Transidentités et rôles modèles grâce à la BD

Transidentités et rôles modèles grâce à la BD
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Transidentités et rôles modèles grâce à la BD - © Tous droits réservés

Sophie Labelle est une autrice de BD québécoise et un modèle pour beaucoup de personnes trans. Invitée par l’asbl Transkids, elle était de passage par Bruxelles. Nous l’avons rencontrée.

Récemment, la question des transidentités a obtenu une certaine visibilité médiatique mais le chemin de l’inclusion est encore long. Sortir du discours pédagogique pour construire une image positive, tel est le travail au quotidien de Sophie Labelle et de l’asbl Transkids. Et ce, en particulier pour les plus jeunes, qui, même si la société tend à l’oublier, vivent aussi la transidentité.

Dessinatrice trans de personnages trans

Sophie Labelle est connue dans le monde entier. À 30 ans, elle l'une des premières bédéistes à parler des réalités trans. Ses mèches roses, son sourire et sa bienveillance envers ses fans sont sa marque de fabrique. Depuis 2014, dans sa bande-dessinée en ligne, Assignée garçon, elle raconte avec humour les aventures de Stéphie, jeune fille trans et de ses amis, qui évoluent ensemble comme n’importe quels jeunes adolescents. A travers ses planches, elle dénonce avec humour et un certain cynisme parfois, la transphobie et les micros agressions du quotidien.  Son webcomic publié, simultanément en français et en anglais, attire environ un million de lecteurs chaque semaine, pas rien ! Ses romans jeunesse, Ciel, reprennent les personnages de sa BD. A l’image des badges qu’elle propose à ses lectrices et lecteurs " " cis n’est pas une insulte espèce de cis ", l’artiste est définitivement une source d’empowerment et de positivité pour la communauté LGBTQIA+.

En tournée pour la parution du Tome 2 de son roman Ciel, elle était l’invitée à Bruxelles de l’asbl Transkids dont les objectifs sont entre autres de militer pour une plus grande compréhension des transidentités et d’accompagner sur le terrain des enfants et leur familles.

Des rôles d’identification

" J'ai commencé à dessiner quand j'avais 7 ans.  En grandissant je cherchais des modèles, pas juste des carricatures. A travers ma création artistique, mon but, c’est de donner aux gens des représentations pas de représenter une communauté. C’est important de montrer l’amitié entre personnes trans parce que dans les médias, les personnes trans sont représentées seules, isolées. Mais on a une vie aussi, on rigole, on fait des blagues ! A travers le temps, on a dû convaincre le corps médical de notre existence mais cette lutte a un côté dangereux pour notre santé mentale. Faire la démonstration de notre souffrance, c’est très négatif. A travers mon travail, j’essaye d’avoir un discours positif ", explique l’autrice à coup de second degré.

Pour les membres de Transkids, le message positif de la bédéiste est très important. " On essaye de donner des modèles d’identifications positifs aux enfants et parents. Pour ça, on fait se rencontrer les jeunes entre eux, on invite des animateurs et animatrices trans adultes et on fait venir des figures publiques qui à travers leur travail, connaissances et créations apportent des réponses aux enfants et aux parents. Sophie Labelle est un super exemple ", confie Noah Gottlob, co-fondateur et administrateur de l’association.

Lutter contre les injonctions à la pédagogie

" La plupart du temps, lorsque des personnes trans sont visibles dans les médias, c’est dans un but éducatif, pédagogique pour illuminer les esprits ", ironise l’autrice. Comme si les personnes trans n’existaient que par leur transidentité. " On ne s'intéresse qu'à leur transition, leurs opérations chirurgicales, leurs traitements. Moi, je voulais surtout raconter le reste, ce qui se passe à l'école, comme pour tous les autres enfants, ce qui n'a pas de lien direct avec la transidentité. C’est important que les gens comprennent que les personnes trans ne sont pas là pour répondre aux questions de mises à nu, qui peuvent être intrusives et dégueulasses. A travers mon travail, je me moque de ces questions. "

Daphné Coquelle, co-fondatrice, administratrice et porte-parole de Transkids explique : " Il y a toujours cette attente pédagogique. Quand une personne cis rencontre une personne trans, la personne cis attend des explications sur sa transidentité. Comme s’il fallait expliquer sans arrêt la transidentité mais il y a d’autres choses à discuter. C’est cette injonction à la pédagogie que Sophie dénonce. Ce serait pareil avec une personne diabétique qui devrait systématiquement en parler dans les moindres détails à tous les curieux… Alors qu’elle a sans doute plutôt envie de parler séries ou voyages comme tout le monde ! "

