éducation genrée sont déjà visibles chez ses enfants: sa fille, habillée de rose, sourit aimablement dès que je la regarde et son fils est incapable de détacher ses yeux du téléphone familial où il joue à Minecraft.

Nous roulons à présent vers les portes de fer, ou les Đerdapska klisura en serbe, qui sont des magnifiques gorges tombant dramatiquement dans le Danube. J’ai hâte!

Cyclo-féministement vôtre et à la prochaine!

 

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