Une expo sur les travailleuses domestiques et sans-papiers

La Ligue des Travailleuses Domestiques de la CSC Bruxelles s’organise depuis 2018 pour faire valoir les droits de ces travailleuses sans-papiers souvent confinées dans les maisons de leurs employeuses.eurs, exerçant un travail invisible, pénible et dévalorisé.

Isolées et victimes d’exploitation à cause de leurs conditions de travail, elles se rassemblent pour faire connaître leur situation au grand public. Le statut de sans-papiers ne leur donne pas le droit de travailler en Belgique et leur travail, s’il est découvert, peut leur valoir un ordre de quitter le territoire par l’Office des Etrangers. Si ces travailleuses étaient régularisées, en plus d’une reconnaissance de l’utilité de leur travail, "nous contribuerions à la sécurité sociale et payerions des impôts pour alimenter les caisses de l’Etat ", argumentent les membres de la Ligue.


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Cela fait 8 ans que je vis en Belgique. Je suis femme de ménage. Je ne peux pas être malade. Je n’ai pas d’assurance

" Vos toilettes propres... Nos propres papiers "

Parmi leurs revendications, elles demandent la reconnaissance de leur travail comme métier en pénurie, ce qui pourrait leur donner le droit à un permis de travail ainsi qu’à la possibilité de porter plainte et de pouvoir travailler pendant toute la procédure. En effet, aujourd’hui, si des travailleuses domestiques portent plainte, celles-ci s’exposent à une détention en centre fermé ou à une expulsion. Elles exigent l’application de la convention internationale C189 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) ratifiée par la Belgique, portant sur la garantie de bonnes conditions de travail pour travailleuses-eurs domestiques, notamment en vertu du fait de leur contribution significative à l’économie mondiale.

En avril dernier, les travailleuses ont mené une action de sensibilisation en collant le slogan " Vos toilettes propres... Nos propres papiers " dans les toilettes du Parlement fédéral. Dans la vidéo qui accompagne cette action, plusieurs d’entre elles témoignent de leurs conditions de vie et de travail : "Cela fait 8 ans que je vis en Belgique. Je suis femme de ménage. Je ne peux pas être malade. Je n’ai pas d’assurance. Je n’ai pas de contrat qui me donne le droit d’être malade quand je suis fatiguée. Je n’ai pas le privilège d’avoir des vacances car pas de travail, pas de paie", "A mon travail, cela ne va pas parce que mes mains et mes bras sont douloureux à force d’avoir nettoyé", "Cela fait 22 ans que je suis sans papiers. Être sans papiers, cela veut dire ne pas être protégée et, si on n’est pas protégée, on ne peut pas se défendre".

Risques et solidarité

"Au sein du groupe, elles tissent des liens de solidarité, renforcent leur identité positive de travailleuse, s’informent et se forment sur leurs droits fondamentaux, économiques et sociaux. Elles se mobilisent dans un combat syndical. La lutte de la Ligue est émancipatrice et porteuse de sens, c’est une lutte pour laquelle il y a un besoin d’images " explique Magali Verdier, animatrice au MOC Bruxelles qui soutient la Ligue.

Des images et des témoignages ont donc été rassemblés dans une exposition qui s’ouvre ce samedi 11 janvier. Camille Trinquet, photographe militante, a suivi et documenté les activités des membres de la Ligue avec lesquelles elle a co-construit cette exposition. La photographe les a suivies lors de plusieurs événements comme la Marche Mondiale des Femmes le 8 mars et le séminaire qu’elles ont organisé à Ostende en juillet. Une mise en images de leur combat qui sera accompagné par les portraits individuels de 5 travailleuses domestiques, avec leur témoignage audio.

"Ce sont des témoignages anonymes parce que, vu leur situation, il est très difficile pour elles de se dévoiler. C’est une contradiction qui subsiste en chacune d’elles : le besoin de visibiliser leur combat, de pouvoir revendiquer leurs droits mais comment le faire quand on prend de tels risques en s’exposant ? Il a fallu trouver des procédés pour ne pas les mettre en danger. On n’imagine pas le privilège que l’on a lorsqu’on peut militer en montrant son visage", précise Camille Trinquet.

Exposition du 11 janvier au 18 janvier 2020, vernissage le 11 janvier (rue de l’écuyer 50, 1000 Bruxelles).

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