Haters gonna hate

" Je parle d’un double tabou : l’intimité entre jeunes et l’intimité entre trans… On m’a reproché de faire de la propagande pour rendre trans les enfants trans ", explique Sophie Labelle en levant les yeux au ciel. Derrière son cynisme et son sourire, l’activiste a quand même une bonne dose de courage. Elle reçoit des menaces et des insultes au quotidien. Le 17 mai 2017, elle a été victime d’une campagne de cyberharcèlement, et a reçu des milliers de menaces de mort. Harcelée par des militants racistes, des féministes transphobes (TERFs - Trans Exclusionary Radical Feminist), des trolls, et des néo-nazis, Sophie Labelle s’y connaît en haters…  La bd me sert de refuge face aux difficultés, aux propos violents. J’utilise le harcèlement comme source d’inspiration. Mes personnages subissent de la violence mais sont capables d’y répondre. "

Ses fans, eux, sont une source d’amour. Ils suivent son travail avec passion et sa page Facebook représente malgré tout un espace safe d’échanges et de bienveillance.

 

Transkids, un combat pour la reconnaissance et le respect des droits des enfants trans

Jusqu’ici, les enfants transgenres étaient complètement invisibilisés. Or, les experts estiment qu‘1 à 3% des personnes ont une identité de genre qui diffère du genre d’assignation. Et chaque adulte transgenre a d'abord été un enfant. Oui, ça parait évident, mais ce ne l’est pas pour tout le monde... En matière d’accueil ou de droits des plus jeunes, il n'existait absolument rien en Belgique francophone avant la naissance de Transkids, le 31 mars dernier à l'occasion de la Journée Internationale de la Visibilité Transgenre. La mission de la jeune asbl se constitue autour de trois axes : apporter un cadre bienveillant aux enfants et aux adolescents transgenres ou en questionnement ainsi qu’à leurs parents, entreprendre une mission de sensibilisation dans les milieux en relation avec l’enfance (écoles, centres PMS, mouvements de jeunesse…) et servir de plaidoyer auprès des instances publiques afin d’assurer que les enfants transgenres bénéficient des mêmes privilèges et des mêmes facilités que n’importe quel enfant.

 

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" Depuis qu’on est visibles dans les médias, plusieurs fois par semaine, on est contactés par des parents, des écoles ou des jeunes. Certains parents arrivent en étant très stressés et il suffit parfois d’une rencontre pour les aider. Ça les soulage de voir des jeunes qui vivent dans leur genre de destination de manière libérée ", explique Daphné Coquelle.

La visibilité de Transkids permet l’émergence de la question de la transidentité des enfants auprès du grand public mais une plus grande visibilité ne rime pas forcément avec une meilleure compréhension. " En ce moment, il est souvent fait mention de mode, comme si le fait que les personnes trans soient visibles était une mode… C’est un peu stupide ! Ce n’est pas parce que tout d’un coup, on leur permet d’exister, qu’elles n’étaient pas là avant. Il y a eu le film " Girl " qui même si on peut lui reprocher beaucoup de choses, a fait émerger le sujet auprès du grand public. " Lola vers la mer " de Laurent Micheli va sortir bientôt, le film raconte une histoire d’ado trans jouée par une ado trans. Il y n’y a pas qu’un seul parcours, il faut multiplier les histoires. Les personnes trans ne sont pas que trans, elles ont une vie remplie de passions et d’intérêts multiples comme tout le monde, leur existence ne tourne pas exclusivement autour de leur transidentité ", continue la porte-parole de l’asbl.

Noah Gottlob, membre actif de Transkids, lui se spécialise pour devenir le premier psy pour enfants en transidentité. " Pour l’instant il n’y en a pas, il y a des centres spécialisés mais c’est très médicalisé. Je ne crois pas que c’est une affaire de transphobie mais la question ne se posait pas, l’existence des enfants trans était juste complètement invisibilisée jusqu’ici. "

Même si le travail de déconstruction est encore long, la diffusion de messages positifs et d’inclusion à la manière de Sophie Labelle ou de Transkids favorisent la compréhension et la lutte contre la transphobie dans l’espace médiatique.

"Les Grenades-RTBF" est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet cherche à donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

 

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