'Un violeur sur ton chemin' à Bruxelles : une performance chilienne devenue virale

'Un violeur sur ton chemin' à Bruxelles :  une performance chilienne devenue virale
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'Un violeur sur ton chemin' à Bruxelles : une performance chilienne devenue virale - © Tous droits réservés

Le 25 novembre dernier, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, des actions ont eu lieu un peu partout dans le monde. En France, en Belgique, en Espagne, en Argentine ou encore en Russie et en Turquie, les femmes et leurs alliés sont sorties dans les rues pour manifester. Mais ce jour-là, au Chili, un groupe de femmes organise un événement un peu particulier qui va capter toute l'attention.

 

Le patriarcat est un juge, qui nous condamne à la naissance, et notre punition, est l’invisible violence 

Elles sont grandes ou petites, blondes ou brunes, en robe, en T-shirt, cheveux roses ou tatouées. Elles sont debout, groupées. Les jambes plantées droit dans le sol, les yeux recouverts d’un bandeau noir. Au son entêtant d’un beat minimal qui bat la mesure depuis un baffle, elles entonnent, toutes ensemble, une chanson aux paroles chorégraphiées. " Le patriarcat est un juge, qui nous condamne à la naissance, et notre punition, est l’invisible violence ". Pied gauche devant, puis pied droit, mains tendues vers le ciel, elles nomment les conséquences de cette violence qui fait système contre les femmes : féminicides, viols, disparitions, impunité des coupables. Face à l’indifférence de la police, de la justice et de l’Etat, elles scandent comme une seule femme, et tendent le doigt : " le violeur c’est toi ".

Un violador en tu camino

Intitulée ‘Un violador en tu camino’ (un violeur sur ton chemin), cette performance est signée par le collectif féministe Lastesis, qui a décidé de la jouer simultanément dans plusieurs endroits symboliques de la capitale chilienne de Santiago, et dans la ville côtière de Valparaiso. Postées sur les réseaux sociaux, les vidéos des interventions se répandent comme une traînée de poudre. La toile s’enflamme, les partages fusent, et la performance devient virale. Des collectifs féministes aux médias généralistes, tout le monde reprend l’info.  

 


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Si elle attire l’attention par l’originalité de sa forme et ses paroles percutantes, l’origine de la performance est tout aussi cruciale. Depuis la fin octobre, le Chili vit un mouvement social de contestation sans précédent depuis la dictature de Pinochet. Face à la contestation populaire massive, l’Etat d’urgence a été déclaré, et la répression du gouvernement Pinera, notamment via les forces armées, porte régulièrement atteinte aux droits humains. La performance du 25 novembre rappelle que les femmes subissent de plein fouet cette violence d’Etat : Daniela Carrasco, Albertina Martinez Burgos, Carolina Muñoz Manguelloont disparu ou sont mortes dans des circonstances mystérieuses.

A l’origine du collectif, quatre jeunes femmes d’une trentaine d’années, originaires de Valparaiso : Dafne Valdés, Paula Cometa, Sibila Sotomayor et Lea Cáceres. "Nous nous appelons Lastesis (‘les thèses’, NDLR) parce que notre principe est d'utiliser des thèses de théoriciennes féministes et de les mettre en scène pour diffuser notre message" explique l’une d’entre elles au média espagnol Verne.

Un succès mondial

Face au succès mondial de leur intervention, les filles ont adressé, via leur page Instagram, une invitation aux ‘femmes et dissidences’ du monde entier, à reprendre la chanson à leur façon. Un appel suivi massivementet avec enthousiasme, ce vendredi 29 novembre, à Barcelone, Liverpool, Berlin, Bogota ou encore Paris, où les paroles furent aussi partiellement adaptées en Français.

Ce dimanche 1er décembre, Bruxelles, qui manquait encore à l’appel, s’est jointe à ce chant féministe désormais international. Une semaine pile après la manifestation qui avait réuni 10 000 personnes contre les violences faites aux femmes, une centaine de femmes, tous âges et origines confondues, se sont réunies sur le Mont des Arts en moins de 24 heures, selon une des organisatrices, qui avait lancé l’événement sur Facebook la veille. En Espagnol d’abord, et ensuite en Français, elles ont bandé leurs yeux et réchauffé leurs cordes vocales à l’unisson, rappelant leur solidarité avec les femmes chiliennes, et du monde entier.

Et pour celles qui ont encore envie de reprendre la chanson, un événement similaire à Liège est en cours de préparation. Et d’autres suivront sûrement : ce chant rappelle que tant que les droits des femmes ne seront pas respectés, les voix des survivantes, des combattantes, résonneront à l’unisson dans le monde entier. 

Mise à jour – 11.12.2019 

Malheureusement, malgré le succès mondial, tout ne se déroule pas toujours comme prévu. Ce dimanche à Istanbul, la police a violemment interrompu un rassemblement reprenant la performance de Lastesis, illustrant par la même occasion et avec une cruelle ironie la violence d’Etat que celles-ci dénoncent. Sept femmes ont été arrêtées et risquent entre 6 mois et 2 ans d’emprisonnement pour ‘insulte au président’ à cause du contenu des paroles de la chanson. Selon le site Antisayak, 402 femmes ont été victimes de féminicide en Turquie cette année. 

 

Les paroles de la chanson :

‘Un violador en tu camino’

El patriarcado es un juez, que nos juzga por nacer, y nuestro castigo, es la violencia que no ves.

El patriarcado es un juez, que nos juzga por nacer, y nuestro castigo, es la violencia que ya ves.

Es femicidio. Impunidad para mi asesino. Es la desaparición. Es la violación.

Y la culpa no era mía, ni dónde estaba ni cómo vestía (x4)

El violador eras tú. El violador eres tú.

Son los pacos, los jueces, el estado, el presidente.

El Estado opresor es un macho violador. (x2)

El violador eras tú. El violador eres tú.

Duerme tranquila, niña inocente, sin preocuparte del bandolero,

que por tu sueño dulce y sonriente vela tu amante carabinero. 

 

(Traduction : Le patriarcat est un juge, qui nous juge pour être nées, et notre punition, c’est la violence que tu ne vois pas. Le patriarcat est un juge, qui nous juge pour être nées, et notre punition, c’est la violence que tu vois. C’est le féminicide. L’impunité pour mon assassin. C’est la disparition. C’est le viol. Et la coupable ce n’était pas moi, ni l’endroit, ni ce que je portais. Le violeur c’était toi. Le violeur c’est toi. Ce sont les flics, les juges, l’Etat, le Président. L’Etat oppresseur est un macho violeur. Le violeur c’était toi, le violeur c’est toi. Dors tranquille, petite fille innocente, sans te préoccuper du bandit, car sur tes rêves doux et souriants, veille ton amant policier.) 

 

Version française

La coupable ce n’est pas moi, ni mes fringues, ni l’endroit ! (x4)

Le violeur c’est toi.

C’est la police, c’est la justice, c’est l’état, la société

A nos sœurs assassinées, de leur sang vous êtes tachées.

A nos sœurs assassinées, on ne vous oubliera jamais

Le violeur c’est toi,

Le coupable c’est toi,

L’assassin c’est toi.  

 

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par Ater-Egales (Fédération Wallonie-Bruxelles) qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.   

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