Lettre à ma fille: Sweet « homme » Alabama

Sweet home Alabama....
Sweet home Alabama.... - © Tous droits réservés

EDITO

Lettre à ma fille.

Ma chère fille, il y a 2 ans, en janvier 2017… Je t’écrivais déjà une lettre. Une lettre dans laquelle je m’inquiétais pour toi, quand, dans un bureau ovale, un petit homme s’attaquait au droit à l’avortement des américaines.

Aujourd’hui, tu es plus grande, mais aussi plus en danger. Car hier, 22 hommes et uniquement des hommes, ont décidé que l’avortement était illégal dans un état américain. L’Alabama. C’est un état que tu connais, tu adores « Forrest Gump », c’est idiot je sais, mais j’y ai pensé.

Tu sais ma chérie, que ton corps t’appartient. Tu sais que tu vas bientôt devoir gérer les hormones, les règles, la contraception puisque oui, c’est le lot de toutes les femmes sur cette planète. Mais ce que tu sais moins, c’est qu’il va falloir que l’on se batte, nous, femmes pour éviter que ce qu’il vient de se passer dans l’état de « Forrest Gump » ne se reproduise ailleurs… Crois-moi, je sais que ça s’est déjà produit ailleurs, je sais qu’il y a des pays où choisir de ne pas garder un enfant est encore un crime. Mais j’espérais que la colère que des millions de femmes et d’hommes avaient exprimée dans les rues du monde entier avait été entendue… Qu’ILS n’oseraient pas aller encore plus loin… Que dans ce qui avait été la plus grande démocratie du monde, la conscience était encore allumée, même en veille, mais allumée…

 

►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe

 

Ma fille, je m’excuse. Je me suis trompée.

Aujourd’hui, une fille, une femme, ne peut plus avorter en Alabama. Ce n’est pas la première fois que je me dis que cet état a des lois stupides. Par exemple : en Alabama, il est illégal de jouer aux dominos le dimanche, il est illégal de porter une fausse moustache qui puisse causer des rires à l’église et aujourd’hui il est illégal de choisir de ne pas continuer une grossesse…

Et cette décision, ces 22 messieurs l’ont prise quelles qu’en soient les circonstances. Si tu as été victime d’un viol ou d’un inceste, tu devras garder ce bébé… Dans leur grande clémence, ils ont quand même acté que si ta vie était réellement en danger, et seulement dans ce cas-là, tu pourrais avorter.

Parce que, ma chérie, pour ces gens-là, pour ces hommes-là, l’avortement est un choix délibéré, une envie passagère, une chose que nous, pauvres femmes, prenons à la légère. Pour eux, avorter n’est pas une déchirure, un choix cornélien, un choix de vie…. Nous ne sommes certainement pas assez humaines pour cela. Non, si nous voulons avorter c’est parce que nous avons des mœurs déviantes, un souci de compréhension, un manque d’intelligence…

Alors aujourd’hui ma chérie, je reprends ma plume pour te rappeler les paroles de Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

Aujourd’hui ma chérie, réagissons, il nous faut une sororité mondiale pour dire NON à ces 22 messieurs en Alabama. Pour que d’autres messieurs, dans d’autres états, d’autres pays, encore plus proches de nous, se disent qu’ils ont le droit de décider pour toi.

Mon utérus, mon choix.

Maïté Warland

 

 

 

Journal télévisé 13h

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK