Un remède naturel contre les règles douloureuses

Oui, la masturbation peut remédier aux règles douloureuses
Oui, la masturbation peut remédier aux règles douloureuses - © Getty Images

J’appelle à la barre deux grands sujets tabous : la douleur pendant les règles et la masturbation féminine. Séparément, on n'aime déjà pas trop en parler mais, en mathématique, moins multiplié par moins égalent plus, alors peut-être qu’à deux elles obtiendront enfin la reconnaissance qu’elles méritent ?

De prime abord, tout oppose nos deux amies puisque l’une vous fait vivre vos pires heures quand l’autre vous fait chanter. Pourtant, si j’en crois mes récentes découvertes sur la question, il suffit de les faire se rencontrer pour que se crée une amitié de grand avenir.

Une douleur dont on ne parle pas assez

Commençons par la douleur des règles. Si on en parle de plus en plus, je pense sincèrement que l’on est encore loin de son potentiel. Partant d’une théorie politico-mathématique simple, il serait logique de déduire que c’est l’emmerdement personnel d’un sujet sur un nombre X de personnes qui régit sa présence dans les débats.

Selon ce calcul, la douleur des règles devrait donc être discutée au minimum une heure par jour dans chaque conversation que l’on entreprend et ce, avec n’importe qui et qui que l’on soit. Toutefois, il semblerait plutôt que ce ne soit pas l’importance de l’emmerdement qui compte mais plutôt l’importance hiérarchique de la personne emmerdée. Ce qui nous donne en des termes plus triviaux : "Les règles douloureuses, c’est juste un truc de bonnes femmes, ça n’a donc pas sa place dans un patriarcat bien ancré".

Les règles douloureuses, c’est juste un truc de bonnes femmes, ça n’a donc pas sa place dans un patriarcat bien ancré

"La masturbation, c'est génial"

Parlons ensuite de la masturbation féminine. Pareille à l’autre, on n’en parle pas assez et pourtant ! Il s’agit cette fois de quelque chose d’assez génial. C’est dingue comme l’être humain peut passer du temps et de l’argent à améliorer superficiellement sa vie alors qu’il a, tout au bout de ses jolis doigts, le pouvoir de s’offrir le meilleur des moments de manière totalement gratos.

J’ai compris que j’étais quelqu’un de radin quand la première phrase qui m’est venue en tête alors que je jouissais fut de me dire “C’est dingue que ce truc soit gratuit !”. Une vision de champ de fleur avec un goût de miel chaud, c'est ça ma vision de la petite mort.


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Venons-en donc au sujet, se masturber pour faire passer les coups de couteaux que vous assènent impunément vos règles. J’ai essayé, c’est incroyable. Il faut savoir qu’ici, on ne parle même plus de sexualité.

A ceux qui ne le visualiseraient pas, imaginez-vous les deux jambes tranchées par une lame, le sang coule partout, vous êtes couchés au sol et vous vous voyez vivre vos derniers instants en vous disant que c’est vraiment la loose de finir comme ça.

Morphine naturelle

A ce moment là, vous conviendrez que votre appétit sexuel n’est pas au centre des débats, n’est-ce pas ? Ici, c’est pareil et quand vous actionnez le bouton de votre morphine naturelle, il faut bien comprendre que c’est l’instinct de survie qui parle. Vous vous faites un massage cardiaque où le vibro devient le défibrillateur nécessaire à votre survie.


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La première fois que j’ai essayé, c’était étrange. Alors que j’agonisais dans mon lit, j’ai senti ma main prendre le relais sur mon cerveau. Sans même avoir le temps de dire ouf, mes doigts ont fait le boulot et à mesure que je caressais, la douleur partait enfin ! Quand je dis enfin, je pèse mes mots. J’ai essayé un nombre incalculable de trucs comme les anti-douleurs, le sport, la bonne humeur et les pensées positives, la bouillotte chaude, les massages, les huiles essentielles et j’en passe.

A chaque fois c’est pareil, j’ai mal et cela se voit sur ma tronche. Depuis, je fais pleuvoir l’orgasme à la moindre crampe et surtout, la pince en moi savoure chaque centime économisé en anti-inflammatoire comme une victoire contre l’industrie pharmaceutique.

J’ai essayé un nombre incalculable de trucs comme les anti-douleurs, le sport, la bonne humeur et les pensées positives, la bouillotte chaude, les massages, les huiles essentielles et j’en passe

Un savoir divin

Vous vous demandez d’où j’ai tiré ce divin savoir n’est-ce-pas? “Remède de Grand-mère” aurais-je aimé vous dire. Non, c’est plus plus sobre que cela puisqu’il s’agit tout simplement du compte Instagram Jementbatsleclito de la géniale Camille Aumont Carmel. Elle y détruit les tabous de la sexualité féminine avec le franc parler qui a fait son nom et, en mai dernier, elle a pas mal communiqué sur la question.

Figurez-vous que le mois de mai est non seulement le mois de la masturbation féminine, mais que son 28ème jour est aussi celui de l’hygiène menstruel. Cette année, deux entreprises qui ont bien compris le filon, l'une de sextoys et l'autre coupes menstruelles, ont profité de l’occasion pour lancer Menstrubation, la première étude clinique visant à prouver les bienfaits de l’orgasme sur les douleurs de règles ou du moins d’avoir des résultats scientifiquement fiables sur la question. Les participantes ont trois mois pour se masturber lorsqu’elles souffrent de leur règle et remplir ensuite un questionnaire.

Les résultats ne sont pas encore sortis mais on parle déjà pas mal des bienfaits de l’orgasme en général. Alain Héril, sexothérapeute et auteur d'un livre sur cette question, “L’orgasme thérapeutique, quand le plaisir chasse la douleur”, nous apprend que jouir tempère les douleurs en général, qu’elles soient physiques mais aussi psychologiques.

Il paraît même qu’on peut jouir en accouchant et si cela est vrai, alors je pense sincèrement que l’orgasme peut régler tous les problèmes du monde


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Trois hormones

L’on apprend également que l'orgasme améliorerait la qualité du sommeil et diminuerait la durée des règles, ainsi que l’endométriose. Il paraît même qu’on peut jouir en accouchant et si cela est vrai, alors je pense sincèrement que l’orgasme peut régler tous les problèmes du monde.

Quoiqu’il en soit, les spécialistes semblent assez d’accord pour dire que ce sont nos hormones qui sont à la source de ces miracles. En effet, jouir libère trois hormones dans notre corps. La dopamine et l’ocytocine agissent contre les douleurs, l’anxiété et le stress. L’endorphine, elle, hormone du plaisir, est celle qui par la sensation d’extase qu’elle vous procure finit de vaincre la guerre civile qui a éclaté dans votre vagin. Merci qui ?


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Les spécialistes ne sont pas les seuls à en parler. En plus de Jemenbatsleclito, j’ai pu découvrir les comptes Instagram Orgasmes_et_moi, Sang.sations et Coupsdesang. L’on y parle de sexe et de règles sans tabou. C’est marrant, cocasse, touchant mais surtout, on se sent moins seule.

Enfin, je vous conseille de visionner le documentaire “ 28 jours” de Angèle Marrey. Dans une intention de réappropriation de son corps et d’être active par rapport à soi-même, il aborde notre cycle et tout ce qui l’accompagne. Il est simple et intelligent et pose un constat que je retiens surtout, celui de dire qu’au delà du tabou des règles, le tabou de la douleur qui l’accompagne est encore plus puissant car “persuadée que c’est normal, on le garde pour soi”.

Un problème grave et récurrent

C’est ce que déplore la gynécologue française Brigitte Letombe pour qui ces douleurs ne sont non seulement pas normales mais en outre, peuvent cacher des troubles bien plus graves qu’on ne traite pas vu qu’on en parle pas. Voilà comment on fait d’une réalité un problème grave et récurrent en le plaçant sous la barricade du tabou.


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Le problème, vous en conviendrez, c’est la praticité du traitement. Pour le moment, je travaille à la maison, il m’est donc facile de m'éclipser deux minutes dans mon lit ou dans tout autre endroit inspirant pour régler la question. Mais quid des mes consœurs qui travaillent en usine, en magasin, dans les champs, à l'hôpital ou au bureau?

Une amie me disait très justement qu’elle se voyait mal monopoliser les seuls WC de son entreprise pour une telle action. Avec la peur bleue de se faire surprendre, l'exiguïté de l’endroit augmente la difficulté. Je vous avoue que je n’ai aucune réponse à cette question.

Être écoutées

Ce que je trouve par contre assez regrettable, c’est encore une fois l’absence flagrante de discussion autour d’un sujet qui laisse les femme bien seules. Déjà, il faut oser en parler et ensuite, il faut se sentir écoutées. Très peu de gens réalisent la violence de la douleur, ni qu'elle prend toute l’énergie de la personne concernée.

Cela nous amène à la remise en question du travail en tant que tel. La sphère du travail est un monde originellement composé d’hommes et fait pour ceux-ci. Pour s’y faire une place et rétablir l’égalité qui devrait y régner, une partie des femmes essaient de se fondre dans les codes du milieu. Ces dernières n’accepteraient peut-être pas d’avoir des aides pour les jours où elles ont leurs règles, ou de bénéficier du fameux congé menstruel, de peur d’être confinées dans le rang de femmes faibles et donc lésées dans leur potentialité de carrière.

D’autres au contraire, aimeraient bénéficier du droit au télétravail voire, pour les plus souffrantes, de congés maladies ou de tout autre reconnaissance de leurs difficultés pendant cette période.

Ce que je trouve par contre assez regrettable, c’est encore une fois l’absence flagrante de discussion autour d’un sujet qui laisse la femme bien seule

Là est toute la question : est-ce les femme qui doivent s’adapter au monde du travail pour s’y faire la place qu’elles méritent en niant cette réalité physiologique, ou est-ce au monde du travail de changer ses codes et cesser de voir la différence d’un corps, qu’il s’agisse, en élargissant le débat, de vieillesse, fécondité, règles, maladie, fatigue, stress ou quoi que ce soit d’autre, comme étant la preuve de l'inefficience et donc de l’inutilité d’un individu ?

En espérant qu'un jour les cris de plaisir remplacent ceux de douleur.

 

Le grand retour du plaisir féminin avec les réseaux sociaux - Podcast Les Grenades

Cet article est une contribution externe.

Eugénie Nothomb est juriste, ses domaines d'études sont les droits des femmes et le monde du travail. Elle est également artiste et autrice. 

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie-Bruxelles) qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

 

 

 

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